Le souvenir d'un vieil ennemi

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Lorsque le mercenaire Attia ben Samora aperçut un nuage de fumée s'élever à Salasala, du côté du palais, il n'en crut pas ses yeux.

Faute de réponse à ses propres signaux, des semaines plus tôt, il avait pensé son frère mort ou capturé. Il avait alors repris le cours de ces activités.

Mais voilà qu'enfin Eljad se manifestait ! Il était donc sorti ! Il fallait le rejoindre au plus vite.

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En fin d'après-midi, une ultime courbe du Tiwawa révéla enfin les murailles rouges de Huastahuan.

« Ça y est, nous y voilà ! » s'exclama Olfiyûr Ruisseau d'Argent.

Il donna un vigoureux coup de rame et adressa un sourire au reste de la pirogue. Fuzal était tellement content lui aussi qu'il le lui rendit, et qu'il ne put l'effacer de son visage malgré ses efforts pour calmer son excitation.

Il n'avait qu'une hâte, descendre enfin à terre. Il n'en pouvait plus de l'immobilité et de la promiscuité avec les cinq adultes, de l'odeur aigre de leur transpiration et de leurs conversations compliquées. Il n'avait en particulier pas osé lever les yeux sur Shand-Zang après celle qu'il avait surprise la nuit précédente. L'homme était dans un de ses plus mauvais jours, ceux où sa bouche souriait tandis que ses yeux assassinaient. Fuzal avait craint plus que tout d'attirer son attention et de se trahir. Quant à Nicia, elle ne manifestait elle aucune émotion particulière, comme si rien ne s'était passé.

L'animation autour d'eux apportait une distraction bienvenue. De nombreuses embarcations descendaient elles aussi vers la ville, une solide jonque en particulier attirait l'attention. Elle se frayait passage à grand bruit, au son d'un cor et aux cris de l'équipage. Les uniformes grouillaient de toute part, dans une ambiance électrique qui contrastait avec le calme du voyage. Fuzal sourit encore plus largement, heureux de retrouver la civilisation et le tourbillon des préoccupations humaines.

Emportée par le flux, la pirogue glissait inexorablement vers les portes de Huastahuan. Fuzal leva des yeux impressionnés vers les arches énormes, aux fondations épaisses et aux sommets effilés. La façon dont elles s'entrecroisaient lui semblait extraordinaire, il se demandait comment des hommes avaient pu bâtir cet ouvrage colossal. Une tête de piranha sculptée projetait l'ombre de ses dents sur les flots troubles. Fuzal frissonna alors qu'ils passaient par-dessus, il avait presque l'impression de se faire engloutir.

« Il faut récupérer un laissez-passez et payer l'entrée, énonça Nicia qui ne pouvait pas rester silencieuse bien longtemps.

- Ce n'est pas la peine, coupa Shand-Zang. Je connais certains des gardes, ils me laissent toujours entrer sans problème. Déposez-moi sur la berge et attendez-moi. »

Olfiyûr Ruisseau d'Argent louvoya entre quelques felouques qui les séparaient de la terre ferme. Un poste de contrôle se dressait au pied de la première arche, et un escalier permettait d'y accéder depuis le fleuve. Olfiyûr stoppa la pirogue près de la berge abrupte. Shand-Zang secoua sa tunique sale et froissée avec une mimique contrariée, sans parvenir à la rendre plus présentable. Il finit par renoncer et s'engagea sur les marches boueuses. L'embarcation s'allégea soudainement de son poids. Fuzal en profita pour étendre ses jambes et s'absorba dans la contemplation des allées et venues.

Shand-Zang ne revint qu'au bout de longues minutes. Un air préoccupé fronçait ses sourcils. Il se rassit et tendit à Olfiyûr un petit piranha en bois.

« Voilà le laissez-passez. J'ai dit à mon ami qu'on ne restait pas longtemps ici, il m'a dit de le garder. Inutile de le rendre à la troisième porte.

Complainte d'une fresque oubliée Des histoires addictives. Découvrez maintenant