Chapitre 53

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Harps

Après avoir parcouru rapidement le chemin qui menait vers le ranch, nous nous cachâmes derrière un arbuste. Tout était trop calme. Pas l'ombre d'un de nos frères alors que les motos étaient rangées devant la maison.

- Ça fout les jetons, lança Sylver.

La situation ne présageait rien de bon. L'endroit était complètement désert. Les gars semblaient s'être évaporés. Pas de trace de lutte, ni de gouttes de sang. Rien ne pouvait expliquer leurs disparitions.

- On se sépare, annonçai-je. Sylver, tu vérifies le garage. Jack et moi faisons le tour de la maison. Pas de prise de risques. Si on voit quelque chose, un message sur nos portables et on avisera.

Mes potes acquiescèrent. Mon attention fut alors attirée par un mouvement sur la droite. Mes yeux sortirent de leurs orbites pour rouler à mes pieds. La mioche rampait près d'entrée, avec un gros bâton dans les mains. Jack se décomposa. Il en était tout penaud, le nounours. Et ouais mec, elle n'obéissait même pas à tes ordres, pensai-je.

- Je vais l'égorger pour de bon, ragea Sylver. Cette gonzesse ne respecte rien.

Nos regards ahuris suivirent la mioche en mode reptation, montant les marches afin de coller son nez sur la baie vitrée. L'état d'urgence était décrété. L'inconscience de cette sorcière la mettait en danger. Toujours besoin de désobéir aux ordres ! Pourtant le message était clair : attendre dans le véhicule et filer si la situation s'envenimait.

- Changement de plan, les gars, lançai-je. On fonce vers la maison.

Mais je n'eus pas fait un pas que la mioche se releva et sourit. Elle fit glisser un pan de la baie vitrée et entra avec confiance en se débarrassant de son gourdin de bois.

Piqués par la curiosité, nous nous avançâmes prudemment et pénétrâmes dans le salon à notre tour. Mon visage se liquéfia.

- Putain, c'est quoi ce bordel ? demanda Jack tout choqué.

Mes yeux clignèrent plusieurs fois pour tenter de faire disparaître le triste tableau devant moi. Une vingtaine de mes hommes étaient agenouillés, face contre le mur, les mains sur la tête. Leurs visages tuméfiés supposaient qu'une bataille féroce avait eu lieu. Je reconnaissais le crâne scalpé de Jex en bout de ligne.

Lan était le seul à être saucissonné dans un coin de la pièce. Son expression faisait froid dans le dos. Si ses liens venaient à rompre, il pèterait certainement un plomb. Un mouchoir lui avait été également enfoncé dans la bouche pour éviter qu'un chapelet d'injures ne perce un tympan.

Trois hommes surveillaient mes potes : Dimitri, Call et un troisième gars basané, que je n'avais jamais rencontré. Vêtus de treillis militaires, armés jusqu'aux dents, leurs expressions foutaient les jetons. L'ambiance était clairement menaçante et le mobilier avait quelque peu souffert. La réfection du salon me coûterait encore un bras.

Jex baissa les bras et se détacha du mur. Son œil gauche était complètement fermé et sa lèvre fendue. Ses blessures témoignaient qu'il avait menait le combat de sa vie.

- L'attaque était impossible à contrer, s'excusa-t-il. Ça sortait comme les cafards d'un placard.

Posté à ses côtés, Dimitri lui flanqua une belle taloche puis il cogna sa tête contre le mur. Jex tenta de se redresser, mais Matt intervint sèchement.

- Tu ne bouges pas.

Mon pote tourna le visage vers son frère avec une haine non dissimulée. Il cessa alors de bouger en reprenant sa position, tête contre le mur et bras relevés.

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant