Explosions

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Lucy, Nacht et Céleste se précipitèrent vers Brann. Ils étaient si impatient de découvrir ne serait-ce qu'une part de vérité. Mais ils déchantèrent en constatant la scène. Brann tentait en vain d'ouvrir le dossier, mais rien n'y faisait.
«  - Putain, même ouvrir un livre il sait pas faire, ce con, murmurra Céleste. Je suis désespérée.
- La ferme, Céleste, je fais ce que je peux, s'apitoya Brann.
Nacht renchérit :
- Arrête-toi, c'est inutile. C'est un sortilège qui maintient ce dossier clos.
Brann, pris d'une soudaine rage, causa une explosion. Mais le papier était toujours intact. Puis, il projetta une boule de feu, mais cela n'arranga pas la situation.
- Donc, c'est ça la magie des Tempêtes Rouges.
- Oui, la destruction. Tes essais sont futiles, Brann. Il faut trouver un moyen de briser le sort » suggéra Nacht. Brann et Lucy se proposèrent volontaires pour étudier le sort afin de le briser.
Alors que les autres débarassaient la pièce, Lucy s'assit aux côtés de Brann. Il fit de nouvelles tentatives tandis que Lucy prenait le soin d'inscrire les caractéristiques du sortilège en fonction des attaques auxquelles il était plus ou moins immunisé. Brann tenta plusieurs approches : l'implosion, l'écrasement, l'applatissement, la distorsion ... Il essaya même d'insulter le dossier pour le pousser à s'auto-détruire. Les heures passèrent jusqu'à ce que Brann n'ait plus d'idée. Lucy devrait se contenter des informations qu'elle avait obtenues par l'observation. Il lui faudrait toute la nuit pour découvrir la nature du tour. Il était évident que c'était un sortilège de protection, mais c'était aussi un sort de conservation. Lucidnost allait devoir fouiller dans les répertoires et les recueils des multiples sorts existant. Elle prit dans la bibliothèque un livre documentalisé sur les pouvoirs des Tempêtes Vertes et un sur les sorts classiques. Puis, elle congédia Brann, certaine qu'elle y passerait la nuit.

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Nacht, Enora, Mentham et Céleste purent profiter sereinement de la fin de journée qui les attendait. Mentham prévint Tin qu'ils seraient de sortie en ville - il inventa aussi la présence de Lucy et Brann, pour ne pas les inquiéter. C'est ainsi qu'ils déambulèrent dans la ville. Ils visitèrent avec enthousiasme le château de Versailles et ses jardins.
« - Comme c'est joli, soupira Céleste. Et tu dis qu'un certain Louis XIV a vécu ici ?
- Beaucoup de rois. Et leur cour aussi, aquiesca Enora. Je suis stupéfaite que vous ne connaissiez même pas l'histoire du pays qui est littéralement au dessus de votre tête.
Nacht approuva :
- Seule l'élite des Tempêtes ont accès à la culture de la Terre-Sol. Je te rappelle que nous vivons très indépendamment de vous. En plus, nous n'habitons pas tous sous la France uniquement.
- Mais alors pourquoi parlez-vous français ?
- Les mineurs dont je t'avais parlé étaient eux-mêmes français. Mais depuis le début de l'existence des tempêtes, il s'est écoulé un temps astronomique, et nos frontières se sont étendues. Nous ne possédons que deux ou trois embouchures sur votre univers. Celle que nous avons empruntée se situait en Allemagne, si j'ai bien lu le panneau à la frontière.
Mentham s'exclama :
- Quelle splendeur ! C'est génial !
Enora lacha, étonnée :
- C'est divertissant.
- Quoi donc ?
- Aucun jeune ne s'extase devant un musée. Vous avez l'air émerveillé.
Mentham la renseigna sur la nature de ces visages médusés :
- Imagine-toi : nous découvrons un tout nouveau monde. En fin de compte, c'est comme si toi tu venais visiter notre demeure enfouie dans la Terre. Ne serais-tu pas curieuse ?
- Tu as raison. Mais ça ne doit pas être si différent qu'ici, non ? Vos mineurs-pionniers doivent bien avoir connu Louis XIV.
- C'est un savoir qui a été depuis longtemps effacé de nos mémoires. Nous avons évolué différement. Par exemple, savais-tu que nous utilisons la chaleur pour produire la lumière ? Nous n'avons pas de soleil, bien sûr. Et puis, nous n'avons pas non plus d'électricité comme vous l'imaginez. Nos écoles aussi fonctionnent différemment.
