Un coup de poignard inattendu (II)

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Elle bouscula tout le monde pour s'approcher. Ecodarix l'avait précédée, avantagé par sa haute taille. Il marcha directement sur le renégat et l'empoigna par le bras, avec une force telle que l'homme lâcha un cri.

« Pourquoi as-tu fait ça ? mugit Ecodarix. Parle ! C'est quelqu'un qui t'a commandité ? Qui ? Parle ! Tu travailles pour les Sozyès ? »

Il le secoua sans ménagements.

« Allons, parle ! »

Mais le traître arborait une insolente expression de défi, ses petits yeux noirs étincelaient de provocation. Il fanfaronna :

« J'en avais assez de Raerus, c'est tout. »

Un grondement rageur monta de l'assistance. Que l'on aimât Raerus ou pas, on ne pouvait critiquer ainsi publiquement le gouverneur nommé par l'impératrice et le sénat. Les poings se levèrent et les insultes recommencèrent à pleuvoir.

« Tu seras soumis à la question ! vitupéra Valériane. Tu parleras de toute façon ! »

L'énormité de ce qui venait de se produire l'assourdissait presque, lui embrouillait les pensées. Que se passerait-il si Raerus succombait ? Comment tournerait l'Avant-poste, et qu'adviendrait-il d'elle-même, elle qui ne devait son absolution et sa position qu'à Raerus ?

Un changement dans les cris autour d'elle la ramena à l'instant présent. Il se passait autre chose. Le visage du traître avait changé d'expression, de façon spectaculaire. Ses yeux se révulsaient, son corps se relâchait, comme sous l'effet d'un puissant malaise. Même Ecodarix, le regard soudain étonné, le relâcha par réflexe. L'homme s'écroula alors d'un seul bloc, les jambes agitées de spasmes irréguliers. Tout le monde recula avec stupeur, dans un concert de murmures sidérés.

« C'est le châtiment !

- Il doit y avoir un fantôme ! Il est possédé !

- Mais comment... Nous n'avons pas vu d'éclair tomber ! »

On appela en toute hâte un des druides. Le religieux accourut, écartant les nobles à l'aide de son bâton. Il s'agenouilla à côté du renégat qui ne bougeait plus, la bouche entrouverte et le regard fixe. Le druide l'examina de longues secondes, dans un silence presque total. Soudain, il fit un bond en arrière et s'exclama :

« Venin ! Venin de serpent ! Venin de mamba ! Venin de mamba noir !»

Toute l'assemblée tressaillit, traversée par le même souffle de frayeur. Tous avaient déjà entendu parler du mamba, un des serpents les plus mortels du continent. La peur se propagea telle une flamme le long d'une corde :

« Il y a un mamba !

- Il faut sortir !

- Evacuez la salle ! » brailla le druide.

Ce fut une ruée vers les porte ouvertes, au moment même où le médecin arrivait en courant, chargé d'une sacoche, et accompagné d'un assistant qui portait une caisse en bois aux poignées métalliques.

« Mais qu'est-ce qui se passe ?! » s'exclama le médecin presque submergé par la fuite des conseillers.

Le druide l'attira par le bras vers le fond de la pièce où gisait toujours Raerus, en lui expliquant la situation à grand renfort de gestes et de moulinets du bâton. Le médecin prit les choses en main. Il fit un signe impérieux aux retardataires, parmi lesquels se trouvaient Valériane et ses deux collègues.

« Sortez tous !

- Les soldats vont rester pour chercher le mamba, répondit Méro. Il faut soigner le gouverneur ailleurs !

Complainte d'une fresque oubliée Des histoires addictives. Découvrez maintenant