Kally
Assise sur un muret, j'étais spectatrice de l'agitation dans la propriété. Une chaussure géante avait semblait-il écrabouillé la fourmilière des bikers. Ça courait dans tous les sens. Certains transportaient des sacs de sables pour fabriquer des abris. D'autres renforçaient les accès du bâtiment central. Tous les hommes s'activaient dans le ranch.
Le portail avait été réparé en moins de deux heures. Spiner et Adam se chargeaient de finaliser l'installation de la clôture électrifiée. Fils barbelés, bientôt herse et pont levis viendraient peut-être compléter l'arsenal de la défense de cet oppidum ! Devrais-je leur suggérer quelques canons et catapultes, une tour de guet avec snipers ?... Clint avait même fixé des caméras dans chaque recoin du ranch. Je craignais même qu'il en ait posé une dans le trou des toilettes dans le cas où un ennemi s'introduirait par le conduit d'évacuation !
Tôt ce matin, des régulières étaient arrivées et s'étaient installées avec leurs marmots dans les chalets. Ne manquaient plus qu'à ce château-fort, quelques poules et une poignée de vaches. D'ailleurs, si ma vision ne me jouait pas de tour, un cochon se baladait près des garages.
J'étais anéantie. Je pouvais faire une croix définitive sur ma liberté ! S'échapper d'une forteresse était au-dessus de mes forces. Abattue, je mâchouillais une brindille en m'apitoyant sur mon triste sort. Et dire que mon frère Matt n'avait même pas étripé ce malotru d'épineux pour me venger de l'infâme humiliation dans la forêt ! Ni pendaison, ni décapitation. Pas même un poing. C'était à n'y rien comprendre.
J'allongeai les jambes sur le muret, tentant de tuer le temps en prenant un peu le soleil. Restés à l'écart, les hommes de Matt observaient également la termitière qui se préparaient au combat. Le ninja, Xio, à la grande natte noire, riaient quelques fois avec son pote Tiago, un métis à la peau caramel. Pas de doute, ils se moquaient de la préparation des bikers à un hypothétique assaut.
Le grand Brutus, la plaie de mon adolescence, était adossé contre un arbre. Bien qu'il ne me regardât pas, je savais qu'il me surveillait avec toute la discrétion qui le caractérisait. Peut-être devrais-je le remercier pour avoir veillé sur mes arrières quand j'avais quitté Pincloyd après l'enterrement de ma tante. Après tout, il s'était débarrassé des criminels qui me poursuivaient, me permettant ainsi d'arriver saine et sauve à Middleton Wassep.
Mon frère Jex s'arrêta près de moi et but quelques gorgées de sa bouteille d'eau. Des gouttes de sueur couraient sur tout son corps. Il essuya son visage avec son tee-shirt et saisit un paquet de clope dans la poche arrière de son jean.
- Tu devrais ralentir sur la cigarette, lui conseillai-je en sautant du muret.
- Il faudrait pour cela que tu arrêtes de me faire chier.
Sympa... Rancunier, Jex devait ruminer le coup de taser qui s'était malencontreusement planté sur son front.
- Où se trouve la pioche ? demandai-je avec humour.
Il suspendit son geste pour allumer sa clope et me fixa en fronçant les sourcils.
- Je t'avertis petite tête, si tu tentes une évasion, je te séquestre dans ta chambre, me menaça-t-il en pointant son doigt.
J'agitai les mains devant lui pour le rassurer.
- Ne t'inquiète pas ! Avec une pioche, je pourrai aider à creuser une tranchée. Tu sais, pour s'abriter en cas d'attaque...
Sa bouche n'esquissa pas l'ombre d'un sourire. Son humour s'était complètement volatilisé.
- Au lieu de raconter des bêtises, va donc te rendre utile. Propose ton aide aux femmes.
- Pourquoi ?
- Comment ça pourquoi ? dit-il en perdant patience. Parce qu'elles ont tout quitté et qu'elles se sentent certainement un peu perdues. Tu pourrais leur remonter le moral ou je ne sais pas, les aider à déballer leurs robes.
