Chapitre 49

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Kally

Assise sur une grosse pierre, je trifouillai la terre avec le bout d'un bâton. J'avais littéralement fui la cabane tant l'épineux était furieux. Il hurlait si fort que j'étais certaine d'avoir mes tympans abîmés.

Et le plus dramatique dans cette histoire était que pas une issue ne s'offrait à moi. La lune boudait derrière des épais nuages, m'empêchant de distinguer la moindre feuille des arbres de la forêt. Et mon ami Jack me surveillait de son regard pénétrant. Adossé contre un tronc d'arbre, il fumait sa énième cigarette, tout en scrutant le moindre de mes gestes. J'étais donc condamnée à rester bien sagement assise, attendant le petit matin quand nous remonterions dans le véhicule.

Que dites-vous ? Où était le véhicule qui avait servi à ramener Torres dans ce coin perdu du fin fond de la contrée ? Parti... Sax avait emmené Torres dans une nouvelle cachette afin qu'il puisse passer « une convalescence au calme ». Ce furent les dires de Jack. J'avais plutôt l'intime intuition que Torres trouverait certainement le repos éternel dans les prochaines heures.

J'étais donc vraiment dans une fâcheuse posture. Quand l'épineux découvriraient la montagne de crottins, il piquerait une syncope. Je passais la main sur mon cou. Mais avant il dévisserait ma tête pour la brandir comme un trophée de chasse.

Jack se détacha du tronc d'arbre et jeta son mégot dans l'étang. Il se posta ensuite près de moi et rompit le silence.

- J'ai la désagréable sensation qu'un autre drame va pointer le bout de son nez. Que caches-tu princesse ? demanda-t-il de sa voix calme.

Je levai mon visage et on pouvait y lire tout le désespoir qui m'habitait. J'étais fichue, condamnée à payer le lourd tribut pour avoir défendu mon honneur. La crucifixion n'était pas loin.

- J'ai... c'est délicat après le tragique effondrement de la grange...

Jack s'accroupit et saisit une mèche de mes cheveux pour la placer derrière mon oreille. Ce simple geste me rappelait que je pouvais avoir confiance en lui.

Je jetai un regard furtif à la fenêtre éclairée de la cabane. L'épineux marchait de long en large en gesticulant. Malgré la porte fermée, sa voix transperçait la façade en bois pour irradier dans le jardin. Les crottins l'achèveraient certainement. Son cœur ferait un arrêt cardiaque.

Je reportai mon regard sur mon ami Jack qui devait pressentir un drame épique.

- J'ai mis des crottins dans le pick-up.

La bombe était lâchée. L'expression du visage de Jack se figea. L'information avait fusé dans l'air pour se planter au plus profond de son cerveau. Pas un mot ne sortait de sa bouche. Il était en état de choc post-traumatique.

- Si on réfléchit bien, c'est trois fois moins dramatique que l'effondrement de la grange, tentai-je pour le sortir de son mutisme. On pourrait presque en rire, continuai-je avec un sourire gêné.

Devant sa crise de tétanie, je me levai et pris sa main pour l'inviter à me suivre. Se laissant guider en silence, nous rejoignîmes le véhicule. Sans attendre, j'ouvris la portière et ses yeux sortirent de leurs orbites.

Je plaçais mes mains sur mes hanches. Dans mon souvenir, le tas était plus petit. Je n'avais pas mesuré la taille des pelletées... Des crottins partout... Sur le siège passager, le tableau de bord, le tapis, le levier de la boîte de vitesse... Et cette odeur horrible... À qui appartenait le pick-up déjà ?

Je pris le bras de mon ami et levai des yeux implorants.

- Tu penses que ton Prez pourrait me pardonner ? chuchotai-je avec espoir.

Son visage crispé se tourna vers moi ? J'avais la désagréable impression qu'il fixait un serpent venimeux. Une certitude s'imposait donc : la fin approchait à grand pas. L'épineux m'éviscèrerait dans les prochaines heures.  

A pretty calamityOù les histoires vivent. Découvrez maintenant