— Désolé, je ne peux pas !
Jonathan la repoussa gentiment après un bref baiser qu'il colla sur sa joue, et sans lui accorder un regard, il quitta la pièce.
Ahurie, Marjorie peina à croire qu'il venait tout bonnement de l'abandonner sans aucune explication valable. La plus plausible résidait dans le fait qu'il n'avait juste pas envie de faire ressurgir ses traumatismes à travers le sexe. Jonathan avait encore moins envie de lui rappeler Logan, ou l'étranger qui s'était introduit dans son appartement.
Les bras autour de son corps, elle se laissa mollement tomber sur le canapé, sur le point de fondre en larme quand un bruit de verre cassé lui parvint. Marjorie sursauta et fut tentée de prendre la fuite afin de retrouver Jonathan, mais elle stoppa net son élan quand elle réalisa qu'il ne s'agissait de personne d'autre que de lui. Elle l'avait entendu jurer.
Elle courut le rejoindre dans la cuisine où des morceaux de verre brisé jonchaient le carrelage. L'odeur du whisky ne tarda pas à envahir la pièce et à chatouiller ses narines. Marjorie croisa les bras sous sa poitrine, sans trop savoir comment réagir. Au fond d'elle une guerre sans merci venait littéralement d'éclater. Confuse, elle ignorait si elle pouvait le blâmer de se tourner vers l'alcool ou si elle devait laisser passer cet écart puisque d'une certaine façon, elle l'y avait poussé. Cette idée saugrenue germa dans son esprit comme s'il s'agissait d'une évidence. Elle ne put s'empêcher de penser que c'était de sa faute s'il se trouvait aussi mal.
Lui comme elle avait besoin d'oublier l'homme qui s'immiscait vicieusement dans leur intimité mais peut-être pas de la même façon. Plus les questions fusaient dans sa tête et plus ça partait en couille. Marjorie se trouva encore plus dégoûtante, plus répugnante et tellement trop idiote d'avoir pu croire qu'il oublierait juste comme ça, en une fois, en une nuit, après avoir fait l'amour. Cette histoire le bouffait lui autant qu'elle et ce n'était sûrement pas une partie de jambe en l'air qui chasserait tout ce qu'ils ressentaient tous les deux, parce que oui, Jonathan n'était pas insensible à sa douleur. La toucher après ce qu'elle avait enduré était pour lui comme, rouvrir ses blessures, la frapper, la violer et il se détestait de bander en de telles circonstances.
Histoire de faire passer ce poids gros comme un camion et limite oppressant qu'il sentait lui couper la respiration, il avait eu envie de sentir ce liquide ambré lui brûler l'œsophage, embrumer ce sentiment dégueulasse, tuer son excitation... Endormir ses accès de violence sauf que ça avait plutôt tendance à les réamorcer.
Quel con ! Tu vas lui faire du mal si tu continues avec tes conneries ! s'insurgea-t-il quand il la vit baisser les yeux au moment où le gris argenté de ses iris croisait son bleu océan.
Il sut qu'elle était en train de se tenir responsable. Elle se blâmait pour tout ce qui arrivait.
J'aurais jamais dû lui forcer la main après ce qui m'est arrivée. Je nous fais du mal ! T'étonnes pas qu'il veuille faire passer toute cette merde avec un peu de bourbon ! s'admonesta-t-elle en se mordillant l'intérieur de la joue, coupable et honteuse d'avoir voulu faire l'amour avec lui ce soir en dépit de ses nombreux refus. Un geste qui n'échappa pas à Jonathan.
Il réduisit les mètres qui les séparaient et dans un énorme soupir, déposa un long baiser réconfortant sur son front. Giana frémit. Elle ne s'y attendait pas, et qu'il s'excuse encore moins.
— Je suis désolé. Le verre m'a échappé des mains et c'est pas plus mal. Je sais combien tu détestes me voir boire ! J'aurais pas dû.
Mais ce geste rempli d'affection ne suffit pas à dissiper les nombreux doutes qui minaient son cœur endolori. Marjorie était persuadée qu'elle ne lui apporterait que des problèmes. Elle tenta maladroitement de tout prendre sur elle.
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Jonathan
RomansaTOME 2 de Marjorie Deux ans ont passé depuis que Jonathan est parti de chez lui sans accorder un seul regard à la seule femme qui n'ait jamais vraiment compté dans sa vie. Blessé, il a coupé les ponts avec ses proches et ne vit plus que pour son tr...
