Raerus ne se laissa pas impressionner par le sous-entendu, ni par le rictus cruel.
« Je sais ce que l'on raconte sur vos prisons. Mais notre but n'est pas de pousser les prisonniers à la folie. Nous voulons qu'ils gardent espoir... Nous recherchons l'efficacité.
- Mais vous n'y parvenez pas, énonça Dabiang. Dis-moi, sorcier aux yeux clairs... Quand tu as tué ta femme, c'était par devant ou par derrière ? »
Par derrière.
La question avait tant pris Raerus au dépourvu que la réponse faillit lui échapper. Il se reprit juste à temps, raidi, la voix froide :
« Je n'ai pas tué ma femme. Elle va très bien et porte actuellement notre enfant. »
Dabiang Trois Griffes lâcha un rire entrecoupé de grimaces de douleur.
« Je parlais de ta première femme, Saterus Raerus. Mais ce n'est pas grave... j'ai vu la réponse dans tes yeux. »
Une quinte de toux lui secoua la poitrine, il en émergea le souffle sifflant. Ses petits yeux cependant conservaient leur éclat inquisiteur. Il se radossa, l'air satisfait.
« Rien de tel qu'une prison pour entendre toutes les rumeurs... (Son regard perfide alterna de Raerus à Valériane.) Il y en a une, entre autres, qui prétend que vous êtes tous les deux très proches... Tu comprends ce que je veux dire. »
Raerus fronça les sourcils, agacé de l'insinuation. Qui pouvait colporter une aberration de ce genre ? Certes, il passait beaucoup de temps avec Valériane, souvent en tête à tête, mais elle était sa principale collaboratrice, son bras droit... Jamais il n'aurait pensé à elle d'une autre façon. Il n'aurait pas pu supporter son caractère affirmé et son assurance dans sa sphère intime. Mais bien évidemment, il se trouvait des sots pour y croire. Raerus resserra le poing. Ces racontars étaient-ils parvenus aux oreilles de Rosalina ? Elle n'en avait jamais rien manifesté. Mais pour avoir expérimenté les affres de la tromperie, Raerus espéra qu'elle ne passait pas son temps à se tourmenter.
Je lui en parlerai. Que ce soit clair entre nous.
Face à lui, Dabiang le scrutait avec intensité, comme s'il suivait le cheminement de ses pensées. Raerus songea qu'il était temps de reprendre la situation en main. Même emprisonné, torturé, enchaîné, cet homme gardait des ressources et savait en user. Raerus eut la vague vision d'un de ces dangereux serpents qui règnent dans les ombres, dans les marécages moites et les forêts obscures. Comment devait-il être naguère, lorsqu'il était libre, puissant et respecté ? Le serpent enfla à devenir monstrueux. Raerus secoua la tête. Il ne se laisserait pas pousser à la colère. Il décrispa les doigts.
« Entendre la rumeur est une chose, Dabiang Trois Griffes. Mais s'assurer de sa véracité est plus important. Un homme de ton expérience croit-il ainsi tout ce qu'on lui raconte ? »
Le prisonnier tourna une nouvelle fois la tête vers Valériane. Un rire moqueur glissa entre ses lèvres sèches.
« Oh... Non, bien sûr. Je sais que c'est faux. Ce n'est pas possible... Elle ne sait pas dans quel sens on écarte les cuisses, celle-là. »
Valériane remua près de la grille, le fourreau de son épée heurta les barreaux avec un claquement métallique. Raerus lui fit signe de demeurer silencieuse, et le sourire de Dabiang s'élargit.
« C'est cela, vieille femelle, tais-toi. Je t'ai trop entendue... Je savais bien que tu finirais par ravaler ta langue.
- Dabiang Trois Griffes, intervint Raerus. Chef de la sécurité de la région Nord depuis plus de vingt ans... j'imagine que tu devais exceller dans ton travail. »
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Complainte d'une fresque oubliée
AdventureUne terre, deux peuples. Un nouvel affrontement se profile entre Sozyès et Farles. Les premiers règnent sur presque tout le continent ; les seconds, venus de par-delà l'océan, entendent le conquérir. S'ensuit une lutte acharnée pour la domination d...
