Rémus n'aurait su dire ce qui l'avait réveillé. Le froid, un hennissement plus fort de sa jument, ou tout simplement l'instinct de survie.
Il tira à lui sa couverture pour la ramener sur son épaule, la fatigue refermant déjà ses paupières mi-closes. Il sombrait à nouveau dans une torpeur irrépressible, quand une constatation s'imposa dans son esprit.
Le camp était plongé dans l'obscurité. Or les trois feux maintenaient normalement une clarté sécurisante.
Il se redressa sur un coude, alarmé, les yeux grands ouverts. Du foyer le plus proche ne subsistaient plus que quelques lueurs rouges. Les ténèbres engloutissaient les alentours secoués d'échos indéfinissables, qui retentissaient comme autant de menaces. Les chevaux attachés au baobab hennissaient et piaffaient bruyamment.
Mais qu'est-ce que...
Rémus rejeta sa couverture et se précipita. A quatre pattes près des braises mourantes, il tâtonna à la recherche d'une branche épaisse pour les retourner.
« Paix, Fissure ! lança-t-il à sa jument qui renaclait à grand bruit. Paix ! »
Il tourna la tête vers elle par réflexe. Ses yeux accrochèrent alors une paire d'yeux jaunes de l'autre côté du foyer. Il resta figé une seconde, la tête levée, fasciné. Quel créature pouvait être aussi grande, et posséder ces yeux ronds aux palpitations féroces ?
Presque maladroit dans sa précipitation, Rémus enfouit la grosse branche dans les cendres chaudes. Il les remua en s'efforçant d'opérer avec délicatesse, même si l'urgence pulsait dans son sang à chaque battement cardiaque. Il s'allongea sur le ventre et souffla sur les braises. Sa main rafla une poignée d'herbes sèches et les jeta par-dessus.
Mais pourquoi ça ne prend pas, pourquoi ça ne prend pas, allez !
« Les gars ! cria-t-il en tournant brièvement la tête. Les gars, debout ! Debout ! Danger ! »
Il vit du coin de l'œil que les yeux jaunes reculaient brusquement, comme surpris par ses exclamations. Il en profita pour attiser à nouveau le feu, et y enfouir quelques brindilles. Des flammèches surgirent aussitôt, voraces, et il recula précipitamment son visage. Une odeur de poils brûlés se répandit néanmoins et il frotta sa barbe avec vigueur.
Manquerait plus que ça prenne feu !
« Rémus ! fit derrière lui la voix ensommeillée d'Antémis. Qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne sais pas, rallumez les feux ! » tonna-t-il.
Il se redressa un peu, genoux pliés, et entreprit de nourrir les flammes.
Un grondement sourd et caverneux, tout proche, le fit sursauter. Le faible halo de lumière éclairait désormais la créature aux yeux d'ambre. Des pattes plus larges que des mains humaines, un pelage d'or, un poitrail large, une crinière épaisse et flamboyante, une tête lourde, massive comme un roc, et des yeux à la fixité indéchiffrable.
Un lion.
Rémus en avait déjà croisé au cours du voyage, mais pas d'aussi près. Celui-là se tenait à peine à un mètre. Rémus se sentit paralysé devant sa taille et sa puissance. Comme il était toujours assis, le lion le dominait de toute sa stature. D'un bond, d'un pas même, d'un simple coup de patte, il pouvait l'écarter de son passage. Et l'écarter de la vie.
Tout à coup, Rémus vit arriver derrière lui une soudaine clarté, et Tigris surgit à ses côtés en brandissant une branche enflammée. Le lion recula avec un feulement rauque. Sa longue silhouette trapue se fondit dans les ombres.
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Complainte d'une fresque oubliée
AdventureUne terre, deux peuples. Un nouvel affrontement se profile entre Sozyès et Farles. Les premiers règnent sur presque tout le continent ; les seconds, venus de par-delà l'océan, entendent le conquérir. S'ensuit une lutte acharnée pour la domination d...