- Tu penses qu'elles sont angoissées ?
Il alluma sa clope et ses yeux mi-clos me fixèrent.
- Sûrement.
- Et je suis sensée les rassurer en leur contant combien la vie est palpitante chez les termites ?
Sa main se crispa si fort sur la bouteille d'eau qu'elle l'écrabouilla dans un bruit strident.
- Laisse tomber. Cherche ta pioche et creuse ton trou.
Il tourna les talons et se dirigea vers les garages. Mon frère Jex était ainsi : il pouvait des jours durant bouder dans son coin. Il lui faudrait du temps pour oublier l'incident et me serrer dans ses bras.
Mon regard se posa sur le camion qui transportait des caisses de bois. Se pourrait-il qu'une brèche dans les mailles du filet existât ? Il suffisait de se glisser à bord et...
- N'y pense pas, sorcière !
Je sursautai et je me retournai d'un bloc. Les mains dans les poches de son pantalon, Harps souriait avec arrogance. Depuis quand entendait-il mes pensées ?
Les cheveux décoiffés, il était irrésistible. Il dégageait un magnétisme puissant. Ses lèvres insolentes étaient une tentation. Son corps, un appel aux caresses. Il fallait vraiment se faire violence pour se soustraire d'une telle attraction.
Combien de femmes avaient eu le privilège d'explorer ce corps ? Mon cœur eut un drôle de pincement comme si... j'étais jalouse ?
- Le camion de livraison... on le fouille quand il quitte la propriété, ajouta-t-il pour ruiner mon dernier espoir.
Devant ma mine déconfit, il se mit à rire.
- En plein dans le mille, n'est-ce pas, sorcière ?
Mon menton se releva avec fierté.
- J'avoue y avoir songé un instant.
« Jalouse »... le mot tournoyait dans ma tête. Comment était-ce possible ?
- Je te propose un deal.
Un deal avec l'épineux ? Avant de refuser, écoutons ce qu'il avait à proposer.
- Tu donnes un coup de mains aux régulières et ce soir, nous irons boire un verre au Angel Bar.
- Toi et moi ?
- Oui. Toi et moi. Tu as peur ?
Peur ? Il plaisantait ! Une occasion trop belle pour filer et mettre le cap vers la liberté !
- Marché conclu !
Il me tendit son poing et je checkai, un peu gênée par cette soudaine entente. Il se pencha alors à mon oreille et mon cœur se mit à dérailler. Un frisson parcourut tout mon corps comme un courant électrique. Lorsqu'il chuchota, son souffle caressa ma peau, réveillant des papillons dans mon ventre :
- Si tu pouvais éviter de mettre ce soir un joli short moulant comme celui que tu portes, je reluquerais moins tes fesses.
Mes joues virèrent au rouge écrevisse. Et quand ses lèvres se posèrent sur les miennes, je me consumai littéralement sur place. Un désir intense m'enveloppa toute entière. J'aurais donné n'importe quoi pour agripper son visage et approfondir son baiser.
Puis l'épineux se redressa et un vide m'envahit brusquement, me laissant désemparée. Il fit alors un clin d'œil à une personne derrière mon dos. Sans comprendre, je me retournai. Matt était adossé contre la portière d'un véhicule et nous fixer d'un air indéchiffrable. Et bien, l'épineux cherchait-il à braver mon frère ? Une colère secoua tout mon corps. Finalement, j'abandonnai l'opportunité de filer. Une bien meilleure idée avait germé dans ma tête. Ce soir, les pendules seraient remises à l'heure. Il était temps de donner une bonne leçon à ce maudit biker. Personne ne se moquait de moi.
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A pretty calamity
Roman d'amourLui, c'est Harps. Il est le Président du club des bikers Black Wolves. Il mène ses petits affaires bien tranquillement dans les terres du Middleton Wassep. Elle, c'est Kally. Elle est entrée dans sa vie comme un boulet. Elle est timide, souriante...
