Tous les élèves regardèrent incrédules ce qu'ils croyaient être une sphère lumineuse recouverte de brume. Louise déglutit. Bien que l'épouvantard était tourné vers Lupin, la jeune fille sentit un frisson lui traverser l'échine. Elle avait peur de ce que ce petit satellite terrestre pouvait faire. Le professeur, voyant qu'Harry était en difficulté, l'avait poussé pour prendre sa place auprès de l'épouvantard. Et à la plus grande stupéfaction de Louise, la plus grande peur de Lupin était la lune. Comme elle.
Elle tourna la tête vers le professeur, juste à sa droite. Son visage était éclairé par la lumière aveuglante de l'astre. Il était droit, la baguette tendue, fixant la lune de travers comme une vieille amie qu'on aurait préféré ne jamais revoir. C'était exactement de cette manière que Louise percevait la Lune. Comme quelqu'un qu'on aurait préféré ne jamais recroiser...
La jeune maledictus n'avait jamais remarqué que les yeux de Lupin étaient bleus. Le même bleu que ceux de James. Et que les siens. C'est à ce moment là que Louise compris qu'il y avait quelque chose d'étrange. Pourquoi son épouvantard et celui de Lupin étaient identiques ? Et pourquoi le professeur avait-il peur de la Lune ? Cela voudrait-il dire qu'il était un loup garou, ou quelque chose du même genre ? Cela se pourrait-il que...
— Riddikulus ! s'écria Lupin en la tirant de ses pensées.
La sphère se transforma pitoyablement en ballon de baudruche dégonflé qui parcourut la salle en laissant un souffle d'air froid. Lupin ouvrit d'un mouvement de baguette la porte de l'armoire et le ballon s'y logea dedans dans un dernier dégonflement. La jeune fille perçut ce son comme un soupir. Un dernier soupir. Pauvre épouvantard. Encore une créature magique malmenée et utilisée pour satisfaire le plaisir des spectateurs.
— Le cours est terminé ! s'exclama le professeur, encore essoufflé des récents évènements. Je suis désolé, il ne faut pas abuser des bonnes choses.
Des soupirs de déceptions s'élevèrent dans la classe, semblables à ceux du ballon se dégonflant. Louise était encore dans la lune. Elle était restée perdue dans ses pensées, continuant de fixer l'armoire et écoutant le rythme de son cœur battre. Pourquoi Lupin avait-il peur de la Lune ? Mais après tout, si ça se trouve, tout ça n'était qu'une erreur. Peut-être que l'épouvantard ne s'attaquait pas à Lupin, mais à Louise. Louise était juste à côté de Lupin au moment où la Lune était apparue. L'épouvantard avait très bien pu prendre pour cible la jeune fille, et non le professeur. Pourtant, Lupin n'avait pas eu l'air étonné de voir apparaitre l'astre.
— Louise, vous avez quelque chose à me dire ?
La voix du professeur lui parvint aux oreilles et Louise sursauta. Il se trouvait à côté d'elle et la regardait d'un air curieux. Louise se rendit compte avec honte que tous les élèves avaient quitté la salle et qu'elle était seule en compagnie de Lupin. Son cœur se mit à tambouriner encore plus vite. Bien sûr que non, elle n'avait rien à lui dire. Elle était seulement restée plantée là comme une idiote à réfléchir sans se rendre compte que la salle s'était vidée. Qu'allait-elle bien pouvoir dire ?
— Est-ce que... Est-ce que l'épouvantard prend toujours pour cible la personne la plus proche de lui ? improvisa-t-elle d'une petite voix presque inaudible.
Elle releva lentement la tête vers lui pour voir sa réaction. A sa grande surprise, celui ci sourit d'un air bienveillant et s'appuya contre le mur.
— Vous vous demandez si la sphère brillante était pour vous, n'est-ce pas ?
Louise hocha sa petite tête doucement. Quelle idée elle avait eu de dire ça... Elle s'était mise dans une voie sans issue. Cependant elle avait du mal à accepter le terme de "sphère brillante" venant de la bouche du professeur.
— Vous savez, notre plus grande peur peut prendre bien des formes, et bien des significations, continua Lupin d'une voix douce. Mais non, la Lune était bien mon épouvantard, ne vous en faites pas. Si vous demandez pourquoi j'ai peur de la Lune, je ne peux vous pas le dire. Mais sachez seulement que cette boule lumineuse qui nous paraît inoffensive peut faire bien des dégâts...