- Fantastique. Je vais démanager chez vous alors, parce que ça ne pourra jamais être pire qu'ici ! »
Personne ne rit car personne ne comprit la blague.
Lorsqu'il fut temps de rentrer chez soi, les jeunes, extenués, se ruèrent chez eux.
On aménagea le modeste salon-bibliothèque secret en une chambre convenable pour Enora. Ses pieds dépassaient du canapé mais elle assura qu'elle s'y accomoderait. L'attention que les autres portèrent à Enora la toucha. À l'heure du déjeuner, Céleste descendit avec un plateau repas. Elle le déposa sur une miniscule table dans le coin de la pièce avant d'approcher Enora.
«  - Salut. Tu dois mourir de faim. Ne t'en fais pas, ce n'est pas empoisonné haha.
- Merci.
Enora reprit sans souffle. Elle se retint de se jeter sur la nouriture.
- Au fait ... Désolée.
Céleste haussa les sourcils.
- Pardon pour quoi ?
- Je n'ai pas été très coopérative. Merci de m'accueillir. Je suppose que je suis là pour un bout de temps. Mon père ...
- C'est peut-être dur pour toi, je suppose. Alors merci de rester. T'es peut-être pas aussi dynamique que moi, mais t'es toujours moins timide que Lucy.
(Un Eh ! retentit dans la pièce jouxtant la leur)
Céleste reprit :
- On peut même être de bonnes amies. Petite rebelle, va. »
Céleste se déplaça aussi pour se mettre au courant des avancées de Lucy. Mais lorsqu'elle interrogea Lucy, celle-ci ne prit pas la peine de répondre.
« - Bah vas-y au pire réponds pas c'est pas comme si c'était un projet commun qu'on entreprend.
- Commun ? Je fais tout toute seule.
- C'est faux. Et en plus, peut-être que tu ferais mieux de t'intégrer.
D'une voix maigrichonne, Lucidnost répliqua :
- Ce serait plus facile si vous m'y aidiez.
Céleste prit conscience tout à coup de la rudesse avec laquelle elle avait traité Lucy. C'est vrai que depuis le début elle ne lui avait accordé que très peu d'intérêt.
- Je ne sais pas comment réagir. Parfois tu es si timide, et parfois tu es en colère. Mon père dit qu'une fois que les gens timides laissent exploser leur colère, on s'aperçoit de toute la souffrance qu'ils ont vécue et emmagasinée. Sans rien dire à personne.
- Je vais bien, lanca Lucy.
- Peut-être pas. Désolée de ne pas avoir fait tant d'efforts que ça pour t'intégrer. »
Ainsi s'achevèrent leurs échanges, et Céleste s'en alla sans plus tarder.
Ce fut le tour de Mint d'apparaitre, quelques minutes plus tard. Il venait reprendre le plateau repas. Enora n'était pas encore endormie alors elle l'arrêta dans sa tâche pour bavarder quelque peu. Mentham se révéla aussi doux que Céleste et aussi calme que Lucy. Enora fut satisfaite de voir qu'elle apprenait à connaitre les différents tempéraments de l'équipe. Brusquement, Enora eut l'envie pressante de faire part à Mint de l'expérience de boucle temporelle qu'elle avait vécue. Perplexe, il remonta dans le manoir pour faire appel à Nacht.
« Une boucle temporelle ? Non, une Tempête Rouge ne peut pas faire ça. C'est étrange, une Tempête Rouge sur la Terre-Sol, qui fait irruption chez toi comme par hasard. Il a peut-être détecté ton potentiel magique ... Oh, je sais. Il était peut-être expédié sur la Terre-Sol pour ce fameux projet, et donc peut-être que ce projet était en rapport avec toi ... Mais vu que visiblement ce n'était pas toi - il t'a quand même appellée De Vermont, c'est ça ? - il a tenté de t'éliminer. Donc le projet a un point commun avec toi, sans être toi. Et puis, à la suite de cela, il a probablement été découvert qu'il errait sur la Terre-Sol, incitant la méfiance des Tempêtes Vertes et Bleues, et c'est là que nous intervenons ! Scarlett et Mercure ont sûrement dû prétexter que c'était pour faire des répérages pour pouvoir nous y installer. Merci, Enora !
