Chapitre 58

6.3K 323 31
                                        

Kally

J'étais complètement exténuée. En étoile sur le lit, je peinais à retrouver mes forces. Mes muscles étaient douloureux et mon corps était couvert de sueur. Mon plan qui paraissait simple à mettre en place s'était avéré finalement des plus compliqués. Mais, je souris, il valait tous ces efforts.

19h45... il ne restait que quinze minutes pour me préparer et rejoindre l'épineux. Je me relevai avec peine et j'attrapai les vêtements que j'avais préparé un peu plus tôt. Cette soirée serait mémorable !

HARPS

Toujours en retard ces gonzesses ! Et la mioche n'échappait pas à la règle. Devant les marches de la porte d'entrée, je faisais les cents pas comme un puceau à son premier rendez-vous. J'étais nerveux, et même angoissé. Peut-être me poserait-elle un lapin pour se venger de la petite altercation dans la forêt ?

Adossé contre la portière du véhicule, Jex fumait un tarpé en m'observant. Les jambes croisées, il était serein. Je devais lui paraître complètement ridicule.

- Tu veux une taffe ? finit-il par me proposer en me tendant son joint.

Je refusai d'un geste et me plantai près de lui.

- Elle fabrique sa robe ? demandai-je, en perdant patience.

- Tu sais, elle doit te préparer un mauvais tour.

Je reportai mon attention sur lui, oubliant momentanément la sorcière.

- Quoi donc ? Si c'est un plan d'évasion, tu as ton gadget secret. D'ailleurs, tu l'as essayé ?

- Ouais. Il fonctionne parfaitement... Non, c'est autre chose... Ma sœur est une mante religieuse. Elle va bouffer ta tête. Certain qu'elle...Merde...

Choqué, le joint tomba de ses lèvres et roula le long de son corps pour atterrir près de ses baskets. Je me tournai vers la porte d'entrée et je l'aperçus. Mes yeux faillirent s'éjecter de leurs orbites.

Jupe noire courte, un haut échancré de couleur beige, de fines chaussures à talon, les cheveux ramassés en un chignon défait... elle était divine. Je devais avoir des hallucinations. Une vraie petite bombe. Mon cœur s'emballa dans ma poitrine et je craignais la crise cardiaque. Je déglutis péniblement, mes yeux ne pouvant s'arracher de sa vue. Il fallait que je me ressaisisse tant je semblais ridicule à l'admirer comme un gobi.

Elle descendit les quelques marches et mon pote qui avait réagi, s'avança pour l'aider. Il lui prit la main et la guida vers le pick-up.

- Ton visage a plongé dans un seau de peinture ? lui demanda-t-il, la colère le gagnant.

La mioche rougit jusqu'à la racine des cheveux. Elle avait le sourire des anges, ce sourire délicat, empreint de candeur. Merde, je devenais fou...

- Juste un peu de maquillage...

Jex fronça les sourcils. J'étais certain qu'il se tâtait de lui foutre la tête sous un jet d'eau. Et la mioche le connaissant sur le bout de ses ongles, déposa un baiser sur sa joue pour le calmer. Pas de doute, la sorcière savait s'y prendre avec ses frères.

Son regard convergea alors sur moi et elle me détailla.

- Si j'avais su la mioche, j'aurais enfilé un costume de pingouin, lançai-je avec un air moqueur, pour masquer mon malaise.

- Tu es beau comme tu es, me répondit-elle.

Jex manqua de s'étrangler et de mon côté, j'étais bien trop déconcerté pour trouver une réplique. Elle me trouvait beau. Putain, je planais sur un nuage.

Machinalement, je lui ouvris la portière comme un prince avec de bonnes manières et elle se hissa avec grâce sur le siège. Je contournai ensuite le véhicule mais Jex m'agrippa le bras.

- N'y va pas !

Il rigolait ? Rien ne pourrait m'empêcher de passer une superbe soirée. Je tentais de me dégager mais il avait raffermi sa poigne, complètement paniqué.

- Tu vas clamser ce soir.

- Mec, je gère. Et puis, elle ne va pas s'enfuir dans cette tenue.

- C'est ce qui m'inquiète ! Elle a préparé un piège et toi, tu files directement dans l'antre du diable.

Je posai une main sur son épaule pour tenter de le rassurer.

- Le molosse barbu ne la lâchera pas des yeux et pas moyen que je l'abandonne une seconde.

- Tu ne piges rien ! C'est pour toi que je m'inquiète !

- Sérieux mec, je suis un grand garçon.

Mon pote se redressa et il me lâcha le bras, abandonnant l'espoir de me raisonner. Ce soir, rien ne pourrait venir gâcher ma petite soirée. J'étais confiant.

J'ouvris la portière du côté conducteur et j'aperçus le cinglé sur le pas de la porte, m'observant les mains dans les poches, avec un putain de sourire en coin. Je lui montrai mon majeur. Qu'il aille se faire voir ! Même cet idiot avec son équation pourrie ne me plombera pas la soirée.

Après une vingtaine de kilomètres, je garai le pick-up sur le parking du Angel Bar. Depuis son ouverture, il ne désemplissait jamais. Le succès en revenait à mon pote Bart, qui gérait son fonctionnement. Le mec savait mener son affaire : une déco industrielle, des groupes de musique différents trois soirs par semaine, des danseuses en petites culottes, de la bouffe fast-food mais de qualité. Le bar était le repère de mes potes, mais il accueillait également des habitants d'un peu tout le voisinage. Une de mes équipes s'occupait de la sécurité des lieux en permanence. Depuis peu, elle était renforcée par deux hommes de Matt.

Je coupai le contact et lançai un regard au rétroviseur. La Jeep noire qui nous suivait s'arrêta à une dizaine de mètres et éteignit ses phares. La grosse bête resta à l'intérieur de son habitacle. Ce mec filait les jetons avec sa face de tueur. J'espérai qu'il ne me collât pas le cul toute la soirée mais resterait bien sagement à l'écart.

Je sortis du pick-up et je contournai le véhicule pour aider la mioche à descendre. Elle posa une main avec grâce sur mon bras et mes narines se dilatèrent quand elles captèrent son odeur. Son parfum floral était frais et léger. Tout en elle était parfait.

Elle me remercia et ses yeux de biche se plantèrent dans les miens. Déconnection totale avec la réalité, je planais au-dessus de la sphère terrestre. J'étais vraiment dans la merde. Cette nana m'obsédait nuit et jour, je perdais le contrôle à ses côtés. Mes pensées vagabondaient sur des délires d'une autre époque. La faire mienne grandissait en moi et je devais me faire violence pour garder mes distances. Si mon pote Jex connaissait toutes les idées salaces qui torturaient mon esprit concernant sa princesse, je finirais certainement sur une pique.

Aimanté par ses lèvres, ma bouche se rapprocha de la sienne mais la demoiselle détourna la tête avec un sourire de sorcière.

- La soirée s'annonce intéressante, chuchotai-je à son oreille. La mioche est joueuse. Compterais-tu m'allumer pour te venger de la gentille déculottée dans la forêt ?

Je la sentis se raidir, piquée dans son amour propre. Sans prétention, j'étais un joueur sans scrupule. Si elle voulait s'amuser sur ce terrain, je relevais le défi. La différence était que j'avais l'expérience. Les femmes n'avaient pas de secret pour moi. J'étais un célibataire endurci, doté d'une bonne dose de confiance en moi.

Elle planta de nouveau son regard dans le mien.

- Je vais profiter de cette charmante soirée en ta compagnie pour te séduire.

Elle se hissa sur ses pieds et ses lèvres se rapprochèrent dangereusement de mon visage.

- Et puis, je te laisserai aux bras de la première...truie.

Elle déposa un baiser léger sur ma joue et m'abandonna sur le parking, tout penaud.

Truie ? Une truie avec un groin, de courtes pattes et un corps tout rose ? Je me grattai le crâne. Quelle imagination débordante ! Pas bien certain de comprendre, je lui emboîtai le pas, pressentant que la soirée serait mémorable.   

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant