Il faut que je me lave les cheveux, songea machinalement Valériane.
Elle passa une nouvelle fois la main dans sa chevelure à la couleur indistincte, mélange sombre de châtain et de roux. Elle grimaça en la sentant grasse, et ramena par-dessus sa capuche. Elle avait revêtu les vêtements noirs qu'elle affectionnait lorsqu'elle était mercenaire, et qu'elle ne portait plus guère à la cour. Raerus lui avait clairement fait comprendre que l'uniforme y était de rigueur, mais il n'était pour l'instant pas en état de lui reprocher quoi que ce soit.
La porte de ses appartements demeurait aussi close que celle d'une prison. Valériane fixa le double battant noir aux moulures dorées, les poignées en ivoire sculpté. Elle attendait la sortie d'un druide pour demander des nouvelles.
Mais les minutes s'étiraient avec une lenteur insupportable. Elle s'éloigna de quelques pas, jusqu'au bout de la galerie. Là, un arc en appui sur des sculptures de guerriers casqués marquait l'entrée d'un petit jardin. Les flambeaux accrochés de part et d'autres jetaient une lueur vacillante sur les ténèbres végétales. Valériane leva les yeux vers le ciel noir.
Les thermes sont fermées à cette heure. J'irais demain...
Un claquement derrière elle la fit volter sur ses talons. La robe chatoyante aux motifs floraux d'un druide s'extrayait lentement des portes noir et or. Valériane se hâta à sa rencontre.
« Mon étoile ! Mon étoile, attendez. »
Il se retourna avec un soupir fatigué. Valériane nota ses cernes et son teint blafard, sous ses mèches décolorées qui retombaient autour de son visage comme les branches d'un saule.
« Général Valériane, grommela-t-il. Vous êtes encore là ? Le gouverneur se rétablit tout doucement... je vous ai déjà dit qu'il vivrait, cessez de vous inquiéter.
- Mais quand pourra-t-il revenir aux affaires ? s'enquit-elle. Ça fait plus d'un mois maintenant, la délégation impériale est sur le point de repartir pour l'Empire. »
Sauf bien sûr cet abruti d'Écodarix et son adjoint Ilinos ! compléta-t-elle en pensée.
Quelques autres personnalités demeureraient également dans l'Avant-poste, mais Valériane aurait presque préféré que tous restent pourvu que les deux premiers partent. Le druide l'observait avec lassitude.
« Eh bien si toutes les taxes sont prélevées, ils peuvent partir, peu importe la présence ou l'absence du gouverneur. Vous vous faites trop de souci, mon enfant. »
Valériane ravala une réplique mordante. Les druides lui donnaient toujours l'impression de la prendre de haut, comme si elle n'était qu'une gamine trop agitée. Mais elle contint son agacement car elle avait une question cruciale à poser.
« Mon étoile, susurra-t-elle en baissant la voix. Le poison qui imprégnait le poignard jeté sur le gouverneur... a-t-il été identifié ? »
Le religieux parut hésiter avant de répondre.
« Oui, lâcha-t-il finalement sur un ton prudent.
- De quel genre était-il ? Mortel, peut-être en fonction de la dose... ? »
A nouveau, le druide sembla peser ses mots.
« Non, pas mortel.
- Pas mortel, c'est-à-dire qu'il a juste aggravé l'état du gouverneur, c'est ça ? » conclut Valériane d'une voix acérée.
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Complainte d'une fresque oubliée
AdventureUne terre, deux peuples. Un nouvel affrontement se profile entre Sozyès et Farles. Les premiers règnent sur presque tout le continent ; les seconds, venus de par-delà l'océan, entendent le conquérir. S'ensuit une lutte acharnée pour la domination d...
