mon esprit

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Je n'ai rien écrit, je sais très pertinemment qu'il ne les lira jamais mais qu'il est obligé de nous faire travailler. J'ai passé le reste de ma retenue à tenter de me calmer et attendre ma cigarette. Regarder le nouveau m'a occupé et je me suis même surpris à le dessiner. Pas pour me vanter mais je dessine bien. J'ai toujours un carnet sur moi ou j'écris et dessine dedans. Personne ne sait que je le tiens. Certaines personnes diront que seuls les fragiles tiennent un journal intime mais j'aime écrire. J'écris des textes, des poèmes et je dessine mes pensées et extériorise, d'une certaine manière, mes idées noires. Parfois je dessine sans m'en rendre compte et souvent, ce sont mes plus belles œuvres, celles qui viennent droit du cœur. J'ai déjà essayé de dessiner après une crise mais la scarification reste la chose la plus efficace. Je ne me contrôle plus durant ce genre de moment.

Le croquis que j'ai fait de lui est intéressant. Je le collerais dans mon carnet.

- Ho ! Tu m'écoutes ? j'avais oublié sa présence. Je me suis à nouveaux perdu dans mes pensées. Je me demande ce qu'est d'être mon ami. Cela doit être étrange et compliqué mais je me dis qu'étant donné que j'en ai, ce n'est pas si difficile que ça.

Je regarde Aden, l'air bête, qui me lance des éclairs avec les yeux.

-T'abuses sérieux ! Ça fait 10 minutes que je parle dans le vide.

- Non j'ai écouté, mentis-je.

- Qu'est-ce que je disais alors ?

- Tu me demandais si je t'avais écouté ? il me regarde avec cet air qui traduit "tu me prends pour le dernier des cons" et me donne et tape sur le front

- AIE, mais t'es fou ? ça ne va pas non ? hurlais-je en amenant ma main à ma tête.

- Tu ne m'écoutes jamais c'est pénible ! y'a quoi dans ta tête qui est plus intéressant que moi ?

Mon regard se couche sur le sol bétonné. Qu'est-ce qu'il y a dans ma tête ? Un vide douloureusement présent. Des questions sans réponses et des réponses qui n'ont plus de questions.

- Je n'en sais rien. Je me suis replié sur moi-même, j'essaye vraiment de ne pas me renfermer dès que quelque chose me contrarie mais c'est plus fort que moi. C'est comme une carapace qui se frome autour de ma joie de vivre, qui est là en permanence mais laisse quand même passer quelques rayons de soleil qui, dès qu'une remarque, une action ou même un mot me touche, se matifie totalement et ne laisse plus rien entrevoir. J'avais déjà ce genre problème étant enfant, m'énerver trop vite, partir au quart de tour pour un rien, faire un caprice pour n'importe quoi. Mais depuis quelque temps, je ne ris plus, fais des crises d'angoisse, me mutile, fume comme une cheminée. La carapace, qui devrait disparaître avec le temps reste et je n'en peux plus.

Je lève les yeux vers Aden qui m'examine le visage et, sans me prévenir, me prends les mains.

- No homo hein ? il soulève mes manches, je me débats, mais malgré son corps assez frêle, il arrive à me les maintenir en place.

- Arrête.

Mon ton est sec et je tente de me défaire de son emprise, mais il ne se laisse pas faire.

- Arrête s'il te plait, arrête ! stop arrête ! hurle-je

Je commence à me débattre de toutes mes forces qui s'affaiblissent, gigotant dans tous les sens comme un enfant.

- Lâche-moi ! lâche-moi !!! je ne sais pas s'il me tient encore mais je sens encore ses gros doigts d'adulte autour de mes poignets. Son alliance brille au soleil, celle de maman est plus jolie, plus fine et elle donne mieux sur sa main douce que sur la sienne. Son emprise se resserre et j'ai mal. Du sang s'écoule de ses mains jusqu'à mes poignets. Je le vois couler sur mes doigts, glisser entre mes phalanges et tâcher mes manches, je le sens me brûler la peau. Je me dégage de sa prise et me frotte les mains sur mon t-shirt pour faire partir cet horrible liquide de ma peau. Je frotte, frotte, encore et encore mais rien. Je me bouche les oreilles, il y a trop de bruit. Des larmes de peur se forment et coulent aussi vite qu'elles se sont créées. Je tombe sur mes genoux et sens un caillou pénétrer dans ma peau. La douleur est vive, et le tout disparait. Je tourne mes mains dans tous les sens pour être sûr qu'il n'y en a plus du tout nulle part. Tout a disparu une fraction de seconde.

Je sens deux mains m'entourer le visage de manière douce.

- Cami ?! Cami, tout va bien ! tiens une cigarette !

Je l'entends parler mais je ne le vois pas. Je ne vois que mes mains en face de moi.

-Tu penses que c'est une bonne idée de le faire fumer maintenant ? Je ne connais pas cette voix.

- Tu es qui toi ? va te faire foutre, personne ne t'a rien demander. Remet ta capuche sur ton bonnet et casse toi. Et c'est ce qu'il fait quand il est stressé, et ça a toujours fonctionné.

- Non mais d'après ce que je viens de voir, il n'est pas dans un état de se griller une clope. Alors trouve un autre moyen, ce n'est vraiment pas la bonne solution. J'entends des pas s'éloigné de nous et je sens que petit à petit, je reviens à moi.

Ma vision se clarifie et je le vois marcher le long du trottoir, avec sa capuche et ses écouteurs. Il se tourne pour me regarder, une forme d'inquiétude tire ses traits, qui ne sont pas clairs, la distance, les larmes, la peur et la haine floutant à nouveau ma vue.  

3 taffes et un sourire [terminé]Des histoires addictives. Découvrez maintenant