Chapitre 67

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Kally

La trêve était bel et bien terminée. L'épineux était dans une rage indescriptible. Pour épicer la situation, la pluie se déversait sur nos têtes. Nous étions complètement trempés, à des lieues du ranch. Nous allions avoir de sacrés ennuis à notre retour... enfin, je rectifie, Harps aurait de gros ennuis. Mes frères le pendraient certainement à l'arbre le plus robuste du jardin. Mais avant, il subirait le châtiment du poulet. Je ne vous ai jamais expliqué ? Je manquais à mes devoirs...

Vous souvenez-vous de Dumbo le Pinocchio, le fils du voisin de ma tante ? Quelques semaines après son altercation avec mon frère Matt, le malheureux tenta désespérément une revanche. Il avait semble-t-il perdu toute notion de lucidité quant à la portée d'un tel geste, comme s'il s'était moqué de la vie.

Dumbo le Pinocchio avait fabriqué une cabane avec des branches près du petit cours d'eau qui passait près de nos habitations. Je l'avait observé durant trois jours, ramassant tout le matériel pour construire son petit nid. Le garçon s'était même pris les pieds dans une racine et avait chuté dans la boue, déclenchant un rire sans fin de mon côté. Je ne vous cacherai pas que j'avais creusé sous la racine pour la dégager, espérant sans y croire vraiment que le piège fonctionnerait.

Le maladroit était entré dans une colère sans précédent. En trois enjambées, il avait sauté le muret qui séparait nos terrains et avait empoigné mes cheveux. J'avait crié, crié très fort.

- Hurle tant que tu peux, sorcière. Tes frères sont partis tôt ce matin avec ta carabosse de tante.

Nous avait-il espionnés depuis sa mansarde comme un gros pervers, attendant une ouverture pour se venger ?

- Ouais, bécasse. Je scrute tous vos faits et gestes depuis près de quatre semaines. Et là, personne ne pourra sauver ta peau. Tu vas payer !

Impossible de lui échapper. Il était bien plus grand et plus costaud que moi. Sa poigne était si forte que ses doigts s'étaient imprimés dans ma chair. Il m'avait traîné sur une cinquantaine de

mètres jusqu'à l'enclos de Pif, le cochon de ma tante qui devait finir embroché à la Fête du Saucisson.

D'un coup de pied, Dumbo le Pinocchio avait ouvert la barrière, qui avait volé en éclat. Son regard avait été terrible, et j'avais commencé à regretter ma petite farce. Ma tête avait alors plongé dans une crotte bien molle de la bête, puis il m'avait contraint à déposer la bouche sur le groin du cochon. Je vous passe ce moment de pure humiliation qui avait marqué ma jeunesse. Un traumatisme profond qui hanta longtemps mes cauchemars.

Absorbé, tant il était occupé à me martyriser, il n'avait pas vu l'arrivée de mes frères. Comment pourrais-je vous décrire cet instant ?... Une atmosphère de fin du monde. Un air lugubre et pesant, annonçant la mort. Mes yeux désespérés avaient accrochés leurs visages fermés. Ils s'étaient figés puis mus par une même force, ils s'étaient jetés sur Dumbo le Pinocchio, l'arrachant de la gravité terrestre, remettant sérieusement en question les lois d'Einstein. Le malheureux s'était envolé pour atterrir avec violence dans la couche en paille du cochon. Jex avait alors empoigné sa tignasse brune et Matt son pull vert kaki, puis ils l'avaient soulevé comme un sac de pommes de terre pour enfoncer sa grosse tête dans le cul du cochon.

- Débile, lança Jex qui écumait de rage, cette fois, tu n'y couperas pas.

Un terrible châtiment avait suivi. Dans la grange de ma tante, Dumbo le Pinocchio fut désapé jusqu'à se retrouver en slip. Pendant que Matt l'immobilisait, Jex s'était emparé d'un pot de peinture jaune et avait passé un rouleau sur tout le corps du condamné. Puis ils l'avaient plongé dans un gros sac de plumes de volailles.

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⏰ Dernière mise à jour : Jan 25 ⏰

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