Chapitre 36

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Harps

Je serrai les dents à m'en faire péter les mâchoires. La bécane sur le flanc gisait comme un cadavre à mes pieds. Jack m'aida à la relever et je constatai les dégâts effroyables. Si je n'étais pas un grand garçon, je me serais mis à hurler de rage et une larme aurait dévalé ma joue.

L'un des deux rétroviseurs pendouillait tristement, des égratignures zébraient tout un côté du réservoir, le pot d'échappement était un peu enfoncé. Je me frottai le visage, tentant d'effacer ce cauchemar.

Mes potes étaient dans le même sale état. Sax hurlait en perdre ses cordes vocales, Lan essayait de redresser la tige d'un rosier, Bart ramassait un morceau de son rétroviseur, Clint astiqué la terre sur le cuir de sa selle, Gary contemplait son pot d'échappement défixé. Quant à Jex... sa bécane... la sorcière avait roulé sur sa roue. La fourcha avait plié de manière définitive.

Jack s'était avancé et s'arrêta près de mon pote qui semblait dans un état second. Je craignais pour sa santé mentale.

- Sylver en a en réserve, tenta-t-il de le réconforter en posant un bras sur ses épaules. Je te la fais transporter jusqu'au garage par Binny. Dès demain matin, Adam s'en chargera.

Je les rejoignis car un truc m'intriguait. Jex avait certainement capté la même chose car il se mit à fixer notre vice- président avec un drôle de regard.

- Où est-elle ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Jack se recula un peu en plissant les yeux.

- Quoi donc ?

- Ta bécane. Où est ta putain de bécane ?

- Oh...

Mouais « oh » !... J'étais curieux de savoir où il l'avait planquée car elle n'était pas garée près des nôtres.

- Je l'ai prêtée à Matt tôt ce matin. Il avait une course à faire.

- Une course à faire ? répétai-je en raillant.

- Bien évidemment, ajouta Jex écœuré.

Jack sembla s'offusquer devant nos regards accusateurs.

- Quoi évidemment ? Vous pensez que j'étais dans la confidence de la belle ?

Notre silence le mit mal à l'aise. S'il n'était pas coupable, la poisse l'esquivait comme une anguille passant à travers les trous d'un filet de pêche. Ce renard semblait immuniser contre les manigances de la démone.

Il posa à nouveau un bras autour des épaules de mon pote.

- Mec, tu devrais monter te reposer dans ta chambre, pendant que j'arrange cette affaire. Profites-en pour reprendre des forces.

Pendant que Jack éloignait mon ami, j'entendit la voix faible de Jex.

- D'après toi, c'est une mise en bouche ou notre calvaire touche à sa fin ? demanda-t-il désespéré.

J'avais l'intime conviction que ce n'était que le début des emmerdes, juste le prélude qui précédait le grand déluge. Cette nana...

- Prez, m'appela Bolder.

Je me tournai vers mon pote, en passant nerveusement une main dans mes cheveux.

- Veux-tu que je rattrape la sorcière ? demanda-t-il caressant l'espoir de lui mettre la main dessus.

- Non, elle est à moi, répondis-je avec rage.

Bolder leva les mains, comprenant que j'en faisais mon affaire.

- Comme tu veux Prez.

Je tentai de refixer le rétroviseur mais la vis était pétée. Je l'arrachai avec colère et j'enfourchai ma bécane.

- Je me charge de ramener le cul de la démone, dis-je à Sax qui fulminait. Assure-toi de sécuriser l'entrée du ranch. Fous du fil barbelé s'il le faut.

Sans attendre sa réponse, je partis dans un vrombissement. La mioche me paierait cet affront. En quittant le ranch, j'écrasai un rosier nain devant un Lan consterné. J'évitai le pilier et une des grilles, puis je pris la direction de la rivière à Keaton Bridge. Si j'étais à la place de la démone, ce serait cet endroit que je choisirai pour me reposer ou pour fuir la vingtaine de bikers en pétard. Le lieu était assez éloigné pour se sentir en sécurité. Et puis je me souvenais que le boutonneux du bar avait mentionné cet endroit sur son papier pourri.

Il fallait absolument que je règle cette affaire personnellement. Jamais personne ne m'avait défié à ce point. Il était temps de montrer à cette nana qu'il était dangereux de se moquer de moi et que j'étais un chef respecté, craint des plus téméraires.

J'écumais d'une rage destructrice. Mon sang bouillait dans mes veines. J'accélérai pour réduire la distance qui me séparait du boulet. Cette fois, je ne flancherais pas devant son regard de biche et ses lèvres tentatrices. La punition serait à la hauteur des préjudices subis.

- À nous deux la mioche, hurlai-je. Prépare tes fesses. Elles vont rougir !

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant