Chapitre 52

5.7K 389 41
                                        

Harps

Je jetai un coup d'œil à la mioche par le rétroviseur. Depuis l'incident dans la forêt, elle n'avait pas ouvert son bec pour ma plus grande satisfaction. Voilà ce qu'il arrivait quand on voulait jouer dans la cour des grands ! Pensait-elle pouvoir se tirer d'affaire à chaque entourloupe ?

Assise près de la fenêtre, aux côtés de mon vice-président, les lèvres pincées, elle regardait le paysage par la fenêtre. Son petit air boudeur lui donnait un air adorable. Les cheveux relevés en un chignon à moitié défait, elle était magnifique. Avait-elle conscience de son charme naturel ? Je comprenais le besoin ardent de ses frères pour la protéger. Avec sa candeur, les hommes devaient tourner autour comme des ours avec un pot de miel. Et malgré ses ruses, la petite leçon dans la forêt prouvait qu'elle n'était pas de taille à se défendre devant les avances d'un homme entreprenant. À moins qu'elle ne cédât parce que je lui plaisais...

Je passai la tête par la fenêtre pour respirer un peu d'air pur. L'odeur dans le véhicule était insupportable. Nous avions tenté de nettoyer mais le siège passager était imprégné de cette satanée odeur de crottins. Bolder me piquerait certainement une crise quand il verrait l'état désastreux de son pick-up et réclamerait la tête de la sorcière.

L'ambiance aussi était pourrie. Installé à l'opposé de la mioche, Sylver maugréait dans sa barbe. Nous nous étions disputés car il avait insisté pour mettre la mioche dans le coffre. Du coup, j'avais droit à des regards assassins plein de reproches. Quant à Jack, il tentait de survivre à la puanteur de l'habitacle, toujours avec cet air serein et détaché.

Je reportai mon attention sur la route et repensai au baiser. Et ce serait mentir que de nier que j'avais désiré la posséder à même le sol. La sentir vibrer sous mes caresses était un spectacle magnifique. L'image de ses cheveux éparpillés sur les feuilles, encadrant un visage aux traits fins féériques, m'avait conquis. J'étais littéralement sous le charme de la sorcière.

Cependant, j'avais promis à mon ami Jex de me tenir éloigner de sa sœur. Elle méritait mieux. Bien mieux qu'un putain de gars détruit et dangereux. Pourtant je ne parvenais pas à la laisser filer. Elle était la première à réanimer mon cœur de pierre. La première à me bousculer. La première à piquer ma curiosité. Je ne pouvais me résoudre à me détourner de cette sorcière qui rendait ma vie impossible. Et si elle avait conscience de la difficulté que j'avais eue pour me détacher de sa bouche et prendre l'attitude du parfait connard, elle se serait sûrement abstenue de m'envoyer son genou dans les testicules, manquant me castrer.

Je ralentis en m'approchant du portail du ranch et je stoppai net le véhicule. Jack se redressa en alerte et se pencha sur le dossier de mon siège.

- Où sont les prospects ? lança-t-il, conscient qu'un truc clochait.

- Pas à leur poste... répondis-je presque pour moi-même.

Aucun de mes hommes ne surveillaient l'entrée alors que le danger courait à l'extérieur. La tension monta en flèche dans l'habitacle. Un incident avait dû se produire alors que nous étions absents.

- Vous avez joint quelqu'un depuis ce matin ? demandai-je, inquiet.

- Non personne, répondit Sylver.

- Non plus, ajouta Jack.

Je croisai le regard ennuyé de la mioche dans le rétroviseur.

- Et toi ?

- Non, Jex était injoignable.

- Ok, ça pue les emmerdes, conclus-je.

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant