Chapitre 20 : Dangereux meurtrier

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Louise eut le sentiment de recevoir un poids dans l'estomac. Bien sûr, elle s'en doutait. Ça aurait été trop facile. Le bonheur n'existait pas pour quelqu'un comme elle. Et pourtant, elle avait ce pincement au cœur qui la gênait depuis que Lupin avait prononcé cette phrase. Cette femme restait sa mère après tout. L'amour maternel ne pouvait pas s'effacer comme ça. Et peut-être que si celle-ci n'avait pas disparu, la jeune maledictus aurait eu une vie normale. Ou du moins, une famille.

De nombreuses questions sans réponses trainaient encore dans la tête de Louise. A commencer par la cause de sa mort. Qu'avait-il pu se passer ? La petite maledictus savait bien que ce n'était pas sa faute. Et pourtant, elle avait toujours ce sentiment d'abandon qui lui serrait le cœur depuis des années. L'avait-elle seulement aimée un jour ? Ses proches aurait pu donner Louise à des amis, ou à une bonne famille après la disparition d'Ella. Mais non, au lieu de ça ils avaient laissé Louise dans un orphelinat miteux.

— Comment est-elle... Morte ? demanda Louise d'une voix enrouée.

Lupin poussa un long soupir. Ses yeux pleins de remords se posèrent sur la jeune sorcière. Elle avait l'air si seule. Pauvre enfant. Son visage terne et pâle trahissait le manque d'amour et d'affection qu'elle avait reçu au cours de sa vie. Et ses membres trop maigres dénonçaient les horreurs qu'elle avait pu subir. Cependant elle gardait un joli visage soigneusement tracé.

— C'est un moment dur à raconter, Louise... murmura Lupin. Êtes-vous vraiment sûre de vouloir l'entendre ?

Louise avait attendu treize ans pour entendre la vérité. Pour savoir ce qu'il s'était passé. Qui étaient ses parents, et ce qu'ils étaient devenus. Alors oui, elle était plus que prête. Caressant du bout des doigts le bracelet de son père, elle répondit calmement au professeur qu'il pouvait lui raconter ce qu'il s'était passé.

— Connaissez-vous le criminel Sirius Black ?

Louise pencha la tête sur le coté. Ce nom lui disait quelque chose. Ah oui ! Elle l'avait entendu plusieurs fois quand elle était avec Harry, dans le train et également dans la salle de devoirs. Mais elle ne savait pas grand chose sur lui, à part qu'il était recherché et très dangereux. Mais quel rapport avait-il avec sa mère ?

Louise secoua timidement la tête. Quelle honte ! Le professeur allait sûrement se moquer d'elle. Ou du moins penser qu'elle était stupide. Ne pas connaitre l'histoire de quelqu'un d'aussi célèbre dont on voit les affiches partout... Et pourtant, au grand étonnement de Louise, Lupin ne réagit pas de cette manière, et lui expliqua même calmement.

— C'est une longue histoire, alors j'aimerais ne pas être interrompu, d'accord ?

Louise hocha à nouveau la tête.

— Bien. Quand j'avais votre âge, j'avais un groupe d'amis. Nous étions quatre : James Potter, Sirius Black, Peter Pettigrow et moi. A cet époque, Sirius n'était pas un criminel. Ce n'était d'ailleurs pas du tout quelqu'un de mauvais. Quelques temps après, Lily Evans, la mère d'Harry, a rejoint notre groupe. Comme vous le savez, de mon côté, j'étais devenu ami avec votre mère, ce qui lui a permit à elle aussi de rejoindre le groupe. Mais nous passions beaucoup plus de temps à deux qu'avec les autres.

Louise buvait littéralement les paroles de l'homme. Elle connaissait déjà ce passage, mais, patiente, elle ne dit rien et attendit la suite. Pour l'instant, il n'y avait rien de bien méchant.

— Des années plus tard, James et Lily se sont mariés, et juste après eux, c'est votre mère qui a épousé Terrence Addams, votre père, qu'elle avait rencontré lors d'un voyage. Ils étaient tombés sous le charme l'un de l'autre. Elle était époustouflante ce jour-là. Un an après, Ella est tombée enceinte. Étant née au Pays de Galles, elle n'avait pas coutume de parrainer les enfants. Mais quand vous êtes née, elle a finalement décidé de me demander de l'être. Si vous saviez combien votre mère vous aimait, Louise... Vous étiez ce qu'elle avait de plus cher. Pour rien au monde elle ne vous aurait abandonné.

Les yeux de Lupin étaient imprégnés de tristesse et de mélancolie. Il avait l'air de revivre ces moments. Il semblait s'en vouloir. Quant à Louise, les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Elle avait eu une famille. Une mère qui l'aimait. Tout aurait pu être différent.

Lupin soupira. Son regard devint plus sombre, et Louise en déduit que la suite serait beaucoup moins joyeuse.

— Mais comme vous devez sûrement le savoir, Vous-Savez-Qui devenait de plus en plus puissant et avait de plus en plus de partisans.

Ça, elle en avait entendu parler. Impossible de ne pas être au courant, à vrai dire. En plus, le cirque adorait les ragots. C'était comme ça qu'elle arrivait à être au courant des choses qu'il existait dans le monde qui s'étendait au-delà des grilles de sa cage : en écoutant les discussions des membres du cirque pendant qu'elle était occupée à faire des corvées. Elle en avait appris plus qu'il ne le fallait, bien que ce n'était pas des discutions très objectives. Ainsi, elle était au courant du règne de Voldemort et des horreurs qu'il avait faites subir.

— Sans que personne ne le sache, Sirius a commencé à partir vers le mal, et à rejoindre Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Il a trahi ses amis, James et Lily Potter, et a dit  à Vous-Savez-Qui où ils se cachaient. Le mage noir à tué les parents d'Harry, et quand il a voulu s'en prendre à celui-ci, qui était encore bébé, le sort a rebondi contre lui, grâce au sacrifice de sa mère.

Louise s'en souvenait à présent. L'histoire d'Harry Potter. Le garçon qui avait survécu. Tout le monde ne parlait que de ça, à une époque. C'était pour ça que le nom d'Harry lui avait dit quelque chose dans le train, la première fois ! Mais ce jour là, elle n'avait pas fait le rapprochement. Elle avait eu bien trop de choses à faire dans la journée, et elle ne faisait pas encore assez partie de la communauté magique pour l'idolâtrer comme le faisaient beaucoup.

— Le plus dangereux des sorciers a disparu cette nuit-là, mais c'était loin d'être fini. Après cette nuit, Sirius s'est mis à traquer sans relâche -pour une raison qu'on ignore tous- notre ancien ami Peter Pettigrow. Quand il l'a trouvé, il a créé une explosion, qui a tué Peter, et douze autres personnes. Et dans celles-ci se trouvait votre mère, Louise. Sirius Black l'a tuée.

La voix de Lupin était lourde, et ses yeux étaient plein de tristesse. Louise frissonna. Elle baissa la tête, les lèvres tremblantes, un sanglot coincé dans la gorge.

— C'est pour ces meurtres que Sirius a été envoyé à Azkaban. Quand Terrence a appris la nouvelle, il a sombré dans le chagrin et la dépression. La perte d'Ella l'avait détruit, continua Lupin en toussant. On l'a retrouvé mort quelques jours après.

Louise fixait à présent le sol, haïssant Black comme elle n'avait jamais haï personne. Cet homme lui avait tout pris. Sa mère n'aurait pas dû mourir ce jour-là. Elle n'avait rien fait. La haine et la tristesse compressaient le ventre de la jeune fille. Elle avait l'impression que son cœur étouffait.

La petite sorcière renifla, la gorge lourde et le visage pâle.

— Mais vous... Vous aviez dit tout à l'heure que vous étiez mon parrain, sanglota-t-elle.

— Je-Je n'ai pas pu m'y résoudre. J'étais seul et bien trop pauvre. Je n'aurais pas pu subvenir à vos besoins, murmura le sorcier. Je te demande pardon Louise...

Louise secoua la tête. Lupin avait été son dernier espoir d'une vie sans souffrance. Comment avait-il pu l'abandonner ? Quant à cette marque de tutoiement, Louise n'y fit pas attention. Son esprit était beaucoup plus occupé aux choses qu'elle venait d'entendre. Tout cela était encore flou. Cette histoire pesait sur sa poitrine plus qu'elle ne l'aurait pensé. Elle croyait qu'elle repartirait le cœur plus léger en ayant entendu son histoire, mais c'était tout le contraire.

Louise se leva. Elle ne voulait pas dire à Lupin combien il l'avait déçue. Pas maintenant du moins. La tristesse qu'elle ressentait avait pris le dessus sur la colère qu'elle pouvait avoir envers l'homme. Elle avait entendu ce qu'elle souhaitait, et voulait être seule pour digérer tout ça. Cela faisait beaucoup de choses à encaisser d'un seul coup.

Elle garderait le peu de questions sans réponses qu'il lui restait pour plus tard. Elle ne souhaitait pas encore savoir des choses sur l'origine de sa malédiction. C'était trop tôt pour pareille information. En plus, Lupin n'était sûrement pas au courant, bien que Louise avait l'impression qu'il ne lui disait pas tout sur cette histoire. Il semblait s'en vouloir largement plus que pour une simple histoire de parrainage.

Elle quitta la salle dans un silence de plomb, laissant Lupin à ses remords. Elle avait encore beaucoup trop de mal à accepter ce qu'elle venait d'entendre.

𝐌𝐀𝐋𝐄𝐃𝐈𝐂𝐓𝐔𝐒 ── 𝖜𝖎𝖟𝖆𝖗𝖉𝖎𝖓𝖌 𝖜𝖔𝖗𝖑𝖉Où les histoires vivent. Découvrez maintenant