La couleur de l'horreur (III)

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     Fuzal ouvrit les yeux. Le soleil, toujours aussi haut dans le ciel, l'aveugla de ses aiguillons lumineux. Fuzal poussa un gémissement et amorça un mouvement pour se traîner à l'ombre.
      Un visage inconnu se pencha alors sur lui. Sa beauté, incongrue dans cette brousse perdue au milieu de nulle part, et après tant d'événements sinistres, lui ôta un instant toute méfiance. Il contempla les traits jeunes et gracieux, les cheveux dorés aux ondulations légères, les yeux gris-bleu qui le fixaient avec sollicitude.

     Puis l'évidence le frappa comme un coup de marteau. Peau claire, cheveux clairs, yeux clairs. Farle. La figure congestionnée d'un autre farle surgit de ses souvenirs et il se redressa pour détaler. Mais le jeune homme lui attrapa le bras et s'écria dans un sozyès calamiteux :

      " Eh ! Non... attendre toi ! "

      Fuzal retomba assis, ses jambes tremblaient et chancelaient comme celles de son père lorsqu'il abusait de la boisson.

     " Tu bois trop d'arack, Marfil. "

     Nuit de ténèbres, soleil implacable, crocodile féroce, bras coupé, yeux de haine, épée tranchante, mains rouges...

     " Non ! " hurla Fuzal.

     Le Farle sursauta et le lâcha immédiatement.

     " Pas peur, pas peur, garçon ! Pas mal moi toi... Pas mal... "

     Fuzal ramena les yeux sur lui avec l'impression d'émerger d'un brouillard. Le beau visage l'apaisa, repoussa les tourments comme un rayon de soleil dissipe la grisaille d'un jour pluvieux. Le jeune homme se fendit d'un bon sourire.

     " Voilà. Ça être mieux... Toi pas peur. "

     Il sourit une nouvelle fois et Fuzal se détendit, il sentit ses lèvres se décrisper, amorcer presque un sourire en retour. Le Farle se tapota la poitrine de la main.

     " Moi Antémis. Et toi ?

     - Fuzal, souffla-t-il.

     - Quoi toi faire ici ? Avec ces gens ? Toi leur serviteur ?

     - Non... Il faut que je trouve mon nom ", murmura Fuzal.

     Le trouble retomba en chape autour de lui. Quel nom allait-on lui donner après tout cela ? Fuzal l'Assassin ? Fuzal Mains Rouges...

     " Non ! " cria-t-il une nouvelle fois.

     Il frotta ses mains dans la poussière, à grands gestes frénétiques. Le Farle lui prit l'épaule avec douceur.

     " Toi calme... Calme... Pas blessé... Pas grave... Toi trouver nom...

     - Je ne sais pas... je ne veux pas... mon nom... haleta Fuzal.

     - Moi comprendre pas noms Sozyès. Nous Farles avoir nom de la famille.

     - Oui, je sais, lâcha machinalement Fuzal.

     - Moi Théléos Antémis. Moi adopté. Mes parents morts moi enfant.

     - Moi aussi ", murmura Fuzal.

     Il dévisagea le jeune homme avec un intérêt timide, soudain étonné de trouver un point commun dans le désert de leurs différences.

      " Moi adopté par Théléos Rémus. Moi prendre son nom. Rémus... "

     Antémis s'interrompit. Les taillis épineux derrière lui s'écartaient et un homme apparut, ramenant sur Fuzal toute la crainte qui s'éloignait à peine. Ce Farle-là était petit, trapu, avantagé d'épaules très larges, carrées - impressionnantes. Ses cheveux châtains retombaient en mèches grasses sur son front, et sa barbe courte semblait imbibée de sueur. Son visage fermé ne trahissait pas d'émotion, rien de la bonté dégagée par celui d'Antémis.

Complainte d'une fresque oubliée Des histoires addictives. Découvrez maintenant