Louise n'avait jamais assisté à un enterrement de toute sa vie. A dire vrai, elle ne se souvenait même plus comment elle avait su qu'on enterrait les corps une fois que la vie les avait quittés. Elle ne se savait pas non plus comment on procédait lors de funérailles, et décida donc d'inventer de toute pièce la cérémonie en l'honneur du lapin mort.
La jeune fille s'était enfuie de l'infirmerie le lendemain matin de la pleine lune, profitant ainsi du fait que tous les élèves soient en cours. Elle sortie de son lit douillet, pendant que l'infirmière, Madame Pomfresh, était occupée par un flot d'évanouissents dans un cours de botanique. Le corps de la petite sorcière, brûlant de blessures, était aussi lourd que la pierre, et elle eut beaucoup de mal à se lever. Quant à ses jambes, elles semblaient être transpercées par des lames de tous les côtés.
Louise se rendit vers le parc, en marchant le corps recroquevillé de douleur. Elle fit bien attention à ne pas aller du côté de la forêt où Hagrid donnait ses cours. Elle ne tenait à croiser personne. A l'entrée des bois, elle s'arrêta, le souffle court, en reprenant sa respiration. Elle hésitait un peu. Après tout, elle prenait un risque en entrant dans la forêt interdite. Et sortir de l'infirmerie alors que le professeur McGonagall l'avait contrainte à garder le lit lui vaudrait sûrement de sévères réprimandes. D'un autre côté, c'était plus fort qu'elle, il fallait qu'elle fasse ce qu'elle avait en tête.
Louise secoua la tête, faisant balancer ses longs cheveux blonds détachés qu'elle n'avait pas pu brosser. Elle pénétra finalement entre les arbres, s'enfonçant dans la noirceur des bois. La mousse du sol faisait un doux tapis pour ses pieds nus. Elle n'avait pas eu le temps d'emporter ses chaussures, et cela permettait en plus de laisser ses pieds pleins de coupures respirer. Les recouvrir lui aurait fait plus de mal qu'autre chose. Se balader pieds nus commençait à devenir une habitude.
La petite maledictus continua de marcher, toussotant, encore frêle. Le froid la fit légèrement greloter. Si seulement elle avait mis un gilet par dessus sa maigre chemise de nuit ! Le silence de la forêt calma un peu ses tremblements. Elle se sentait dans un endroit calme, sacré. Elle avait entendu dire qu'on ne devait pas entrer dans la forêt, mais elle était certaine que rien ne lui arriverait. De toute façon, elle restait aux bords, là où les arbres étaient moins denses. Si Hagrid avait pu les emmener en cours dedans, elle ne voyait pas pourquoi elle ne pouvait pas y aller elle-même. En plus, elle savait se défendre. Enfin, elle ne serait certes pas très utile dans l'état où elle était. Mais elle saurait entendre si le danger arrivait. Être cassée de partout ne la privait pas pour autant de ses sens décuplés.
Elle reconnut l'arbre aux feuilles charnus où elle avait attaché un de ses rubans bleus la veille pour pouvoir le retrouver. Elle s'accroupit devant lui, et récupéra le cadavre du lapin blanc, dont le sang avait séché, formant une croûte noire écœurante autour de la plaie. L'animal était si petit qu'il tenait dans la paume de sa main. Elle se mit alors à creuser dans le sol de ses mains égratignées, enfonçant de la terre entre ses ongles. Une fois qu'elle jugea le trou assez large, elle prit la boîte qu'elle avait apportée, l'ouvrit dans la plus grande délicatesse, et posa le corps du défunt rongeur.
— Je suis désolée, murmura-t-elle les larmes aux yeux. Désolée pour tout.
Elle referma le couvercle, et déposa la boîte dans le trou qu'elle venait de creuser. La petite fille entreprit alors de recouvrir le tout de terre, en la ramenant en tas avec de grands mouvements de bras. Elle tassa le tas, puis resta une minute dans le silence, triste. De grosses larmes s'étaient formées aux coins de ses yeux à mesure qu'elle recouvrait le tombeau de l'animal. C'était elle qui l'avait tué.
S'essuyant les yeux d'un revers de main, Louise se releva. Après avoir observé la tombe qu'elle venait de faire, Louise trouva qu'il serait incorrect de le laisser dans une sépulture aussi terne. Elle allait donc chercher de belles fleurs à poser sur sa tombe. Elle secoua la tête de gauche à droite, cherchant des yeux un endroit où il serait le plus probable de trouver des fleurs. Elle frissonna, ayant la terrible impression que les silhouettes inquiétantes des arbres l'observaient.
