« Ta copine, la blonde, elle embrasse bien ? »
« Comment tu sais que c'est ma copine ? »
« Je vous ai vus le premier jour, elle t'a roulé une grosse pelle. C'était bien ? » je ne le comprends pas. Il parle de manière calme et posé, une voix un tout...
10 jours, 10 jours. Je suis dans ma chambre, le carnet de Cami dans mes mains. Je ne l'ai pas lâché une seule seconde, je n'ose pas. C'est toute ce qu'il me reste de lui. Si je n'avais pas cassé son collier, j'aurais eu autre chose. Si je l'avais laisser parler, je n'aurais peut-être pas eu besoin de le casser et si je lui avais ouvert la porte, je ne serais pas habillé en noir aujourd'hui.
"Tu es prêts Lune ? " la voix de ma mère raisonne dans la chambre mais je ne bouge pas, je n'arrive plus à bouger, à parler, à manger, à sourire. Je n'arrive plus à faire tout ça depuis que je l'ai vu embrasser Aden à vrai dire. Je sens mon lit s'affaisser à côté de moi. "Lune..." sans que je m'en rende compte, je serre fort le carnet contre mon cœur et je pleure tout ce que qu'il me reste à pleurer. "Il me manque tellement maman..." je craque pour la je ne sais combientième fois depuis 3 mois et demi. Je ramène mes genoux à mon torse, toujours en serrant Cami contre moi. J'embrasse la couverture en cuire de ce petit livre si précieux et je lui souffle des "je t'aime et des désolé." La main de ma mère vient se poser dans ma nuque et me la caresse doucement. Je n'ai pas envie que ce soit sa main, j'ai envie de celle de Cami. Ses grandes mains douces. « Va-t'en maman" dis-je entre deux sanglots. Ma mère soupire en me soufflant que je vais être en retard pour la cérémonie mais je m'en fiche. Elle se lève et s'en va comme je lui ai demandé. Je me dirige vers le tiroir de ma table de nuit et en sort un paquet de cigarettes. J'en sors une que je mets dans ma bouche, et une deuxième que je mets dans une boîte avec une photo de Cami dedans. C'est devenu un rituel, on se fume une cigarette ensemble. J'allume ma clope et respire l'odeur à plein poumons. Elle me fait penser à lui. Je prends mon téléphone et regarde mon fond d'écran. C'est une photo de lui et moi, en train de nous embrasser dans la rue. Une amie à moi l'avait prise un jour où nous étions sortis avec elle et Cami.
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Je m'étouffe avec un sanglot, j'en ai l'habitude maintenant. Il est 9h57, la cérémonie commence à 10h15. *** Tous les amis, la familles proche et éloignée de Cami sont là. Il y a même Aden. Enfin, évidemment qu'il est là, c'était son meilleur ami, ou plus je ne sais pas. La mère de Cami, avec charlotte est là. Je n'ose pas les regarder, je leur ai enlever leur fils et frère. Elles sont entrain de pleurer, Charlotte dans les bras de Léane. Si Cami voyait ça, il serait heureux. Des nouveaux pleurs viennent. Je cache mon visage et me mets dos à la foule. Je sens une main se pose sur mon épaule et je me retourne. Je vois Léane et charlotte. Je pleure encore plus quand je sens les petits bras de Charlotte venir me serrer au niveau des hanches. Je m'accroupis à sa hauteur et la serre en retour. Je vois la mère Cami pleurer en silence et en me regardant droit dans les yeux. Il n'y a aucune rancœur, aucune haine ou colère, juste de la peine. Je me défais de Charlotte et me dirige vers Léane. Nous nous regardons. Ils ont les mêmes yeux, les mêmes lèvres, les mêmes traits du visage. En voyant ça, je ne peux pas m'empêcher de la prendre dans mes bras. Je la serre comme je le serrais lui, je mets mon visage dans son cou et je me laisser complètement aller. Des millions de