Chapitre 23 : Jour de Pleine Lune

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Louise oublia très vite l'incident de la lettre de James. Elle était beaucoup plus préoccupée par une chose : la pleine lune. Elle savait que cela se passerait dans de meilleures conditions qu'au cirque, mais elle n'arrivait pas à se calmer. Elle comptait les jours, en rayant les cases blanches d'un petit calendrier. Ceux-ci passaient beaucoup trop vite à son goût. Elle était allée voir le professeur Dumbledore, pour lui demander s'il n'existait pas une solution comme la potion tue-loup, mais il lui avait répondu que le mélange était impuissant sur elle.

— Pourtant je ne devrais pas subir la force de la pleine lune ! Je ne suis pas un loup-garou !

— Je comprends ta frustration, répondit Dumbledore. Il y a en effet une particularité dans ta malédiction qui fait que tu subis des transformations semblables aux loups-garous. Et j'ignore la raison.

Elle se mordit les lèvres, frustrée. Dumbledore n'était-il pas le grand sage au courant de tout ? Elle avait entendu dans les couloirs les mérites qu'on pouvait lui accorder. Toute l'école semblait d'accord avec le fait que Dumbledore était sûrement le plus grand sorcier de tous les temps. Même James disait que c'était un grand sage, et un immense sorcier. Comment expliquer qu'il ne connaissait pas la cause de sa particularité ? Ou alors, peut-être ne voulait-il pas lui révéler la véritable raison.

Elle réfléchit, l'air contrarié, fatiguée de toutes ces questions sans réponses. La petite sorcière s'était demandée maintes fois si sa mère, Ella, n'était pas une maledictus. Mais impossible d'obtenir la réponse ; elle ne souhaitait pas en parler avec le professeur Lupin, et visiblement Dumbledore lui cachait des informations. En plus, c'était évident qu'Ella l'était : c'était une malédiction de sang, transmise de mère en fille. Ou, dans certains cas, cela pouvait sauter une génération, condamnant ainsi les petits enfants. Mais c'était très rare. Enfin, question de rareté, Louise valait cher.

Dumbledore toussa, la sortant de ses pensées. Elle s'aperçut que cela faisait au moins cinq bonnes minutes qu'elle n'avait rien dit et qu'elle était restée là, plongée dans ses réflexions. Elle s'excusa, et sortit du bureau du sorcier le cœur lourd, sans rien ajouter de plus. Elle n'avait rien appris, et tout ça n'avait été qu'une perte de temps. Elle continua d'arpenter les couloirs, croisant fantômes, élèves et tableaux sur son passage. Il n'y avait pas cours aujourd'hui. Louise avait donc toute la journée de libre. Seulement, c'était ça qui la dérangeait : n'ayant rien à faire, elle n'arrêtait pas de se préoccuper de la pleine lune de ce soir.

Elle continua de filer dans les couloirs, tel un fantôme en errance. Elle finit par déboucher dans une partie éloignée du parc de l'école. Visiblement, ce n'était pas un endroit très convoité : peu de personnes s'y trouvaient. A vrai dire, elle était totalement seule. D'où elle était, Louise pouvait entendre les voix et les rires des autres élèves. Ils étaient sûrement de l'autre côté du château, face au soleil. L'endroit où elle se trouvait pouvait certes paraitre angoissant aux élèves : la vue donnait directement sur un lac où l'eau était sombre et inhospitalière. Une fôret dense peuplée d'arbres hostiles se trouvait au bord des eaux, et de gros nuages gris arrivaient, assombrissant le ciel. Mais Louise avait vu bien pire, et de simples frissons ne l'effrayaient pas.

A sa gauche se trouvait cependant un terrain plus accueillant. Le paysage s'étendait en collines et en plaines vertes, jusqu'à se perdre dans l'horizon. Louise aperçut, à une bonne marche d'elle, une tour nichée sur des roches isolées. Sans vraiment réfléchir, elle se dirigea vers celle-ci, quittant le sol en pierres du château, accueillie par l'herbe douce. Arrivée à la moitié du chemin, elle enjamba une vieille barrière de bois, sûrement pas utilisée depuis des années. Son pied, pas assez levé, se prit malencontreusement dans une des planches et Louise embrassa le sol dans une chute vertigineuse. Au moins, elle avait été amortie par les feuilles mortes de la saison.

𝐌𝐀𝐋𝐄𝐃𝐈𝐂𝐓𝐔𝐒 ── 𝖜𝖎𝖟𝖆𝖗𝖉𝖎𝖓𝖌 𝖜𝖔𝖗𝖑𝖉Où les histoires vivent. Découvrez maintenant