Elle s'avança vers un endroit qui lui semblait plus dégagé, illuminé de rayons de soleil qui filtraient mieux entre les branches plus écartées. Elle trouva, au bord des racines des arbres qui ressortaient de terre, des primevères. La jeune sorcière les cueillit doucement, comme pour ne pas les blesser. Elle en prit un beau bouquet qu'elle cala dans sa main droite, puis elle aperçut de rares coquelicots qui poussaient timidement à la sortie de la forêt, en direction de l'école. Elle alla les arracher rapidement, espérant ne pas se faire voir, et retourna en courant à la tombe du lapin, avec deux maigres bouquets de fortune à la main.
Elle s'agenouilla au pied de l'arbre où était enterré le lapin, et déposa les fleurs en les disposant délicatement du bout des doigts sur la terre retournée. Elle reposa ses mains sur ses genoux, assise sur le sol. Un vent parcourut ses cheveux, balayant les mèches devant son visage jusqu'aux pointes derrière son dos. Silencieuse, elle resta là à fermer doucement les yeux, quand un bruit derrière elle la fit sursauter de peur.
— ATCHOUM !
Louise lâcha un cri de surprise et se remit debout d'un bond. Elle se retourna si subitement qu'elle se prit tous ses cheveux détachés dans le visage et ne vit plus rien. Elle râla et secoua frénétiquement la tête pour les retirer de son visage. La maledictus découvrit alors une jeune fille aux cheveux blonds comme les blés, qui se tenait debout juste derrière elle. Celle-ci se frottait le nez en reniflant. Ses longs cheveux couleur maïs descendaient jusqu'en bas de sa taille en longues mèches emmêlées.
Louise remarqua que la fille portait une insigne aux couleurs bleu et bronze. Une Serdaigle.
— Désolée, dit celle-ci en se mouchant bruyamment, je ne supporte pas l'odeur des primevères.
La Serdaigle renifla, les yeux rougis par les éternuements. Elle avait de longs sourcils arqués qui lui donnaient l'air d'être en permanence étonnée. Louise resta immobile, en cachant la tombe derrière elle.
— C'était ton lapin ? demanda la fille.
Louise fronça les sourcils, en se demandant combien de temps la fille avait bien pu l'observer avant de se faire démasquer par son éternuement. Elle n'aimait pas du tout l'idée que quelqu'un ait pu l'espionner à son insu.
— Hum, bougonna Louise entre les dents.
La Serdaigle s'avança vers elle et Louise recula encore plus près de la tombe. Celle ci, plus grande que Louise -qui était assez petite pour son âge- passa la tête par dessus son épaule et observa le tas de terre.
— C'est joli, ce que tu as fait, dit-elle en portant son regard sur les fleurs. C'est rare de voir autant de couleurs ici.
C'est à ce moment que Louise se demanda si la jeune fille allait la dénoncer auprès des professeurs. Mais après tout, elle aussi se trouvait dans un endroit interdit, alors dénoncer Louise ne la ferait que se trahir elle-même. En plus, l'allusion aux couleurs qui étaient rares dans la forêt signifiait que la Serdaigle avait l'habitude de s'y rendre.
L'inconnue s'accroupit au bord de la tombe, en remuant la terre entre ses doigts.
— Je m'appelle Luna, dit-elle d'une voix étrange, comme si elle récitait une énigme.
Louise, par politesse, hocha la tête.
— Louise, se présenta-t-elle sur un ton méfiant.
Luna se redressa dans une étrange courbette, et tourna ses grands yeux argent dans ceux de Louise. Celle-ci eut la désagréable sensation qu'ils essayaient de lire au travers d'elle.
Dans le plus grand calme, Luna s'approcha de Louise en ouvrant encore plus grand ses yeux, et dit d'une voix pensive :
— Je ne savais pas qu'il y avait des maledictus à Poudlard.
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𝐌𝐀𝐋𝐄𝐃𝐈𝐂𝐓𝐔𝐒 ── 𝖜𝖎𝖟𝖆𝖗𝖉𝖎𝖓𝖌 𝖜𝖔𝖗𝖑𝖉
Fanfiction❝ 𝐉𝐄 𝐍𝐄 𝐒𝐔𝐈𝐒 𝐐𝐔'𝐔𝐍 𝐌𝐎𝐍𝐒𝐓𝐑𝐄 ❞ ─ 𝐥𝐨𝐮𝐢𝐬𝐞. Louise a toujours détesté ce qu'elle était. Depuis sa tendre enfance, la jeune fille est maltraitée pour sa malédiction de sang qui l'oblige à se transformer en animal involontairement...
