Debout sur un rempart, à l'ombre d'une énorme cascade de feuilles vertes accrochée aux pierres, le poète Eljad ben Samora contemplait le palais de Salasala élevé tout autour de lui.
Cela faisait trois jours qu'il s'y trouvait, ou plus exactement qu'il y errait, perdu. Les Sozyès semblaient n'avoir ni sens de la symétrie ni organisation logique. Il n'y avait pas d'étages à proprement parler, les pièces et les cours paraissaient construites chacune à son propre niveau, le tout relié par une multitude d'escaliers, d'échelles de cordes et de ponts suspendus. L'édifice semblait en fait n'être qu'un assemblage de structures diverses agrégées sur la colline, dont la roche affleurait par endroits. Certains couloirs même traversaient le roc de part en part, à la grande perplexité d'Eljad. Les jardins et les plantes, innombrables, augmentaient son trouble. Ils lui donnaient l'illusion d'être sorti sans s'en rendre compte, alors qu'il ne s'enfonçait que davantage dans le dédale.
Juché sur ce chemin de ronde, il se rendait compte de la démesure de l'endroit. Le soleil de la matinée en éclairait une partie et en laissait l'autre dans l'ombre, comme sur les versants des montagnes.
Un sourire léger flottait sur les lèvres d'Eljad et il murmura quelques vers, impressionné par le travail colossal qu'avait dû exiger une telle construction. Réjouit de son éloquence, il faillit ne pas remarquer deux soldats qui approchaient en devisant. Son cœur s'affola. Même s'il portait un uniforme similaire, il avait compris, au fil des conversations espionnées, que son stratagème pour entrer dans le palais avait été éventé et qu'on le recherchait activement.
Il recula très vite dans l'amas de feuilles émeraude et se plaqua au rempart, son javelot contre lui. Les deux gardes arrivaient. Eljad retint son souffle, ferma les yeux et se concentra sur leur paroles.
« ... toujours pas, c'est pas bon pour nous ! Le Moine Mystérieux n'est pas content du tout, tu imagines ! J'ai peur qu'il s'énerve, tu sais comment ils sont, dans cette famille...
- Oui... acquiesça l'autre en baissant la voix. D'ailleurs qu'est-ce qui est arrivé au responsable des portes ? Il a disparu... Il paraît qu'il a été tué par l'éléphant, tu sais... la fête des Ancêtres... Mais comment c'est possible ? »
Les soldats passaient au niveau d'Eljad. Il distinguait parfaitement leurs murmures.
« Ça doit être lié à ce garde que nous recherchons.
- Mais comment le retrouver alors que nous savons à peine à quoi il ressemble ? En plus on m'a dit qu'il a peut-être changé de costume ? C'est impossible !
- Crois-moi, ça pue, cette histoire, plus que de la diarrhée de phacochère. »
Eljad n'en entendit pas plus ; les deux hommes s'éloignaient. Il fixaa leurs dos tournés avec un sourire rusé et sinistre.
Vous n'avez encore rien vu... Vous allez mourir. Vous allez tous mourir.
□
Quelques heures plus tard, après de nouvelles déambulations, il se retrouva dans une salle étrange, vaste, de forme ovoïde. Un entrelas de chemins tenait lieu de sol, au-dessus d'un bassin d'eau de rose. Les vapeurs capiteuses du parfum lui firent tourner la tête. Il allait s'en retourner quand il aperçut, au fond de la pièce, une table où trônait une coupe de fruits et un grand pichet décoré. Son cœur s'accéléra. C'était ce qu'il cherchait.
D'un pas rapide, il s'élança sur le chemin. En s'introduisant dans ce palais, il s'était imaginé devoir ensuite infiltrer les cuisines, mais les Sozyès lui avaient facilité la tâche. Il laissaient de la nourriture en évidence dans de nombreuses pièces, assez pour que le premier venu puisse se rassasier. Ça allait leur coûter cher.
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Complainte d'une fresque oubliée
AdventureUne terre, deux peuples. Un nouvel affrontement se profile entre Sozyès et Farles. Les premiers règnent sur presque tout le continent ; les seconds, venus de par-delà l'océan, entendent le conquérir. S'ensuit une lutte acharnée pour la domination d...
