Chapitre 30

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KALLY

   Confortablement installée dans le canapé en cuir, je lisais le roman « Comment braquer une banque sans perdre son dentier », de Catharina Ingelman- Sundberg. Les personnages se rebellant dans une maison de retraite me semblaient familiers. Je n'étais pas droguée aux médicaments mais ma situation n'était guère mieux que la leur.

Soudain, le bruit de pas d'un éléphant qui dévalait les escaliers interrompit ma lecture. Clint apparut dans l'encadrement de la porte pour se placer devant le visiophone. Sans même une parole, il appuya sur le bouton pour ouvrir le portail à l'entrée du ranch. Puis il se tourna vers moi en lissant sa grosse barbe rousse, un peu gêné.

- Tu n'as pas un programme de télévision à regarder ce soir dans ta chambre ?

Je refermai mon livre tout en gardant mon index sur la page où je m'étais arrêtée. Se moquait-il de moi ? Pensait-il que je fus aussi bien traitée pour bénéficier d'une simple télévision personnelle ou seulement d'un petit sofa ?

- Mon frère Jex a jugé que je devais m'habituer à vivre dans une cellule, avec du pain sec et de l'eau. Et la télévision n'était pas une option comme dans la plupart des bagnes du siècle dernier.

Son expression contemplative me confirma que le pauvre n'avait aucun humour et qu'il n'avait certainement rien compris.

- Ok... Et bien, fais comme tu veux, me répondit-il, se moquant complètement de ma condition.

Il fila rapidement à l'étage et je me replongeai dans mon roman. Mais à peine avais-je terminé la page, qu'à nouveau je fus dérangée. Un individu s'excitait sur la sonnette de la porte d'entrée. Les gars étaient dans le jardin de l'autre côté de la maison et personne n'entendait ce bruit strident qui me perçait les tympans. Je fermai mon livre de nouveau quand j'entendis des voix de femmes. J'avais la forte impression que des volailles s'étaient échappées d'une basse-cour. Ça caquetait bruyamment en s'acharnant sur la poignée. Un peu énervée par un tel vacarme, je décidai de leur ouvrir la porte. Trois paires d'yeux me fixèrent alors avec surprise et les trois nanas me détaillèrent de la tête aux pieds.

- T'es qui toi ? me demanda l'une d'elles avec une agressivité non dissimulée.

Complètement abasourdie, j'en perdis ma langue. Une autre s'avança et rajouta sur le même ton.

- Oh ! On t'a causé la souillon ?

Souillon ? Mon cerveau eut un raté. Il semblerait que ces faces de peintures étaient bourrées d'un humour extravagant.

Je ne saurai vous décrire avec détails le tableau affligeant qui se dressait devant moi. Il était trop... trop... surréaliste. Je pensais que c'était vraiment le bon adjectif pour qualifier cette excentricité à la limite de la torture pour un observateur extérieur.

La vulgarité de leur accoutrement était une offense au statut de la femme avec leurs mini-jupes, bas grésilles et talons aiguilles. L'une d'elle avait même deux obus à la place de ses seins et mâchouillait un chewing-gum de manière grossière, avec sa bouche grande ouverte.

Ma main se releva et pointa le chemin qui menait vers la sortie. Toutes les trois se retournèrent bêtement pour suivre du regard la direction que je leur indiquai.

- Vous semblez être perdues, dis-je avec une voix encore sous le choc. Vous trouverez votre poulailler près du pâté de maisons un peu plus loin.

La plus grande se retourna, prête à me dépecer vivante mais je fus plus rapide. Je lui claquai la porte au nez et verrouillai à double tour. Je posai mes mains sur mes hanches avec un grand sourire, satisfaite de m'être débarrassée de ces encombrantes personnes. Mais quand je me retournais, Harps se tenait derrière moi, les bras croisés, attendant certainement des explications avec son air furieux des mauvais jours. Il avait troqué son tee-shirt et son bas de survêtement pour un polo gris et un jean noir. Ses cheveux mouillés montraient qu'il sortait tout juste de la douche. Il s'était même arrosé de parfum car il embaumait toute la pièce.

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant