Harps
Mon sixième sens ne m'avait pas joué de tour. J'avais bien senti qu'un truc clochait au-dessus de nos têtes. Mais la présence d'un rat aurait été bien plus probable que celle de cette démone.
J'avais encore une fois baissé la garde, pensant fermement qu'elle était planquée dans un trou au ranch, attendant patiemment le moment opportun pour se tirer. Et quand mes oreilles s'étaient dressées, alertées par un cri provenant du dessus de nos têtes, il était trop tard. La montagne de bottes de foin où était planquée la sorcière avait basculé dans le vide, en entraînant cette mocheté. Et bien entendu, devinez sur qui son postérieur était tombée ? Sam me passa un linge mouillé que j'appliquai sur la vilaine entaille de mon cuir chevelu, faute de glaçons car le vieux n'avait pas de frigo.
Putain, il était vraiment temps d'investir dans un groupe électrogène. Cette baraque était vraiment inhospitalière et le vieux commençait à prendre de l'âge. Les rudes hivers devaient être compliqués à vivre dans ce coin paumé. Il faudrait que mon comptable Rob l'ajoute aux priorités, même si le vieux râlerait pendant des mois.
D'ailleurs, à propos du vieux, il était bien silencieux depuis l'incident tragique qui avait coûté la vie à sa grange. Le malheureux en avait perdu son latin.
Mes yeux se posèrent sur mon vice-président, qui se grattait nerveusement sa barbe blonde. Soudain, conscient que je le mitraillai du regard, il se figea et ses sourcils étonnés se relevèrent.
- Quoi ? me demanda-t-il un peu brusquement. Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !
Je me redressai du fauteuil tout poussiéreux et élimé.
- Comment tu as réchappé à toute cette apocalypse ?
- Je n'en sais rien !
Alité dans le canapé, Sylver grogna méchamment. Son front était marqué par une bosse de la taille d'un œuf d'autruche, qui amplifiait la grosseur de sa tête.
- Je vous rappelle que j'y étais ! Ce n'est pas ma faute si les bottes de foin ne sont pas tombées sur moi ! tenta Jack de s'expliquer.
- Justement, tout semble t'épargner ! accusa Sax, d'un ton agressif, en posant des strips sur la balafre qui lézardait son torse. La fourche de Jack avait presque transpercé le corps de mon sergent d'armes quand ce dernier avait été projeté sur le sol.
Assise aux côtés de Jack, la sorcière buvait un verre d'eau. Elle tentait d'éviter mon regard furibond en concentrant son attention sur un point du tapis usé jusqu'à la corde. Finalement, je rectifiai. Elle n'était pas fine et certainement pas un poids plume. Ma tête avait amorti sa chute et j'avais eu la désagréable sensation de m'enfoncer dans le sol comme un putain de clou. Même Torres était dans un piteux état, après que la démone ait rebondi sur lui. S'il l'avait lorgné l'autre jour, il pouvait se vanter ce soir d'avoir pu enfin enfouir sa grande gueule dans le trou le plus profond de son cul. D'ailleurs, la moitié de ses chicots devaient être restés plantés dans la petite culotte en coton de la sorcière. Il lui manquait toutes une rangée de dents sur la mâchoire supérieure. Un vrai carnage. Je craignais qu'il ne pourrait plus babiller pendant un moment.
- On a eu de la chance, murmura la mioche, en coupant le silence.
Je voulais la bouffer. Se moquait-elle de nous ? Ce furent les mots de trop, la petite goutte qui fit déborder l'océan.
- De la chance ? répétai-je en hurlant.
Elle eut un sursaut de peur et son corps se rapprocha instinctivement de Jack.
- Et bien oui, tenta de la défendre mon vice-président. La grange s'est écroulée juste après qu'on ait eu le temps de sortir. Même Torres s'en est tiré. Bon, il ne pourra plus parler à cause de ses dents pétées... Le principal est que nous soyons tous vivants.
J'étais médusé devant ce manque de discernement. Sax, Sylver et moi braquâmes notre regard sur les deux comparses. Notre animosité vibrait le long de notre échine. J'étais persuadé que nous rêvions tous les trois de les brûler sur le champ. Je serrai mes poings afin de tenter de réfréner cette folle envie. Cet incident était une tragédie. Nous étions dans un état lamentable, proche de l'article de la mort. Nous avions frôlé la décapitation et la situation était grave puisque nous étions privés d'une source majeure d'informations.
La mioche se mit soudainement à rire et mon vice-président sourit comme s'il était connecté aux pensées de cette maudite sorcière. J'étais choqué devant tant d'aplomb. Ils se fichaient vraiment de nous.
- Ça te fait marrer ? demandai-je d'un ton menaçant.
Elle but une gorgée de son eau et son regard malicieux se posa sur moi.
- Je pensais que si la petite souris existait, Torres serait riche.
Jack se mit à rire en entraînant le vieux Sam. Je ne tarderais pas à disjoncter devant tant d'impertinence. Je jure que j'avais essayé de garder mon sang froid mais c'était trop dur. Si j'étripais la démone, cela ferait-il de moi un meurtrier ou le sauveur de l'humanité ?
Kally
J'étais très embêtée. Comment allais-je expliquer à l'épineux les pelletées de crottins de bourrique dans le véhicule ? Il était urgent de trouver une échappatoire à toute cette histoire. Les gars étaient très tendus et un danger imminent planait au-dessus de ma tête.
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A pretty calamity
RomanceLui, c'est Harps. Il est le Président du club des bikers Black Wolves. Il mène ses petits affaires bien tranquillement dans les terres du Middleton Wassep. Elle, c'est Kally. Elle est entrée dans sa vie comme un boulet. Elle est timide, souriante...
