Kally
Le bar était bondé de monde. Ma première réaction avait été de prendre mes jambes à mon cou. Je n'avais pas pour habitude de fréquenter des endroits aussi... peuplés. La dernière fois que j'avais franchi le seuil de cette porte était quand j'avais été contrainte de récurer les toilettes. Le bar était fermé au public et j'avais eu pour seules compagnies, l'épineux, Bart et une certaine Grâce.
Ce soir, l'ambiance était tout autre. Un groupe de musique rock jouait sur la petite scène, devant des clients qui se déhanchaient. Je reconnaissais quelques bikers, toujours portant leur cut couvert de patchs. Des gens venus de l'extérieur du club étaient également venus pour profiter de l'ambiance.
Les serveuses, vêtues d'une tenue très légère, masquant tout juste leur anatomie, se faufilaient à travers toute cette agitation avec leur plateau chargé de verres.
Près du bar, des hommes bavardait bruyamment. Comme des mouches, des femmes volaient autour d'eux, avec leurs sourires de façade. L'une d'elle frottait même ses fesses sur un petit barbu qui devait toucher le nirvana. Les mains baladeuses, le gars profitait pour s'aventurer sous sa jupe.
Une main se posa sur mes hanches et mon corps se tétanisa.
- Alors la mioche, aurais-tu les chocottes ?
En entendant sa voix, je repris mon souffle et mon corps se relâcha instinctivement. Il était près de moi et sans savoir vraiment pourquoi, sa présence me rassura.
Un sourire insolent traînait sur ses lèvres. L'épineux étaient vraiment séduisant. Tee-shirt blanc col en V qui mettait en valeur son teint hâlé, jean noir, blouson noir marqué par le nom de son Club et baskets, il dégageait un charme dévastateur. Tout juste arrivé, la gent féminine l'avait déjà remarqué. Il ne pouvait passer inaperçu. Il dégageait une assurance qui me faisait cruellement défaut à cet instant. J'étais dans son monde. Un univers bien loin de mes soirées pyjamas auxquelles j'avais été autorisées.
- Suis-moi. J'ai réservé une table dans un coin moins bruyant.
Sentant mon mal-être, il m'entraîna rapidement à l'étage et je fus soulagée de sa délicate attention. À l'écart, nous pouvions profiter de l'ambiance en ayant une vue sur l'effervescence du rez-de-chaussée en contrebas.
Ici, les tables basses étaient plus espacées et permettaient à de petits groupes de pouvoir converser sans hurler pour se faire entendre. Quelques couples bavardaient également, les mains se touchant tendrement.
Nous prîmes place sur l'une des banquettes en cuir gris qui faisait angle. L'épineux s'installa en face de moi et s'appuya contre le dossier, les jambes étendues sous la table, me fixant avec un regard indéchiffrable.
Mes yeux scrutaient le moindre centimètre carré de l'espace. Je devais paraître bien cruche mais ma curiosité était bien trop forte. Tout cela était nouveau. Surprotégée, j'avais été tenue bien éloignée des endroits à la mode que fréquentaient les jeunes de mon âge.
- Bonsoir Prez, susurra une voix féminine. Que puis-je pour toi ?
Absorbée par ma contemplation, je n'avais pas vu l'arrivée d'une serveuse. Les cheveux ramassés en un chignon haut, elle avait posé une main sur l'épaule de l'épineux. Celui-ci s'était redressé et lui adressa un sourire séducteur. Se moquant complètement de ma présence, elle tentait désespérément d'aguicher le beau mâle en lui présentant sa forte poitrine qui débordait de son top bien trop petit.
- Bonsoir Marina. Toujours aussi rayonnante.
La demoiselle prit de l'assurance et caressa son épaule, le dévorant des yeux comme une affamée.
- Sûrement l'effet de te voir, lui murmura-t-elle sans complexe.
Je pouffai. La situation était trop comique pour me retenir. La nana se redressa, me fusillant d'un regard assassin, toutes griffes dehors.
- Un mojito pour moi, lui lançai-je avec aplomb pour couper court à sa mascarade. Et pour toi, l'épineux ?
Le bonhomme passa par toutes les couleurs de l'arc-en ciel. Je venais de plomber le coq dans la bassecour. Le rouge lui colora ses joues. Le pauvre devait se faire violence pour ne pas m'arracher la tête alors que je l'avais humilié devant sa poularde. Qu'avait-il imaginé ? Que je resterais spectatrice de sa parade séductrice ? J'étais venue dans le but de mener ma petite vengeance et ce n'était pas « gros nichons » qui court-circuiterait mes plans.
- Un whisky pour moi, répondit-il en se donnant un air faussement décontracté.
Sans un mot, la demoiselle quitta la table, vexée que l'épineux détournât le regard.
- Je t'ai sauvé in extremis des tentacules de la pieuvre, lui lançai-je. Tu me dois une fière chandelle.
Il s'avança et posa les coudes sur ses genoux, avec ce petit air insolent qui le caractérisait tant.
- La jalousie te sied à merveille, sorcière.
Mon visage devint cramoisi. Comment osait-il affirmer que je ressentis une once de jalousie ? Cette femme était vulgaire, moche et son quotient intellectuel devait rivaliser avec celui d'une écrevisse. Du grand n'importe quoi !
Il s'adossa de nouveau contre le dossier de la banquette, affichant un sourire narquois sur son visage. Je serrai les poings, offusquée.
- Je te propose une trêve pour la soirée, la mioche.
- Une trêve de quelques heures ? demandai-je pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un armistice.
- Tout à fait.
Curieusement, j'avais besoin de relâcher un peu la pression.
- Trêve acceptée.
La serveuse choisit ce moment pour apporter les verres.
- Voilà, Prez.
L'épineux la remercia sans un regard, me fixant étrangement. Vexée, la demoiselle pinça ses lèvres charnues et se retira sans attendre.
Je levai mon verre et nous trinquèrent.
- À cette soirée ! lançai-je.
- À ta charmante compagnie !
Je bus une bonne gorgée de mojito et je faillis m'étouffer. Le barman n'avait pas lésiné sur l'alcool.
- Tu devrais faire attention de ne pas perdre le contrôle, me conseilla-t-il. Le rhum peut très vite faire tourner la tête.
- Je n'ai jamais dépassé mes limites.
Petit mensonge. J'avais eu une cuite pour mes seize ans quand mon amie Suzy avait apporté une bouteille de gin-fizz lors d'une soirée pyjama. Après deux verres, je ne savais par quelle magie, j'avais grimpé sur le toit de la maison de mon amie, chantant tout le répertoire de Chantal Goya. Ce fut la police qui avait alerté ma tante en pleine nuit. Les pompiers avaient été dépêchés sur place et avaient tenté de me décrocher de la cheminée. Et puis, vêtue de son pyjama en laine, ma tante était apparue sur l'échelle escamotable, en criant fort « Kally Laeticia Moricette Masson, veux-tu bien lâcher cette cheminée ? ». Pendant deux semaines, j'avais été consignée dans ma chambre, Brutus planté derrière la porte, empêchant toute évasion.
- Pour détendre l'atmosphère, que dirais-tu d'une partie de billard ? me proposa l'épineux.
- Parfait !
Sans exagération, j'étais plutôt douée.
- Un enjeu ? demandai-je.
- Toujours. Une boule dans le trou et un shot de vodka cul sec pour l'autre.
Trop facile ! L'épineux finirait les quatre pattes par terre. Je l'imaginais déjà ramper, tentant de se frayer un passage à travers la foule pour trouver un refuge où il pourrait vomir à son aise.
Il se leva et je le suivis. La partie s'annonçait amusante.
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A pretty calamity
RomanceLui, c'est Harps. Il est le Président du club des bikers Black Wolves. Il mène ses petits affaires bien tranquillement dans les terres du Middleton Wassep. Elle, c'est Kally. Elle est entrée dans sa vie comme un boulet. Elle est timide, souriante...
