Il faisait chaud sous les draps. Rien, dans la vie, n'est aussi agréable que le comfort de son lit. Mentham serait bien resté ici pour l'éternité s'il le pouvait. On dit que l'Enfer est chaleur. S'il y fait chaud comme dans son lit douillet, il y irait sans hésiter. Tristement, son repos ne fut pas de longue durée, puisqu'il fut interrompu par des coups à sa porte. C'était le père de Mentham, le sourire aux lèvres, une étincelle pétillante dans les yeux. Il tenta de réveiller Mentham, mais l'enfant traînait, alors son parent, faussement menaçant, le prévint : « Mint ! Si tu ne te lèves pas, je vais chercher mon épée magique dans la salle des coffres, et nous serons obligés de nous battre en duel ! ». Le petit écarquilla de grands yeux admiratifs. Il avait déjà entendu parler maintes et maintes fois de cette épée fantastique, que ce soit de par son père ou à travers les rumeurs indiscrètes du village avoisinant. Mint savait que cette arme possédait de redoutables capacités d'extermination - c'était là le coeur de tous les ragots des villageois. Mais il savait aussi qu'il n'y avait pas que ça. Quoi, il ne saurait pas le dire, mais il s'agissait d'un pouvoir hors normes. Son père lui avait dit que rien ne pouvait résister à celui qui, ayant découvert le secret du pouvoir de l'épée, l'avait préféré (le pouvoir) à la force surhumaine qu'elle conférait.
Le jeune Mint se retint de se lever, rongé par la curiosité. Son père, résigné, se dirigea vers la sortie. Après une dizaine de minutes d'absence, des bruits et des cris retentirent. Puis après, plus rien. Définitivement plus aucun son. Mint ne prit pas la peine de se questionner sur l'origine du bruit, il fit irruption dans le couloir jouxtant sa chambre, et accourut à la rescousse de la quelconque personne en danger. Il ne se doutait pas que cette personne serait son père. Gauche. Droite. Devant. Droite. En bas. Cela n'en finissait pas.
Sa mère, au tournant d'un des inombrables couloirs, le héla. « Fils ! Je te souhaite une bonne Junjunna. Voilà quelques sous, va donc t'offrir des friandises. ». La mère, souriante, lui tendit une poignée de pièces verdâtres. Il en trouva une rouge parmi les autres. Il leva des yeux interrogateurs vers sa mère, il n'avait jamais vu de telles pièces. « Ce sont des pièces de tempêtes rouges. Je les reprend, si cela ne te dérange pas.». Mentham en oublia son objectif. Ce jour-là, il emprunta le portail pour se rendre à la confiserie, au lieu de descendre les escaliers pour venir en aide à son père. Mentham ne le revit jamais plus. Il n'eut guère d'informations supplémentaires sur le présumé décès de son père.
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Ils devaient se faire plus discrets. Mais ils devaient aussi découvrir ce qui se tramait - ce qui, assurément, se préparait dans leur dos. Mais avant tout, il fallait qu'ils comprennent eux-mêmes l'intérêt dans la présence d'Enora. « Sans vouloir être offensant », pensa Brann. Ils auraient pu, sans tarder, discutailler, et bavarder sur la vie d'Enora. Mais ils n'avaient plus ce temps là. Ce n'était pas si facile de cacher un intrus dans son manoir. Alors que les autres tentaient de raisonner, accroupis dans un salon, Brann divagua. Il pensa à sa mère, Scarlett. Il se remémora soudain une dispute qui avait eu lieu quelques années auparavant - une dispute qui avait engendré, en partie même infime, une guerre. Scarlett s'écriait dans toute la pièce que la mixité ne devait pas avoir lieu, que les rouges aimaient les rouges, et les verts, les verts, etc. Brann s'arrêta un instant pour que son inconscient vienne se poser sur Céleste et lui - ce fut une image qu'il chassa de sa tête aussitôt qu'il se rendit compte de son existence. Quoiqu'il en soit, Brann se souvenait avec fermeté que son père avait trahi sa mère. Il l'avait trompée. Voilà pourquoi Brann se refusait à croire que Céleste et lui étaient destinés à un futur prometteur, riche en amour. Car il avait trop peur. Peu importe qu'il croie ou non en l'amour, il en connaissait les dégâts, et cela « ne valait pas le coup ». C'était trop risqué pour qu'il s'y expose. « C'est trop tard », ricana une voix dans sa tête.
Il s'était résolu à ne pas tomber amoureux - en partie pour avoir une facette badboy ténébreux. Une pensée le saisit ; il était trop romantique, il pensait bien trop souvent à l'amour, pour un garçon qui justement voulait s'en éloigner. Il pensa à Mint et Nacht, qui, eux, ne pensaient probablement pas aussi souvent aux filles que lui. Aux filles, enfin, peut-être au hommes d'ailleurs. Leur orientation sexuelle ne l'intéressait que très peu. Comment croire à l'amour, se dit Brann, si l'on sait déjà à quoi s'attendre ? L'amour n'est-il pas censé au contraire relever du mystère et de l'inconnu ? Et si c'était le cas, si l'amour était un inconnu, les gens se devraient d'être effrayés ou au minimum angoissés, tout comme les gens le sont avec la mort, avec les territoires nouveaux, tout comme on dit aux enfants de ne pas parler aux inconnus, sous prétexte que certains vous font vivre des mésaventures périlleuses mais dénuées de ce sentiment d'adrénaline si encourageant. L'aura de l'amour infecte par ses pièges ingénieux la majorité des gens assez sensibles à la joie effective et opérationnelle, celle-ci ne valant que pour un temps indéfini mais pas éternel, et gagne le coeur des Hommes pour les briser le temps voulu. Ce mécanisme est aussi manipulateur que destructeur, ajoutez à cela son impunité aux yeux du monde, ses abilités à aveugler les esprits, et à brouiller la raison. Sans parler de son interminable « come back » qui fait vivre l'espoir, l'espoir qu'un jour l'amour nous regagne à nouveau, pour détruire la souffrance qu'il a lui-même générée au préalable. C'était définitif, rien n'était plus tragique, incertain, et briseur que l'amour auquel on ne pouvait se fier. C'était assommant pour Brann de se dire que malgré le passé amoureux de pas mal de gens, riche en négativité, ces êtres là ne se refusaient pas à une nouvelle expérience. En fin de compte, le passé ne leur avait rien appris. Mais il fallait pourtant retenir des leçons du passé, oui, il aurait fallu toutes les écrire, les sauvegarder, ces leçons, ces auto-réprimandes, ces discours sans fin pour ou contre soi-même. Il y avait de quoi en faire des archives, tout une pièce, même !
Brusquement, une idée brillante surgit à la surface du flot de pensée de Brann. Il avait une piste. Il savait quoi faire. Et il savait aussi comment le faire.
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Ebony War
ParanormalEnora oscille entre la fiction et le réel, et elle voudrait bien se débarasser de son imaginaire, mais elle est loin de savoir que sa réalité va se débrider. Cinq adolescents l'attendent quelque part pour l'aider à mettre fin à une longue guerre ent...
