Le Caïman et la Tarentule

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     « Ilsifa ! Ilsifa, haleta Hoh-Yawao en la rejoignant. Ilsifa !  »

     Il l'attrapa par le bras d'un geste peu amène, la rage lui crispait les poings.

      « Comment as-tu pu te laisser battre par... par Min-Mih ! Et aussi facilement ?!  »

     Abrité derrière eux par une large colonne encore intacte, Mian-Meh fut malgré lui surpris de l'insulte. Bien longtemps qu'il ne l'avait entendue... depuis la mort de son frère.

     Ilsifa se dégagea et reprit son chemin.

      « Il m'a eue par traîtrise, répondit-elle.

    - Quelle abomination que ces moines ! éclata Hoh-Yawao. Ah ! Si l'Unique pouvait nous débarrasser d'eux tous ! Qu'avons-nous besoin de cette affreuse engeance ? Leur méthodes sont déloyales ! Et nous voilà maintenant sous les ordres de l'un d'entre eux !  »

     Ilsifa le coupa d'un petit rire sec.

      « Ne t'inquiète pas. Il ne peut pas nous ordonner grand chose. Son autorité se limite à la lutte contre les Farles, et son petit plan est voué à l'échec. Au final, il sera obligé d'en revenir à ce que nous voulions. (Nouveau rire, sardonique cette fois.) En fait, il me ferait presque pitié... Tous ces efforts pour un projet qui n'aboutira pas !

    - Pourquoi en es-tu si sûre ?   »

     Ilsifa s'arrêta brusquement face à son interlocuteur. Mian-Meh se rabattit derrière la rambarde de l'escalier qu'ils venaient de monter. Les ombres l'enveloppaient et il était peu probable que ses deux collègues, en plein soleil à quelques mètres plus loin, l'aient aperçu.

      « Enfin, Hoh-Yawao ! Dabiang Trois Griffes ! Il parlera !

    - Pas du tout ! Pourquoi le charger ainsi ? C'est notre ami !

    - Pas le mien ! cracha Ilsifa.

    - Tiens donc... souffla Hoh-Yawao d'une voix doucereuse. C'était celui de Marfil, pourtant.

    - Je n'ai rien dit tant que Marfil était en vie. Mais je n'ai jamais pu le supporter. Il m'écœure ! Ne serait-ce que ce qu'il a fait à Jah-Zaxaha...

    - Oh », fit Hoh-Yawao, balayant le sujet d'un geste indifférent.

     Il se remit en marche dans l'allée, vers la gauche. Mian-Meh se redressa et se coula derrière un rang de pilastres en mauvais état, fort heureusement épaissis de lianes. Le nom de Jah-Zaxaha avait ramené dans ses souvenirs un relent âpre. Comme tout le monde, il avait entendu parler de cette cité saccagée par son frère, la nuit de son couronnement.

      « Il s'est rabaissé de façon ignoble, insista Ilsifa. Il était comme une bête, pire, même !

     - Non, mais ! Tu n'étais pas en reste, toi non plus ! rétorqua Hoh-Yawao. (Sa voix s'alourdit d'une note cruelle :) Que n'aurais-tu pas fait pour que Marfil te regarde ?  »

     Ilsifa repoussa la pique d'un mouvement de tête agacé.

      « Ce n'était rien comparé à Dabiang ! Tu l'as vu, oui ou non, avec ces petites filles, quand nous en étions vers le quartier du...

    - Ilsifa ! C'était il y a des années ! Pourquoi ressortir ça maintenant ? Je sais... C'est ce religieux que tu as pris pour grand prêtre, ce vieux borgne, qui te monte la tête ces dernières années ! Tu crois que je ne te vois pas changer ? Tu ne fréquentes plus tes vieux amis, tu ne viens plus à mes fêtes... Tu n'organises presque plus de razzias contre les peuples du désert...

Complainte d'une fresque oubliée Des histoires addictives. Découvrez maintenant