- J'ai rien fait. En fait, t'as l'air pas très sympa comme ça, mais tu viens de me dire merci, là. C'est une étape importante. Ça me touche, vraiment.
Nacht trancha :
- Je n'essayais pas d'être gentil.
Et il passa à autre chose, sans aucune considération pour la fierté d'Enora.
- Pour résumer, Scarlett et Mercure ont voulu mettre leur projet à éxécution mais on a décelé leur présence sur la Terre-Sol et puisqu'elle semblait suspecte ils nous ont envoyé dessus ! Tout en étant prudents cette fois ; ils ont choisi des Innovateurs, introuvables, pour nous accompagner. Tin et Ruby sont de faux prénoms. Et Marine et Esméralda ont été choisies en urgence car Jade et Azul sont venus vérifier la présence de quatre gardes au dernier moment. Ce après quoi on a tenté de nous faire oublier leur existence, Tin et Ruby s'étant débarassé d'elles.
- Je pige pas. Qui sont Marine et Esméralda ?
- Trop long.
- Pourquoi Tin et Ruby sont nécessairement des faux prénoms ?
- Les prénoms des Tempêtes sont choisis en fonction de la couleur à laquelle ils sont attribués. Par exemple, je suis Nacht, ça veut dire Nuit en Allemand.
- Je croyais que tu ne connaissais pas l'Allemand. En plus, la nuit c'est noir ou au pire bleu ciel.
- Je te l'ai dit, l'élite, dont mon père, connait votre culture. Écoute un peu ce que je te dis, les informations sont une source d'outils monstrueuse. Et, pour mon prénom, c'était un mauvais exemple. Céleste pour le bleu céleste, Mentham pour menthe en latin, Brann pour feu en norvégien, Tin pour l'étain, Ruby pour le rubis ...
- C'est bon, j'ai compris, ça devient un peu humiliant là. »
Nacht souhaita une bonne nuit à Enora avant d'aller rejoindre Mentham, Céleste et Brann, la tête pleine de réflexions.
Cependant, il fut accueilli par un Brann furieux. Nacht fut surpris de le retrouver là, en haut des escaliers, en train de lu barrer le passage. Nacht passa en force et Brann se mit à le suivre de près.
« - Si tu as quelque chose à dire, dis-le, tu es insupportable, réclama Nacht.
Brann fit le têtu.
- Tu sais très bien ce qui ne va pas. Tu m'as volé mon afficheur de rêves !
Nacht s'arrêta net au milieu d'un couloir qu'il traversait.
- Pourquoi aurais-je fait ça ?
Brann gémit :
- Tu as dit que tu en voulais un pour visionner tes rêves avec Enora à nouveau. Or, cette machine permet d'extirper de ta mémoire tes rêves, ça marche pour toi aussi, même si j'en suis le propriétaire !
Nacht reprit sa marche, un petit peu titillé par Brann qui devenait agaçant à ses yeux.
- C'est ce que j'ai dit. Je n'ai quand même pas ton afficheur.
Brann plaqua Nacht contre le mur. Nacht n'avait pas beaucoup de force physique, aussi, résigné, se laissa-t-il faire. De toutes façons, il n'avait pas besoin d'être costaud. Il savait se défendre autrement. Brann lâcha :
- Rends-le moi, maintenant !
Sur le visage de Nacht apparut un sourire sarcastique. Il demanda :
- Par hasard, y aurait-il un quelconque historique dans cet afficheur de rêves ?
Brann laissa Nacht retomber lourdement sur le sol. Nacht releva la tête, et l'on voyait clairement dans ses yeux la colère d'être injustement incriminé. Il se lâcha :
- Tu n'es qu'un sombre idiot doublé d'un lâche. Je ne mens jamais, et tu le sais très bien, et tu es tout simplement paniqué parce que tu as peur que je dévoile un secret sur toi, un secret que l'afficheur de rêves garde très bien pour lui.
Nacht prit un énorme plaisir à voir le visage de Brann se décomposer et blanchir. Il apprécia le moment où la situation basculait pour lui donner l'avantage.
- Brann ! Tu es amoureux de Céleste, et tu as peur que l'afficheur de rêves - où il y aurait la trace de tes désirs - ne tombent entre de mauvaises mains. Tu sais quoi, Brann ? Ça me ferait tellement plaisir de l'avoir réellement pour avoir une preuve de tes sentiments pour elle, et de la divulguer à tous !
