Chapitre 24

8.4K 564 22
                                        

HARPS

Tout en sifflotant gaiement, je rejoignis mes potes sur la terrasse. Une table avait été dressée par Betty, la régulière de mon pote Lan. Le soleil avait depuis un moment déserté le ciel, mais il faisait encore très chaud.

Mon regard croisa directement celui du cinglé. Il était en face de son frère, ce qui voulait dire que je me le coltinerai pour tout le repas. Soudain, je n'étais plus enjoué. Cette tête d'enclume venait de me plomber la soirée. Mon visage avait certainement fait une grimace car le gars fronça les sourcils pour marquer son étonnement. Que voulez-vous ! Je ne pouvais saquer sa tronche de mec parfait. Depuis notre altercation historique, enfin ma déculottée, mon corps avait développé une sorte de syndrome de compulsion au meurtre. Il suffisait d'un regard pour que mon corps se tende, prêt à en découdre s'il percevait la moindre ouverture.

Je tirai la chaise près de mon pote Jex. Le malheureux devait prier pour mon retour à ses côtés. Sa nervosité était palpable et il me lança un regard rapide pour me transmettre un message « Putain, tu en as mis du temps pour ramener ton cul ! ». Nous étions si proches que depuis des années, je semblais lire dans sa tête. Je décryptai chaque expression de son visage. Et là, croyez-moi, il était en mode panique.

Je posai ma main sur l'épaule de mon ami pour le rassurer et lui signifier que je contrôlai la situation. Je pris place, le ninja dans ma ligne de mire. Je me faisais violence pour rester agréable mais je ne savais pas faire semblant. Mes sentiments devaient transparaître sur mon visage.

- Ta chambre te convient-elle ? demandai-je pour rompre la glace.

Il caressa la pointe de son couteau avec le bout de son majeur, tout en gardant les yeux fixés sur moi.

- Elle suffira.

J'aurais préféré qu'il logeât loin de mon territoire, mais je devais me montrer aimable. Notre survie dépendait de ce déséquilibré. Je grimaçai un sourire.

- Bien.

Mes potes devaient vouloir le fuir car les chaises étaient vides de chaque côté de la sienne. Le gars était si flippant que même Sax s'était éloigné à l'autre bout de la table.

- La réunion débutera à vingt-deux heures, lui signifiai-je par courtoisie.

Je n'avais point envie qu'il assiste à l'un de nos conseils mais je savais qu'il se ferait un point d'honneur à retrouver ceux qui s'en étaient pris à sa princesse. Alors plus vite nous réglerions le problème et plus rapidement il dégagerait à l'autre bout de la planète.

Il acquiesça de la tête puis son regard se reporta sur son frère. Nous allions devoir être extrêmement prudents. Ce chacal flairait la moindre de nos expressions.

Jack choisit ce moment pour s'installer à ses côtés, tout fraîchement douché. L'avantage avec mon vice- président était qu'il captait à des kilomètres la moindre tension. Mais il était bien différent de moi. Il savait contrôler ses émotions, ce qui le rendait extrêmement dangereux. Son self-contrôle pouvait rivaliser avec le ninja en plastique. Mais son plus fort atout était la diplomatie. Le gars pouvait communiquer aisément avec l'individu le plus récalcitrant. Même le grizzli se laisserait certainement approcher par mon pote.

- Désolé, le shérif s'est déplacé pour le bordel de l'hôpital.

Pas étonnant avec tout le bazar de la mioche. La discrétion n'était pas sa principale qualité. Partout où elle passait, elle semait le chaos.

- L'affaire est réglée ? demandai-je.

Il était essentiel de ne pas attirer l'attention des autorités sur nos activités. Notre accord tacite reposait sur la tranquillité des habitants de la ville. Alors si nos affaires devenaient bruyantes, le shérif n'hésiterait pas à nous emmerder. Nos clients deviendraient alors méfiants et rien de tout cela ne serait bon.

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant