Chapitre 29 : Fièvre Écarlate

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Les yeux fermés, Louise était comme en transe, coincée dans un autre monde, sans jamais pouvoir retrouver le sien. C'était comme si son corps était resté sur Terre mais que son âme s'en était déconnectée. Sous sa main, elle sentait le contact chaud du lit de l'infirmerie. Elle entendait aussi les voix agitées des personnes qui passaient à son chevet, et les murmures des plus inquiets.

Louise était très malade. Elle ne pouvait rien faire d'autre que de rester là, tremblante et gémissante, en proie à de terribles douleurs. Sa fièvre avait terriblement augmenté, et elle toussait si fort qu'elle s'en arrachait la voix. Son visage semblait avoir pratiquement été vidé de toutes ses couleurs, tandis que ses joues avaient pris une couleur cramoisie. Elle n'avait plus d'énergie à rien. Parfois, il lui arrivait d'arriver à entrouvrir les yeux et d'apercevoir l'infirmière qui s'affairait à lui donner des remèdes, pour aussitôt les refermer et s'abandonner à un sommeil de plomb, qui ne lui apportait aucun repos.

La jeune fille aurait voulu crier, pleurer, hurler, mais elle n'en avait tout simplement pas la force. Toute son énergie semblait avoir été aspirée par une force invisible, qui tentait encore et toujours de lui voler les dernières gouttes de vie qui lui restaient. Elle aurait voulu parler, demander des explications, mais personne ne semblait vouloir écouter ses yeux fatigués et vides.

Louise sentait de temps en temps des mains chaudes, délicates et attentionnées se poser sur son front bouillant, remettant parfois le torchon imbibé sur sa tête pour diminuer sa température. Mais visiblement, cela ne semblait pas faire très effet. L'infirmière, qui veillait tard, entendait souvent la pauvre enfant marmonner des paroles incompréhensibles dans le délire de la fièvre. Dans ses pires moments de douleurs, il lui arrivait de réclamer son tuteur auprès d'elle d'une voix désespérée.

Louise avait aussi terriblement froid. Comment était-il possible d'avoir autant de couvertures, sans pouvoir se réchauffer ? Il lui semblait que sa tête bouillonnait bien plus fort qu'une marmite sur le feu, alors que tout son corps était recouvert de frissons et de chair de poule.

Elle resta des jours allongée dans son lit, à se tordre de douleur, n'ayant même plus l'esprit assez clair pour demander ne serait-ce qu'un verre d'eau. Elle se retournait dans tous les sens, ne trouvant jamais de position assez confortable, et finissait par abandonner, épuisée.

— Comment va-t-elle ? fit un jour la voix d'une femme près de son lit, la pensant endormie.

— Pas très bien, murmura l'infirmerie. La fièvre ne semble pas vouloir descendre malgré tous nos efforts.

— Pauvre enfant...

La voix se tut quelques instants.

— Devons nous prévenir son tuteur ? s'inquiéta la soignante.

— Voyez comment cela évolue, mais je crains que nous n'ayons pas d'autre choix. C'est presque aussi terrible que la Dragoncelle...

Après cela, des bruits de pas s'éloignant résonnèrent, et l'infirmière soupira quelques instants, avant de remonter la couverture sur Louise, que celle-ci avait défait dans ses mouvement. Puis elle s'en alla à son tour, laissant Louise seule dans sa douleur.

Au fur et à mesure que les jours passèrent, Louise semblait perdre goût à tout. Les mains chaleureuses qui se posaient sur elle ne la réchauffaient plus, et les paroles réconfortantes la laissaient indifférente. C'était comme si la maladie lui avait enlevé toutes les sensations de la vie. Et pourtant, Dieu savait combien Louise essayait d'attraper un peu de chaleur qu'on lui transmettait. Mais maintenant, toutes les voix qui lui parlaient se ressemblaient. Et toutes les mains avaient la même texture.

Sauf cette après-midi là.

Ce jour-là, où la fièvre n'avait jamais été aussi intense, Louise ressentit quelque chose qu'elle n'avait pas senti depuis très longtemps. Lorsque cette main se posa sur sa joue brûlante, Louise eut la sensation qu'une bougie au fond d'elle se ralluma. Une bougie qu'on aurait soufflée pour la tuer, et que d'un coup quelqu'un venait pour la ranimer. Et de sa flamme se propagea une vague de chaleur, qui se répandit doucement au fond d'elle-même. 

𝐌𝐀𝐋𝐄𝐃𝐈𝐂𝐓𝐔𝐒 ── 𝖜𝖎𝖟𝖆𝖗𝖉𝖎𝖓𝖌 𝖜𝖔𝖗𝖑𝖉Où les histoires vivent. Découvrez maintenant