Nacht se rapprocha de Brann, livide.
- Ton expression en ce moment même n'est qu'une infime partie de ce que je pourrais obtenir de toi. Brann, mets-toi ça dans la tête : je suis au dessus de toi.
Nacht rit avant de répeter :
- Je te suis supérieur ! Alors évite de me chercher. Je dis ça pour toi Brann, et j'espère que tu retiendras bien, pour le futur, que tu ne peux pas me nuire. »
Brann resta un long moment en plein milieu du couloir, pétrifié. Il s'adossa contre un mur avant de laisser s'échapper une larme de frustration. Il savait déjà que Nacht était méchant, mais ils se supportaient - pour ne pas dire s'entendre - bien en général. Ses remarques aiguisées pouvaient toujours vous heurter au bon (ou pire, selon le point de vue) endroit.
Au final, l'afficheur de rêves était sous le lit de Brann. Pas volé. Perdu.
Au moment d'aller dormir, Brann décida de rester dans un des innombrables salons du manoir. Il était encore contrarié de ne pas avoir su ouvrir le fichier. Une heure plus tard, sa méditation fut interrompue par la venue de Céleste.
« - Salut.
- Salut.
- Tu dors pas ?
- Je te retourne la question.
- Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Je repense à la journée d'aujourd'hui. En fait, je me sens très inutile.
- Je te défends de dire ça.
- Je le dis.
- Tu n'es pas inutile à mes yeux.
- C'est facile à dire. Toi, tu as trouvé cette idée d'archives. Tu as aussi trouvé le dossier. Tu as fait des recherches. Mint a trouvé la salle secrète et il a fouillé dans les dossiers avec toi. Nacht a trouvé le passage secret et il a toujours de très bonnes déductions. Lucy travaille à la décomposition du sortilège.
Avec les paroles de Céleste, Brann sentit son sentiment de frustration s'envoler. Il avait fait tout juste assez d'exploits pour laisser aux autres la chance de prouver leur talent. Brann se demanda si c'était là le principe du travail d'équipe.
- Enora n'a rien fait non plus, dans ce cas-là. Pourtant, tu sais qu'elle est utile. Son temps viendra, c'est tout.
- Je l'attends avec impatience, alors. Et toi, pourquoi es-tu debout ?
- Pour rien. D'ailleurs, aujourd'hui c'est la Junjunna, non ? Nous ne l'avons même pas fêtée correctement.
Brann prit la main de Céleste avant l'entraîner vers la salle de jeu.
- Il n'y a pas nos jeux traditionnels, mais on peut quand même regarder un film, jouer à un jeu au hasard, et voler de la nourriture dans le frigo !
- Génial ! S'enflamma Céleste. Et dire qu'il y a une semaine, je ne connaissais même pas la télévision ! Heureusement qu'on a été brieffés dans la voiture il y a quatre jours ! »
Les deux adolescents passèrent un agréable début de nuit, mais les deux tombaient de fatigue, et ils se dirigèrent vers leurs chambres.
Brann se changea dans ses habitations après avoir quitté Céleste. Il ne s'imaginait pas devenir aussi proche d'elle en quelques jours. Il faut dire qu'ils étaient tous deux sociables. Il avait déjà rencontré Céleste par le passé, et avait même déjà passé quelques vacances en sa présence.
Alors qu'il s'allongeait sur son matelas, de faibles coups furent portés à sa porte. Qui était-ce ? Brann autorisa la personne à rentrer. Ce n'était personne d'autre que Céleste. Elle se rapprocha doucement de Brann et, sans plus de justification, se glissa à l'intérieur des draps. Brann rougit instantannément. Il ne portait qu'un slip. Céleste prit enfin la parole, toute ensommeillée : « Je voulais que la Junjunna se finisse à la perfection. » Cela fit encore plus rougir Brann. Il ne savait pas quand est-ce qu'une femme venait dormir dans le lit d'un homme par amitié ou par amour. Mais il était indéniable qu'au plus profond de son coeur, il ne considérait pas Céleste comme sa petite soeur ou son amie. Il ne voulait pas être amoureux, mais il voulait encore moins que Céleste pense que ce n'était qu'une amie à ses yeux. Ce pour quoi il la laissa roupiller à ses côtés.

Ebony WarOù les histoires vivent. Découvrez maintenant