Chapitre 29

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HARPS

Sax accompagné de ses cinq enforcers furent les derniers à nous rejoindre à table. Avec tout le raffut des derniers jours, ils avaient pas mal de boulot sur la planche. Ils bossaient nuit et jour pour découvrir qui se terrait dans l'ombre en tirant les ficelles. Par expérience, nous savions que les emmerdes arrivaient à grande vitesse et je n'aimais pas toutes ces inconnues. Il fallait se rendre à l'évidence : le clan ou l'individu qui se planquait était très dangereux. Et je détestais ce putain de fantôme qui jouait avec mes nerfs.

La vie de mes gars reposait sur notre capacité à prévoir et régler les ennuis rapidement. Nous étions réputés pour être intraitables et directs en affaire comme entre frères. Pas de fioritures et de dentelles. Nous n'hésitions pas à nous mouiller et crever pour protéger le club.

Alors quand un grain de sable venait se glisser dans notre quotidien, j'aimais savoir à quel gugusse j'avais affaire et je l'affrontais sans détour. Mes gars étaient tout ce qu'il me restait dans cette vie de merde. Pas question de foirer cette fois.

La mioche venait de déposer la dernière pizza sur la table et elle prit place à côté du cinglé. Je m'apercevais que ce gars ne la quittait jamais des yeux. C'en était flippant. Je n'étais pas un expert en psychologie mais je sentais que Matt souffrait. Je ne saurais dire avec certitude mais j'étais observateur. Un éclair dans ses iris, l'esquisse d'un sourire. Aucune expression ne transparaissait sur son visage de marbre et pourtant j'avais capté des petits signes fugaces qui ne pouvaient pas tromper.

Sa vie était mystérieuse. Gary avait enquêté sur son entreprise. Juste un nom, pas de vitrines, de bureaux. Seulement une adresse qui menait à un entrepôt désaffecté. Et pourtant, il se baladait en jet privé, ses vêtements étaient de marques. Le prix de sa chemise devait valoir ma garde-robe. Deux solutions pour expliquer cette richesse : son cul pondait des œufs en or ou il trafiquait à un niveau bien supérieur à nos petites affaires.

Je pris le morceau de pizza au jambon fromage dans mon assiette. Mon geste stoppa en me rendant compte que Jex fixait le sien avec angoisse. J'avais hésité avant de me servir une part quand j'avais appris que la mioche les avait préparées. Mais l'appel du ventre était plus fort et j'avais succombé. Et puis connaissant Betty, elle n'avait pas dû lâcher la maudite sorcière des yeux tant elle voulait que tout soit parfait.

La mioche se servit de la salade composée et nos regards se croisèrent un instant.

- Bon appétit Président, me dit-elle avec un sourire des plus craquants.

Je flairai le mauvais coup mais je décidai de mordre dans la pizza. Méfiant, je mâchai lentement m'attendant à trouver un noyau d'olives, une arête de poisson, un copeau de bois ou je ne savais quoi. Mais la pizza était excellente.

Jex observait toujours son frère, attendant probablement qu'il s'étouffe avec son morceau de pizza brousse figatelli. Il prit un verre d'eau et but sans le quitter du regard. Le cinglé avait retroussé les manches de sa chemise couleur crème. Il découpa un bout avec ses couverts, ne voulant certainement pas tâcher ses doigts immaculés. Mais soudain, il suspendit son geste et releva la tête.

- Quoi ? demanda-t-il à Jex, d'un ton abrupt.

Mon pote prit sa part et haussa les épaules.

- Rien.

Génial, les conversations entre frères. Ça me rappelait les discutions entre Sylver et Adam quand ils picolaient un peu trop. Seule différence : leur monosyllabe les faisait marrer à se pisser dessus. J'en avais conclu que seul un mot pouvait sous-entendre les blagues les plus drôles.

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant