Chapitre 55

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HARPS

Des images de la sorcière allongée dans la forêt affluèrent dans ma tête et j'esquissai un sourire arrogant, narguant le cinglé. La tension dans la pièce était palpable et il devait se faire violence pour ne pas m'arracher la tête. J'étais certain que ses hommes lui avaient narré dans les détails la scène et j'espérai qu'ils lui avaient même montré une vidéo de notre petite confrontation.

Soudain il se détourna et se dirigea vers mon bureau pour confortablement poser ses fesses sur mon fauteuil. Il prit un stylo dans le pot et se mit à jouer avec. Sans un mot, il me fixait. J'aurais payé cher pour savoir ce qu'il se tramait dans sa cervelle de détraqué. Je détestais ce mec mystérieux qui semblait contrôler ses pulsions assassines. Mais par-dessus tout, je ne pouvais blairer son attitude de mec mystérieux, qui en savait bien trop sur toutes les merdes qui menaçaient le Club.

Matt était dangereux, bien plus dangereux que les gars qui m'avaient enlevé. Il trempait dans des affaires qui dépassaient le cadre dans lequel j'évoluais. Tel un joueur d'échec, il avait anticipé le déplacement de ses pièces. Chaque coup était pensé. Ses décisions étaient savamment réfléchies. Je l'avais clairement sous-estimé et mon sergent d'armes était maintenant entre ses mains. Mes poings se serrèrent, la colère inondant de nouveau chaque parcelle de ma peau.

Ce mec parvenait toujours à inverser la vapeur, conservant son sang-froid légendaire, alors que je montais en pression. J'étais si tendu que j'étais prêt à l'éjecter violemment de mon siège.

- Cette tentative d'évasion était... vraiment stupide, lança-t-il en brisant le silence.

Pour une fois, je m'inclinai. Le mot « stupide » était faible pour décrire cette idée de merde. L'apocalypse s'en était suivi. Un revirement de situation inattendu et dévastateur. Les flammes de l'enfer soufflant sur le ranch, sitôt le dos tourné. Le plan de ce détraqué était machiavélique, sorti directement de son cerveau de psychopathe.

- Où est mon sergent d'armes ? demandai-je, tentant d'ignorer ma furieuse envie de le dégommer.

Cette fois, ce fut à son tour de sourire. Un sourire triomphant, de satisfaction. Le mec s'amusait avec mes nerfs, cherchant la confrontation pour me défoncer. L'épisode de la forêt avec sa frangine devait lui rester en travers, comme un harpon planté dans sa gorge.

- En caleçon, ligoté et bâillonné au fonds d'un puits.

Putain... Ne craignait-il pas que je saute sur le bureau pour dévisser la tête de sa grosse carcasse ?

- Et où est donc ce puits ?

Il examina le stylo et sembla réfléchir, égratignant davantage ma patience. Ce gros malade se foutait clairement de ma gueule.

- Pas bien loin.

Il prit son téléphone dans la poche de son pantalon et pianota avec rapidité sur l'écran. Puis il posa le portable sur le bureau. Je m'approchai et je jetai un œil avec méfiance. Sur l'écran, ficelé comme un saucisson, mon pote Sax se tortillait avec rage.

- Ton Vice-Président est déjà sur ses traces. Jack a localisé la puce de ton ami, qui est resté dans la raie de son cul.

Il se fichait de moi ?

- Je ne me permettrai pas de me moquer de toi.

Merde, il lisait dans ma tête... L'incompréhension devait se lire sur mon visage car il ajouta :

- Tu parles à voix haute.

Je devenais complètement cinglé. Je me frottai le visage nerveusement puis je pointai un doigt menaçant vers ce dégénéré. Aucun mot ne put franchir mes lèvres tant la confusion était grande dans mon cerveau. Il arqua un sourcil, attendant qu'un son émane de ma bouche.

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant