— Qui c'était ? s'enquit Jonathan lorsqu'il l'entendit passer derrière lui en trombe après qu'elle eût presque claqué la porte d'entrée.
— Personne ! Sûrement des gamins qui s'amusent à sonner ! lâcha Marjorie sur la défensive, un brin nerveuse.
Jonathan fronça les sourcils. Sa petite voix ne passa pas inaperçu, encore moins les légers tremblements qu'il perçut comme le signe d'un sanglot sur le point d'éclater.
— T'es sûre ? insista-t-il tout de même, déconcerté par son humeur changeante.
Marjorie marmonna faiblement un bref "hum hum" sans s'attarder davantage et s'enferma à double tour dans sa chambre, loin des yeux et des oreilles de son fiancé qui, à en juger par la perplexité qui brillait dans ses yeux, commençait à se poser des questions. Quelque chose en elle avait éclaté à grand fracas, l'avait plongé dans une atroce peur et tout ce qu'elle souhaitait c'était pouvoir extérioriser le trop-plein d'émotions qui l'étouffait, lui enserrait douloureusement le cœur, l'asphyxiant à un tel point où elle ne fut plus à même de respirer correctement.
La respiration chaotique, elle se jeta sur sa penderie et sortit avec dégoût tous ses vêtements, à la recherche de ladite robe rouge citée par son admirateur secret en guise de prélude à la petite surprise qu'il lui réservait. Une surprise qu'elle n'était pas pressé de découvrir. Dès qu'elle eût sa robe en main, Marjorie attrapa les ciseaux posés sur sa coiffeuse et mit sa robe en pièce avant de craquer littéralement et d'exploser en sanglot, pleine de rage.
Elle porta ses mains à sa bouche pour étouffer le bruit de ses sanglots, aux prises avec ses souvenirs embrumés qui émergèrent en même temps que ses peurs. Ils affluèrent en masse, se répandant tel un virus dans sa tête. Marjorie se prit le crâne entre les mains, exténuée d'avoir à le subir, à voir tous ces bouts d'images flotter dans sa mémoire, sans jamais parler. C'était comme regarder un film dénué de sons à travers l'écran fissurée d'une télévision observée à travers les stores d'une fenêtre. Elle n'y comprenait rien.
— Marjorie ! appela Jonathan définitivement inquiet. Pourquoi tu t'es enfermé ?
Sa voix grave ne manqua pas de l'effrayer. Marjorie sécha ses larmes du revers de la main et s'empressa de ramasser les lambeaux de sa robe rouge. Le cœur prit dans un étau, elle s'en débarrassa dans la poubelle de la salle de bain, pas prête à lui montrer ce que cet ignoble personnage la poussait à commettre. Elle se rendit compte trop tard qu'elle était en train de lui mentir sur un sujet extrêmement sérieux et dangereux. Tout ça parce qu'elle refusait d'admettre cette sordide vérité qui était sa réalité. Marjorie voulait encore croire que son stalker l'avait oublié après s'être amusé à lui flanquer la trouille de sa vie, mais tout, absolument tout ce qu'il se passait aujourd'hui lui prouvait le contraire, à commencer par l'enveloppe posée sur son lit. Elle n'avait aucune envie de découvrir ce qu'elle cachait. D'autant plus que son instinct lui murmurait que ça ne lui plairait pas. Marjorie le sentit au fond d'elle, que ça avait tout à voir avec la nuit cauchemardesque qu'elle avait passé au côté de l'expéditeur de cette lettre morbide. Un truc malsain l'attendait.
Les coups donnés avec force contre la porte la sortirent de son état second, la ramenant entre les quatre murs de sa chambre.
— Ouvre la porte Marjorie !
Les larmes aux yeux, Marjorie s'abstint d'aller lui ouvrir même si elle en mourrait cruellement d'envie juste pour aller se jeter dans ses bras. Elle ne voulait pas qu'il la voit dans cet état déplorable, terrorisée et incapable d'agir en conséquence.
— Je... je vais bien. J'ai juste besoin de... de respirer un peu Jonathan !
— Ta voix est bizarre ! Tu pleure ? T'es en train de pleurer Marjorie ? constata-t-il de plus en plus inquiet. Qu'est-ce qui se passe ?
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Jonathan
RomansaTOME 2 de Marjorie Deux ans ont passé depuis que Jonathan est parti de chez lui sans accorder un seul regard à la seule femme qui n'ait jamais vraiment compté dans sa vie. Blessé, il a coupé les ponts avec ses proches et ne vit plus que pour son tr...
