chapitre 31 : quand l'amour fait mal

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Marjorie expira douloureusement quand elle entendit la voiture de Jonathan s'éloigner loin de la propriété de Flynn.

La solitude l'envahit. Violente et pernicieuse. Si elle s'écoutait, elle courrait après lui et lui demanderait de rester, le temps d'apaiser ses douleurs. Mais comme elles primaient sur le reste de ses sentiments, Marjorie s'abstint et tût son cœur qui quémandait la présence de son fiancé.

— Tu tiens le coup ?

Russel pénétra dans sa chambre, soucieux de connaître son état. Après cette visite impromptue, il avait deviné que son humeur ne devait pas être au beau fixe.

Marjorie serra son oreiller contre sa poitrine et émit un faible gémissement en guise de réponse avant d'agiter frénétiquement la tête.

— J'aurais préféré ne pas le voir. Pourquoi t'as rien fait ?

— Il me semble que vous aviez des choses à vous dire et puis je me suis assez mêlé de ta vie comme ça, tu ne crois pas ?

— Pourquoi t'es là dans ce cas ? Qu'est-ce que tu fous encore ici ? Fiche le camp !

— Ok ! concéda-t-il dans un soupir.

Russel tourna les talons, mais à peine eut-il empoigné la poignée de la porte que sa voix cassée se fit entendre, l'interdisant de faire un pas de plus.

— Russel ! T'en vas pas s'il te plaît. Je suis désolé, je... je ne voulais pas dire ça. Reste !

— T'es pas lucide.

— Non, je... je ne veux pas me retrouver toute seule.

Il se tourna vers elle et, impuissant, laissa retomber ses bras le long de son corps en agitant faiblement la tête, nullement emballé à l'idée de rester dans cette chambre avec elle.

— C'est pas une bonne idée !

— Je t'en prie. Au moins jusqu'à ce que je m'endorme.

Énième soupir de sa part. Russel se gratta l'arrière du crâne, réellement embêté. À elle, il ne savait pas et ne saurait lui dire non, surtout pas quand elle se trouvait être au plus mal comme maintenant.

Il finit par accepter de rester au plus grand soulagement de Marjorie qui se plaça à l'extrémité du lit, l'invitant muettement à venir la rejoindre.

Là encore, il se montra réticent.

— J'avais prévu de... d'attendre dans le salon.

L'air craintif qu'il afficha la fit sourire. Marjorie chassa loin de son visage, ses larmes qui s'entêtaient de lui mouiller les joues.

— On dirait que t'as plus peur de moi, que moi de toi ! Je ne vais pas te manger si c'est ce qui t'effraie.

— Au risque de me répéter, c'est pas une bonne idée Marjorie !

— Enfin... tu le dis enfin mon prénom ! Depuis ce matin, t'osais pas.

Russel expira bruyamment. Il sentait qu'il était sur le point de craquer.

— Te fais pas prier et reste. Je ne veux pas penser à lui. Ça me rend malade.

Il céda. Les appels à l'aide qu'elle lui lançait à travers son regard bleu océan le dissuadèrent de la laisser toute seule.

Russel se glissa à ses côtés, tendu et crispé d'une façon qu'il n'imaginait pas possible.
Le dos droit comme un i, il tendit ses jambes devant lui et retint son souffle lorsqu'elle s'agita à ses côtés. Le "merci" inaudible qu'elle souffla dans un murmure fit battre son cœur à toute allure dans sa poitrine. Ce schéma était surréaliste.

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