Chapitre 27: Tu m'as brisé le cœur et jamais je ne te le pardonnerais.

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Des échos de discutions parviennent jusqu'à mes tympans fragiles. Mon cerveau était dans la brume et ne souhaitait pas immerger de celle ci. Je tentais d'ouvrir les yeux mais les paupières de ceux ci étaient trop lourdes pour ne serait ce qu'exécuter la moindre action.
Mon corps ne voulait pas obéir à mes ordres et mon cerveau ne souhaitait pas les diffuser. J'étais prisonnière de mon propre corps.
- Je ne te demande pas de comprendre.
- Mais par tous les feux des Enfers, qu'est ce qui ne tourne pas rond chez vous ? fulmina une voix très en colère.
- Nous devions la protéger, répondit une petite voix féminine.
- En la tuant ? Est ce que vous plaisantez ? Vous savez quoi, je ne veux plus rien entendre.
- Dagon s'il te plaît.
- Non fermes là ! Je l'emmène loin de vous et de vos plans macabres.
- Tu ne peux pas, elle doit rester ici, tu ne pourras pas la protéger de ce qui arrive.
- J'ai beau être un démon, je ne frappe pas les anges femelles mais crois moi j'ai une désagréable envie de t'étrangler alors sois tu me laisses l'emmener sois je te promet de te réduire en cendre.
- Où est passé ton respect Dagon ? s'indigna la voix féminine.
- Le respect que j'avais envers toi, Rubis, s'est perdu au moment où je vous ai vu toi et Lucifer tentant de tuer VOTRE PROPRE FILLE !
- Tu.. Tu ne peux pas comprendre...
- Non effectivement je peux pas et ne veux pas comprendre ! Pousses toi maintenant avant que je fasse quelque chose que nous regretterons tous les deux.
Je tentais de résister à l'appel du sommeil, voulant en connaître davantage sur cette conversation mais les ténèbres remportèrent la bataille et mon esprit sombra dans le noir.

Mes yeux s'ouvrirent sur une pièce que je ne connaissais pas, aussitôt que l'environnement se fût plus distinct, je me redressais et une vague de panique s'empara de mon être. Je regardais autour de moi mais malgré tous mes efforts je ne reconnaissais pas cet endroit. Où avais je atterrie ? Les morceaux restant de mon inconscience ne me permettaient pas de reconstituer correctement les événements passés. J'avançais prudemment vers la porte de sortie mais mon pied glissa sur quelque chose d'humide et poisseux. Après avoir stabiliser ma position, je pus constater que mon pied avait dérapé sur une tâche de sang. Mon sang. La douleur, que je n'avais jusque là pas sentie, se répandit dans tout mon être me paralysant quelques instants. Mon haut était imbibé de mon sang et lorsque je décollais celui ci de mon ventre, je pus voir un trou béant dans mes intestins qui laissait passer une grande quantité de sang. Mon corps souhaitait se reposer afin de récupérer mais mon cerveau lui n'avait qu'une seule chose en tête: aller trouver celui qui m'avait fait ça et lui faire payer. Cette blessure avait ravivé mes souvenirs. Je posais ma main sur la blessure afin de minimiser les pertes de sang et ouvris la porte sans un bruit.

A mesure que je titubais le long du couloir, de fines gouttelettes de sang tombaient sur le sol terreux. A la manière du petit poucet, je semais des tâches de sang à chaque pas que j'effectuais. Mais marcher sans savoir où j'allais n'était pas une bonne idée, à ce rythme là j'allais me vider de mon sang avant d'avoir retrouver ce psychopathe qui m'avait infligé cette blessure. Je laissais tomber mon corps contre l'une des parois du mur, pris une grande inspiration et ordonnais au château de me conduire à ce traître qui se trouvait être mon père. Rien ne se produit, pas étonnant vu que mon esprit et mon corps étaient occupés à essayer de cicatriser le trou que j'avais au niveau des intestins. Je serrais le poing qui se trouvait au niveau de la plaie et repris une profonde inspiration en faisant le vide dans ma tête avant d'ordonner une nouvelle fois au château de me conduire à mon paternel. Un léger vertige m'assaillit, je dus coller fortement mon corps contre le mur pour ne pas tomber, la perte de sang allait me faire tomber dans les vapes. Mais l'origine de ce vertige n'était pas due au manque de sang dans mon organisme, ma vision commença à être floue et le restait durant quelques secondes avant d'être à nouveau nette. Mon regard se posa dans un premier temps sur le visage de ma mère surprise de me voir devant elle puis en second temps mes yeux se posaient sur l'objet de ma vengeance. Toujours une main sur mon ventre ensanglanté, je marchais en direction de mon cher père qui parlait avec quelqu'un que je ne voyais pas. Ma mère interpella Lucifer sans me quitter des yeux, celui ci se retournait me laissant ainsi voir avec qui il discutait. Mes pieds se stoppaient net en apercevant Arzhel debout devant moi. Lui aussi fut surpris de me voir mais il n'était pas aussi surpris que moi. Ma main quitta mon ventre pour venir se poster devant ma bouche laissant ainsi le sang sortir librement. La surprise laissa place à la colère et la déception, je reculais à présent tandis que Arzhel s'approchait de moi. Ma mère aussi tentait de venir vers moi mais je l'en dissuadais d'un regard noir. Une larme coula le long de ses joues roses. Mes mains me brûlaient comme lorsqu'on se prend une décharge électrique. Cela me démangeait, je positionnais mes deux mains devant moi, comme pour tenter de stopper Arzhel dans son trajet mais celles ci lançaient une sorte d'éclair lumineux en direction de Arzhel. Il l'esquiva de peu et observa le rayon lumineux s'écraser dans un bruit sourd sur le mur d'en face. Je fus surprise mais ma colère et ce sentiment de trahison habitaient maintenant mon corps. On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid mais en ce qui me concerne, il se mange chaud et maintenant. Avec un cri de rage, j'envoyais un deuxième éclair qui percuta Arzhel au niveau de son abdomen. Il endura le choc mais fit quelques pas en arrière. Je pus voir du coin de l'œil que ma mère s'approcha doucement de moi dans une discrétion déconcertante mais je la stoppais comme je venais de le faire avec Arzhel mais cela fut moins concluant. Pourtant elle s'immobilisa et recula de plusieurs mètres, ayant probablement compris ma mise en garde silencieuse. Mon attention se focalisa sur cet homme que je pensais connaître, que je pensais être sincère, que je pensais aimer...

