Kally
Ma vie était devenue un enfer et mes geôliers, cette tribu de bikers qui vivait à la villa et épiait chacun de mes gestes, craignant que je ne leur joue un mauvais tour.
Une semaine s'était écoulée depuis ma malheureuse tentative pour gagner un peu de liberté. Une semaine que je survivais, cloîtrée et surveillée. Pourtant j'avais tenté d'amadouer Matt, mais il avait été impitoyable. Ses mots avaient été terribles et glaciaux : « Cette fois, tu as franchi la limite, Kally. Dorénavant et jusqu'à nouvel ordre, tu resteras au ranch. Ne prends aucune folle initiative qui te ferait perdre assurément ta tête. J'espère que mes mots sont clairs. »
Les paroles me donnaient encore la chair de poule. Matt n'avait jamais usé de telles menaces envers sa princesse. Si Torres disait vrai, mon aîné devait craindre pour ma sécurité et il n'hésiterait pas à user de n'importe quel moyen pour me protéger. Je savais qu'il était capable de tout. Ses altercations avec Jex m'avaient montré l'étendue de sa violence. Et même si j'étais certaine qu'il n'userait jamais sa force sur moi, il pouvait me briser autrement.
Mon regard se leva vers le ciel. Pas un nuage à l'horizon, une chaleur à sécher un lézard sur un muret. Ma vie avait viré au cauchemar depuis deux jours. Je m'épongeai le front avec mon long tee-shirt couvert de ciment, puis je renversai le contenu de la bétonnière dans un seau. Deux maudites journées à porter des blocs de pilier pour réparer le portail. J'étais devenue experte en maçonnerie sous la direction de ces messieurs qui se reposaient sous un arbre. Lan et Bolder, confortablement installés sur une chaise de camping, une arme à leur ceinture, m'observaient avec un sourire moqueur au coin des lèvres.
- Prends cinq seaux de mélange à béton.
- N'oublie pas le ciment.
- Faut mettre de l'eau.
- Lâche pas le bloc sur ton pied.
- Mets quelques gravats dans les blocs, tu en auras moins à porter à la déchèterie.
- Attache bien la ferraille, il ne faudrait pas tout recommencer.
- Tu sais, Bolder, elle me donne soif la démone. Je vais nous chercher à boire. Veille à ce qu'elle garde la cadence.
- Apporte des petits biscuits aussi. Ça me creuse l'estomac tout ce boulot.
Voilà ce que j'endurai depuis deux jours. Les remarques commençaient sincèrement à asticoter un peu trop mes nerfs. Parfois je serrai les poings, alors Lan lançait avec nonchalance à Bolder en prenant des ciseaux qu'il gardait précieusement dans une petite sacoche à ses côtés :
- Les gonzesses sont comme les rosiers. Pour avoir de jolis rosiers, faut savoir bien les tailler.
Maudits bikers ! je fulminai. Jamais dans ma vie, je n'avais connu une si grande humiliation. Mains écorchées, vernis des ongles abîmés, cheveux emmêlés. La sueur perlait par tous les pores de ma peau. J'étais dans un triste état, rougie par les rayons du soleil telle une écrevisse, malgré toute la crème que j'avais appliqué sur mon corps.
Je saisis l'anse du seau et je le hissai avec peine en haut de l'échelle, comme si je gravissais un gratte-ciel. Je ne survivrai jamais à cette torture. Tous mes muscles me faisaient souffrir et si je n'avais pas été si fière, j'aurais bien versé une larme. Tout ça pour cinq minutes de liberté... La prochaine fois... Mes pensées furent interrompues par l'arrivée de monsieur Bibendum. Il avait dégonflé mais il gardait encore des stigmates de sa déculottée avec mon frère Matt.
- Magne tes fesses, la mioche ! lança-t-il avec un amusement non dissimulé.
Mes mains se crispèrent sur le seau que j'avais posé sur le rebord du pilier. L'épineux se rapprocha avec un large sourire et des lunettes de soleil cachant ses jolis yeux. Mon regard fixa la bouteille d'eau bien fraîche qu'il buvait avidement. Elle se vida d'un trait jusqu'à la dernière goutte alors que ma gorge était desséchée.
- Faudrait terminer rapidement le dernier pilier, sorcière. Une longue liste de travaux t'attend.
- Comme par exemple des rosiers à planter, ajouta Lan.
- Et tu me couperas les ongles des pieds, intervint Bolder avec sérieux.
Mes yeux plongèrent vers la tête de l'épineux en contrebas. Sincèrement, qu'auriez-vous fait à ma place ?
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A pretty calamity
RomanceLui, c'est Harps. Il est le Président du club des bikers Black Wolves. Il mène ses petits affaires bien tranquillement dans les terres du Middleton Wassep. Elle, c'est Kally. Elle est entrée dans sa vie comme un boulet. Elle est timide, souriante...