souvenir traversés mon esprit, des milliers d'image de lui, de centaines de nous. Des dizaines de larmes coulent et une seule personne pourrait m'aider. Je sens les mains de Léane venir me caresser les cheveux. « Je suis tellement désolé... pardonnez-moi, pardon, pardon, pardon... » je le répète encore et encore même si aucun mot, aucun acte, aucun geste ne serait le ramener. D'un coup, je suis séparé de la mère de Cami et mon visage tourné vers la gauche. Une douleur se propage dans tout mon visage que je relève doucement. Je vois Aden, le visage complètement décrépi par les pleurs, la peine et la colère. Un deuxième coup part et je m'effondre sur le sol. Je ne fais rien, ne riposte pas, je le mérite. Je mérite bien pire à mon avis. Troisième coup, je sens mon nez commencer à saigner. Je tourne mon visage vers lui et je peux voir qu'il est complètement dévasté. Il pleure comme je pleure moi. Sa cage thoracique se lève et descend rapidement. « Tu savais qu'il n'allait pas bien !! Tu l'as vu à ses bras, dans ses yeux !!! Tu savais qu'il n'allait pas bien !!! POURQUOI TU N'AS RIEN FAIT !?! TU AURAIS DÛ FAIRE QUELQUE CHOSE !!! » Je le regarde sans rien faire et pleure tout simplement, pourquoi je n'ai rien fait ? Pourquoi je me suis séparé de lui ? Je me lève d'un coup et le pousse fort pour qu'il tombe par terre. Je le surplombe et dis : « Pourquoi tu l'as embrassé hein ?? TU AS TOUT GÂCHÉ !! TOUT CE QUE J'AI REUSSI A CONSTRUIRE AVEC LUI, TU L'AS BRISÉ PARCE QUE TU N'AS PENSÉ QU'À TOI ESPÈCE DE- » je me coupe d'un coup, essuie mes larmes et reprends : « ET TOI HIEN ??? ET TOI POURQUOI TU AS FAIS ÇA ? POURQUOI TU L'AS EMBRASSER HEIN ?? » « Parce que je l'aime !!! » je m'arrête de parler et tombe à genoux. Moi aussi je l'aime. Moi je l'aime plus que n'importe qui sur cette terre. Moi aussi je l'aime.
« A moi aussi il me manque Aden » je me lève et m'en vais. Je rentre chez moi. Je vais retrouver le carnet et fumer une cigarette avec lui. Je ne vois pas la nécessité de rester ici, je lui ai dit au revoir, je lui ai dit je t'aime avant de jeter ma poignée de terre sur son cercueil. Je lui ai dit désolé avant de partir. *** 1 an plus tard
J'ai réalisé une bonne fois pour tout, assis sur mon lit, une cigarette à la main, que Cami est parti. Il n'est plus sur cette terre et plus jamais je ne le reverrais. Il ne sera plus qu'un souvenir. Un souvenir qui, jamais ne deviendra lointain. Un souvenir qui restera dans mon cœur. Comme il me l'a demandé, je ne garderais que les bonnes choses de lui. Sa manière de vouloir me tenir la main en public, sa façon de se blottir contre moi la nuit pendant ses cauchemars, comment il se calmait lorsque je posais mais main sur sa joue.
Je ne dis pas que ça a été facile, au contraire ; j'ai pensé à le rejoindre plus d'une fois. J'ai culpabilisé et culpabilise encore et culpabiliserais toute ma vie mais j'ai pris consciences que je n'étais pas le seul fautif dans cette histoire, Aden l'est aussi. Cami, quant à lui, je ne lui en veux plus. Je lui en ai voulu pendant des mois. D'abord pour m'avoir trompé et brisé notre couple, mais aussi, par la suite, de ne pas avoir réussi à combattre sa dépression et ses envies suicidaire que je calmais lorsque j'étais présent.
Et je m'en veux aussi. Je m'en veux plus que jamais d'avoir abandonné notre amour quand lui n'a jamais cesser de tenter de revenir.
Mais petit à petit, j'ai accepté, je l'ai pardonné, je me suis pardonné.
Et à présents, assis sur mon lit à lire des poèmes d'amour, feuilleter des dessins et fumer une cigarette, entre trois taffes, je souris.