Lupin baissait sa tête un peu plus à chaque mot, se perdant dans ses pensées. Il avait pris un ton amical, mais Louise décelait de la tristesse dans sa voix. Oh, comme elle aurait aimé lui dire qu'elle était d'accord avec lui, qu'elle comprenait ce qu'il venait de dire plus que n'importe qui...
— Enfin bon, s'exclama-t-il en en relevant la tête, il n'y a pas de raison de vous inquiéter. Ce n'est pas ce gros caillou qui s'attaquerait à une jeune fille aussi maigrichonne que vous ! dit-il en lui donnant une tape sur l'épaule pour lui redonner le sourire.
La phrase de Lupin replongea la jeune fille dix ans en arrière.
Maigrichonne.
Maigrichonne...
— Louise, vous êtes trop maigrichonne ! Si vous continuez comme ça, personne ne voudra vous adopter !
— Personne ne m'adoptera de toute manière. Elle me l'a dit.
— De qui parlez-vous ? Qui est ce "elle" ?
— La Lune. Elle se moque de moi. Les autres enfants aussi. Ils disent que je suis trop pâle et que j'ai des cicatrices partout.
— Ne les écoutez pas. Venez, il me reste des petits pains dans mon bureau. Je suis sûre que vous irez mieux après. Et puis avec un peu de chance, vous serez moins maigrichonne.
Ce souvenir étira les lèvres de Louise en un grand sourire. L'orphelinat était sa première maison. Sa première véritable famille. Un endroit où un adulte l'aimait. Bien sûr, elle n'avait aucun ami à l'époque. Mais la directrice Mademoiselle Bounty, une vieille dame au cœur immense, s'était prise d'affection pour elle. Elle lui répétait sans cesse qu'elle était trop maigrichonne et qu'une maladie finirait par l'emporter. Pourtant, elle avait toujours été gentille et protectrice envers elle.
Les yeux de la jeune sorcière étaient à nouveau plongés dans le vide, mais pas de la même façon que d'habitude. Ils brillaient de pensées heureuses. Elle était plantée là, un grand sourire en plein milieu du visage.
Oh, le pauvre Lupin ne pouvait pas comprendre pourquoi sa plaisanterie de mauvais goût faisait autant sourire la jeune sorcière. Il avait juste dit ça pour essayer de la détendre un peu. Depuis son arrivée, il n'avait pas arrêté de voir la jeune sorcière perdue, stressée, courant partout, et essayant de se cacher parmi la foule. Mais voir son élève si fragile et si timide avec un sourire sur les lèvres le rendit heureux.
— Vous avez la même façon de sourire que votre mère.
Le sourire sur les lèvres de Louise descendit aussi vite qu'il était arrivé. Elle essaya de le cacher en vain, et tenta un sourire gêné qui donna plutôt l'impression d'une moue triste. Elle le fixa, les yeux brillants. Elle ne savait rien sur ses parents. Elle n'avait rien d'eux, à part ce bracelet de fer pendu à son poignet. Sinon, elle n'avait aucune autre information les concernant.
— Vous avez connu mes parents ? demanda-t-elle timidement.
Elle caressa discrètement du bout des doigts le bracelet froid accroché à son bras, comme si sa présence la rassurait.
Lupin sourit, mais la jeune sorcière perçut de la tristesse au fond de ses yeux si fatigués. Ils semblaient avoir perdu leur lumière par les souffrances du passé. Qu'avait-il donc vécu ?
— Oui, je les connaissais. Vous avez les mêmes traits de visage que votre père.
La mâchoire de Louise se crispa. Elle voulait en savoir plus.
— Pou-pouvez vous me parler d'eux ? lui demanda Louise poliment.
—Allez en cours. Venez me voir à la pause et nous en reparlerons, termina Lupin.
Louise hocha la tête, bien que déçue intérieurement de devoir attendre. Mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Elle avança vers la sortie, le cœur plus léger, avec la promesse que ce soir, elle en saurait plus sur elle et son passé.
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𝐌𝐀𝐋𝐄𝐃𝐈𝐂𝐓𝐔𝐒 ── 𝖜𝖎𝖟𝖆𝖗𝖉𝖎𝖓𝖌 𝖜𝖔𝖗𝖑𝖉
Fanfiction❝ 𝐉𝐄 𝐍𝐄 𝐒𝐔𝐈𝐒 𝐐𝐔'𝐔𝐍 𝐌𝐎𝐍𝐒𝐓𝐑𝐄 ❞ ─ 𝐥𝐨𝐮𝐢𝐬𝐞. Louise a toujours détesté ce qu'elle était. Depuis sa tendre enfance, la jeune fille est maltraitée pour sa malédiction de sang qui l'oblige à se transformer en animal involontairement...
