Nilani Rire de Lame redescendit avec agilité du roc sur lequel elle avait pris position, en s'aidant d'une racine et de quelques fissures.
" Alors ? questionna Olfiyûr Ruisseau d'Argent, de son cheval debout tout près.
- C'est bon, ils arrivent ! lança-t-elle avec un accent victorieux. Ils sont cinq cavaliers, pas plus. "
Un sourire de requin découvrit les dents d'Olfiyûr.
" C'est tout ? Je m'attendais à plus ! Nous n'allons en faire qu'une bouchée !
- Il vont arriver en suivant le lit de la rivière, postons-nous autour de façon stratégique, conseilla Nicia.
- C'est bon, l'ancienne, grinça Shand-Zang. On sait tendre des embuscades.
- Silence, coupa Olfiyûr. Mettons-nous en place, et vite. "
Sous ses directives, le Chasseur grimpa sur le rocher d'où Nilani avait guetté un instant plus tôt.
" Attention qu'on ne te voie pas surtout ! "
Le guerrier le rassura d'un petit mouvement de sa sarbacane. Pressé contre la grosse pierre, il ressemblait à un gecko se dorant au soleil. Fuzal admira sa force et son stoïcisme dans cette position inconfortable. Shand-Zang le Fléau des Farles se dissimula quant à lui dans un arbre, de l'autre côté de la rivière asséchée. Les cibles seraient largement à portée de son arbalète, assura-t-il. Olfiyûr revint ensuite vers les deux femmes.
" Nous, nous allons rester ici, derrière les rochers. Nous interviendrons au moment propice. "
Nilani, revenue auprès de son cheval, mit un pied dans l'étrier pour se remettre en selle. Le regard d'Olfiyûr tomba sur Fuzal qui s'y trouvait juché, en compagnie de la perruche violette.
" Par contre ce gamin va encore nous encombrer ! s'exclama-t-il. Descends, Fizial. Va te cacher derrière ces buissons là-bas. Surtout ne fais pas de bruit ! Ne bouge pas ! Une seule erreur peut nous trahir, attention ! C'est du sérieux, tu comprends ! Je ne veux ni te voir ni t'entendre ! Tu comprends, oui ou non ?
- Ça va, il a compris, ne t'énerve pas ", intervint Nilani.
Elle aida Fuzal à descendre, et il marcha jusqu'à la cachette d'un pas mal assuré. Il s'assit sur la terre sèche, derrière un enchevêtrement de ronces et de branches épineuses aux petites feuilles sombres. Un arbrisseau tout près dispensait un peu d'ombre. Nilani s'assura qu'on ne pouvait pas l'apercevoir en venant d'en face, puis elle retourna à sa monture.
Elle dégaina ensuite son beau katana, dans un son de grelot chantant. La lame plate accrocha le soleil en un éclair impromptu. Olfiyûr Ruisseau d'Argent tira lui aussi son sabre, et Nicia la Couturière au Couteau leva sa hampe au tranchant demi-circulaire. Tous trois s'immobilisèrent ainsi, dans l'attente de l'assaut.
La gorge de Fuzal se noua douloureusement. Il réalisa que tous ses muscles étaient contractés et il ne parvint pas à en détendre une fibre. Tout d'un coup, il avait peur de ce qui allait se passer, des ennemis qui allaient arriver, du sang qui allait couler, des morts qui allaient tomber.
Il passa la main sous sa tunique et serra son poignard pour se rassurer. Pour la première fois depuis son départ de Salasala, il souhaitait ne pas être parti.
Puis ses rêves lui revinrent en mémoire, il tenta d'y puiser du courage mais soudain, le prix à payer pour s'appeler Fauve Féroce ou Tigre Bondissant lui parut bien lourd. Il baissa la tête, honteux d'être faible et d'avoir peur, lui qui s'était toujours pris pour un parangon de bravoure. Au fond de son cœur, il se mit espérer n'importe quel miracle pour que l'affrontement n'ait pas lieu et surtout, ne pas être repéré.
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Complainte d'une fresque oubliée
AdventureUne terre, deux peuples. Un nouvel affrontement se profile entre Sozyès et Farles. Les premiers règnent sur presque tout le continent ; les seconds, venus de par-delà l'océan, entendent le conquérir. S'ensuit une lutte acharnée pour la domination d...
