Mais une fois en haut, il oublia ses questionnements. Une foule pittoresque s'agitait, une foule de Farles. Fuzal n'en avait jamais vu autant. Les interjections montaient autour de lui en un brouhaha qu'il peinait à comprendre, même s'il avait étudié leur langue. Toges, tuniques ajustées, sandales montantes, beaucoup de cheveux et de yeux clairs. Un mélange d'odeurs saturait l'air, pavé sale, poisson, mais aussi grillade, et le ventre de Fuzal grogna.
Cependant Olfiyûr l'entraînait plus loin, la tête baissée.
« Marche ! N'attire pas l'attention ! »
Ils suivirent le mouvement qui amenait au port. Fuzal scruta avec intérêt les formes des galères, les toiles marquées de grands pigeons, et il remarqua aussi une énorme statue de cet animal du côté opposé, celui qui menait à la ville et à ses bâtiments aux toits rouges.
Puis son regard fut attiré par un officier farle en tenue complète. Sa cuirasse noire affichait plusieurs décorations, et des épaulettes qui l'élargissaient tombait une cape beige. Un casque noir à nasal et protège-joues enveloppait sa tête. Un long cimier clair augmentait sa taille déjà respectable.
Impressionné, Fuzal avait ralenti l'allure.
« Mais qu'est-ce qui te prend ? » siffla Olfiyûr en manquant trébucher.
Son regard suivit machinalement celui de Fuzal, et ses doigts s'enfoncent dans son épaule comme autant de clous. Fuzal ne put retenir un cri. Il leva les yeux vers Olfiyûr qui s'était arrêté net, interdit.
« Dabiang...?! »
Impressionné par l'officier farle, Fuzal n'avait pas prêté attention au petit homme qui trottinait à côté. Il le reconnut à son tour, majoritairement à sa démarche furtive, à sa façon de tourner continuellement la tête à droite et à gauche pour surveiller les alentours. Celui-là avait travaillé pour son père, aussi loin que Fuzal s'en souvienne. Son nom avait inspiré la peur dans toute la région Nord.
« Mais qu'est-ce qu'il fait là ? » souffla Olfiyûr en se ratatinant derrière le cortège d'esclaves d'un Farle opulent.
Dabiang Trois Griffes portait un sac à l'épaule et allait visiblement avec l'officier farle. Tous deux marchaient vers les pontons d'embarquement.
Olfiyûr tira sur l'épaule de Fuzal pour leur emboîter le pas, en marmonnant des injures. La petite silhouette de Dabiang se serait facilement perdue dans la foule, mais le panache de l'officier, lui, se démarquait clairement. Il les mena jusqu'à un petit bateau amarré, où les deux hommes se séparèrent. Le Farle fit demi-tour, tandis que Dabiang prenait pied sur le pont. Il échangea quelques mots avec un Farle sur le pont, et disparut à l'intérieur du navire.
« Mais à quoi joue-t-il ? fulminait Olfiyûr. Il est libre ? Il est passé du côté des Farles ?! Le traître ! Le vicieux... Je n'aurais pas cru à ce point... Mais... Viens, Fuzal ! »
Et à son tour, il se dirigea vers le bateau. Fuzal courba le dos, effrayé. Ils quittaient la protection de la foule anonyme pour s'engager sur la jetée.
« Fais comme si de rien n'était ! » chuchota Olfiyûr.
Ils marchaient vite et avant même d'être interpellés, ils étaient à leur tour sur le bateau. L'animation régnait sur le pont, quelques regards se tournèrent vers eux, mais déjà Olfiyûr franchissait l'écoutille. Fuzal le suivit sur l'échelle en bois.
En bas, la coursive paraissait obscure, mais les yeux de Fuzal s'y habituèrent rapidement. Des rayons filtraient par des planches disjointes du pont. Malgré sa jambe douloureuse, Olfiyûr se hâtait.
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Complainte d'une fresque oubliée
AventuraUne terre, deux peuples. Un nouvel affrontement se profile entre Sozyès et Farles. Les premiers règnent sur presque tout le continent ; les seconds, venus de par-delà l'océan, entendent le conquérir. S'ensuit une lutte acharnée pour la domination d...
