Combat pour un secret (II)

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       On nous épiait !

     D'un même mouvement, Valériane et Méro tirèrent leur arme et bondirent à la suite de l'intrus. Ils le rattrapèrent en quelques secondes, alors qu'il atteignait la lisière. De leurs épées braquées, ils le repoussèrent contre un arbre.

     Il s'agissait d'un homme mince, aux cheveux mi-longs rejetés en arrière. Ses vêtements sales et usés trahissaient une journée de labeur dans la mine. Il ne paraissait pas armé et se mordait les lèvres. Il avait levé les mains en un rempart dérisoire contre les lames.

     Méro lâcha un juron.

     « Mais qu'est-ce que c'est que celui-là ? Nous voilà bien ! Il nous a vus, on ne peut pas le laisser vivre ! Pourquoi est-ce qu'il nous espionnait ? »

     Il tenta de poser la question en sozyès à l'intéressé. Celui-ci se répandit en un flot de paroles que Valériane fut incapable de suivre.

     « On perd du temps, s'agaça Méro. Qu'est-ce qu'on en fait, Valériane ? »

      Elle haussa les épaules.

     « Il n'y a pas trente-six solutions. On ne peut pas le laisser prévenir les Sozyès ! »

     Méro acquiesça avec une grimace carnassière.

     « C'est ce que je disais. Laisse, Valériane, je m'en charge. »

     Valériane recula de quelques pas pour laisser son collègue procéder à la mise à mort. L'intrus se ratatina contre le tronc et, d'une voix affolée, baragouina en farle :

     « Non ! Je... Théléos Rémus ! Connaître... Théléos Rémus moi... Connaître je !

     - Hein ? » lâcha Méro stupéfié.

      Son épée s'était figée juste devant le cœur de l'inconnu. Celui-ci répéta le nom plusieurs fois, comme s'il élevait un bouclier. Valériane se rapprocha et échangea un regard avec son compagnon, qui s'emporta :

      « Qu'est-ce qu'il raconte ? D'où connaît-il Rémus ?

      - C'est peut-être un de ses agents, supposa Valériane. Rémus travaille avec quelques Sozyès pas très regardants, mais qui lui sont bien utiles. Celui-là doit en être.

      - D'accord, d'accord. Mais alors qu'est-ce qu'on en fait ? »

      Valériane garda un silence ennuyé. Cet individu était-il important pour Rémus ? Elle hésitait encore lorsqu'un détail subreptice l'alerta. Un éclair fugace dans le regard du prisonnier, quelque chose qui ressemblait à un regain d'espoir... Puis une brusque bourrasque derrière elle...

     Elle fit volte-face et son épée intercepta un espadon brandi au-dessus de sa tête. La violence du choc la jeta à genoux. Méro bondit pour parer le coup suivant.

      Valériane se redressa d'une détente et se remit en garde. L'homme qui venait d'intervenir était un colosse - grand, large, musculeux. Une pilosité importante accentuait la dureté de son visage. Lui aussi portait une tenue de mineur - à ceci près qu'il élevait une gigantesque lame.

      Il l'abattit avec violence, repoussa Méro et se retourna vers Valériane. Elle crispa les deux mains sur sa poignée pour contrer la force du colosse. Malgré cela, le coup faillit lui projeter sa propre arme en travers du visage. Elle rompit dans un crissement de lame et sauta en arrière. Méro se précipita et encaissa le revers de l'espadon.

       Mille considérations s'entrechoquaient dans l'esprit de Valériane. Celui-là était un combattant d'exception. Il fallait pourtant le vaincre, à tout prix ; sinon qui relâcherait le pigeon, qui confirmerait à Raerus le piège sozyès ? De plus le claquement des armes risquait d'attirer l'attention, malgré l'effervescence de l'incendie. Et la tombée du soir les priverait bientôt de la lumière nécessaire.

Complainte d'une fresque oubliée Des histoires addictives. Découvrez maintenant