- Non ce n'est vraiment pas ce que tu crois mon ange, commença t-il avec une voix douce.

- Vas te faire foutre, grondais je en envoyant un autre éclair.

Ma mère l'attrapa avec une rapidité qui étonna tout le monde et le dévia de sa trajectoire initiale. Ma tête bourdonnait légèrement et ma vision s'obscurcit. Mon corps m'envoyait des signaux d'alerte mais je les repoussais en secouant ma tête. Je pouvais sentir mon sang dégoulinant le long de mes jambes.

- Alors toute cette comédie faisait partie du plan pour me tuer, hurlais je à l'intention des trois personnes qui me faisaient face.

- Non tu ne comprends pas, continua Arzhel du même ton que tout à l'heure.

- Oh mais bien sûr que si je comprend, tu as couché avec moi dans le simple but de me distraire et laisser ainsi le temps à mes fabuleux parents de mettre en place leur tentative de meurtre, couinais je au bord des larmes.

Je ne devais pas pleurer, je ne dois pas pleurer. Ma colère était intense, incontrôlable mais ma peine l'était tout autant. Je ne sentais plus la blessure que j'avais dans le ventre, celle ci était supportable comparé à celle de mon cœur qui éclata en plusieurs morceaux. Je ne pouvais qualifier ce que je ressentais, je ne l'avais jamais ressentis avant ça. Ma mère m'avait toujours soutenu sans jamais me laisser tomber. Jusqu'à aujourd'hui attentant contre la vie de sa propre fille, la chair de sa chair. Je n'arrivais pas à l'assimiler.

- Non je...

Un autre rayon s'échappa de moi et toucha directement le cœur de ce traître qui avait abusé de moi, qui avait trahi ma confiance. Arzhel serra les dents mais un cri de douleur s'échappa de sa bouche, il se toucha le torse avec une expression de douleur figé sur ses traits d'ordinaire fins et beaux. Mais la vision de la trahison ne me permettait plus de voir cette beauté qu'autrefois j'avais vu chez lui. Ma mère s'avança inquiète vers lui et observait la blessure que je venais de lui infliger, une brûlure au troisième degré recouvrait le côté gauche de la poitrine de Arzhel. Il ôta la main de ma mère et lui fit comprendre que ce n'était rien mais vu l'expression de celle ci, cela devait être plus grave que ce qu'il disait. J'aurais pu ressentir une once de regret ou de peine mais rien de tout cela ne m'atteignait. Je souhaitais lui faire ressentir ce que j'éprouvais maintenant et cela n'avait pas loupé, mon cœur était aussi brûlé que son torse. Brûlé par les mensonges que l'on m'avait dit, par des paroles qui n'étaient pas sincères, par des regards... Je serrais les dents pour ravaler les sanglots qui voulaient à tout prix sortir de ma gorge. Mais ils ne méritaient pas mes larmes. Aucun d'eux ne les méritaient. Et dire qu'il y a à peine quelques heures j'étais dans le même lit qu'un de ces traîtres. Mes souvenirs ne m'avaient jamais montré cette partie de Arzhel, cette partie de ce supposé âme sœur.

Lucifer n'avait pas bougé et m'observait d'un air neutre, il n'exprimait aucun regret de m'avoir poignarder, moi sa fille. Pourquoi ai je autant mal en voyant sa posture droite et impeccable. Peut être parce que même si c'était lui mon père, j'avais eu espoir de l'aimer un jour et qu'il m'aime en retour. La peine envahit mon cœur déjà meurtri par la colère et la trahison, cette tristesse m'empêchait de respirer et me fit poser un genoux à terre suivi dans la seconde par l'autre. Ou peut être était ce dû au manque d'hémoglobine dans mes veines. Malgré la brûlure que je venais de lui infliger à la poitrine, Arzhel courra dans ma direction. Je sentais les couleurs de mon visage partir et me laisser sans chaleur mais malgré cela, j'envoyais un dernier éclair au visage du démon qui s'approcha seulement ma posture me désavantageait et mon coup parti bien au dessus de la tête de Arzhel. Au bord du coma, les yeux à peine ouverts j'eus assez d'énergie pour prononcer:

- Tu m'as brisé le cœur et jamais je ne te le pardonnerais. Jamais.

Mes dernières forces me laissèrent et forçaient mon cerveau à couper la connexion entre lui et mon corps.



Tombée du ciel: ange sans LOù les histoires vivent. Découvrez maintenant