chapitre 41 : des émotions douloureuses

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— Alors ? Qu'est-ce qu'elle a dit ?

Marjorie se leva prestement de son banc quand elle vit Jonathan revenir du bureau de l'enquêtrice en charge de son affaire. La mine contrite qu'il afficha lui fit redouter la possibilité qu'il ne puisse pas avoir de bonnes nouvelles à lui annoncer. Tout dans sa gestuelle indiquait que son entrevue avec l'agent Véronica, la petite femme qui avait su contenir les agissements grossiers de son vicieux collègue, ne s'était pas bien déroulée. Sa présence au côté de Jonathan confirma ses doutes. Elle fit apparition à sa droite, le regard scrutant les alentours comme si elle essayait d'éviter quelqu'un. Son attitude très peu sereine ne tarda pas à mettre Marjorie mal à l'aise. Elle ne mit pas longtemps à comprendre que quelque chose n'allait pas.

— Qu'est-ce qu'il se passe Jonathan ?

— Il ne faut pas que Gavin, mon collègue, vous voit. Suivez moi !

Et parce que Marjorie n'avait pas non plus envie de croiser son collègue, cet homme qui n'avait pas hésité à l'insulter dans son propre appartement, elle suivit Veronica sans poser plus de questions, entraînant Jonathan à sa suite.

Dès qu'ils furent tous installés dans un petit café pas très fréquenté, à l'abri des regards lourds de sens, Marjorie s'autorisa à respirer normalement. Confortablement blottie contre le flanc de son fiancé, elle attendit, la boule au ventre, son café brûlant entre les mains que Veronica daigne enfin leur expliquer ce qui pouvait la mettre dans un tel état d'angoisse. La vidéo l'avait de toute évidence bouleversé. En tant que femme flic, elle se sentait intimement concerné. Tout ce qu'elle souhaitait c'était pouvoir apporter son aide à la rouquine effrayée et constamment sur le qui-vive qu'elle avait en face d'elle. Marjorie l'observait avec honte et n'osait même pas soutenir son regard dès qu'elle croisait le sien. Elle n'y arrivait pas. Pas en sachant les images d'elle qu'elle avait visionné.

Véronica porta sa tasse à ses lèvres, but quelques gorgées de son café noir avant de prendre la parole.

— Je suis désolée, mais... je ne peux pas vous aider.

— Pourquoi ? s'enquit Marjorie prête à fondre en larmes. Vous le voyez sur la vidéo que... je n'étais pas moi-même. Je ne me souviens même pas avoir... enfin vous voyez.

— Je sais ça, mais Gavin a monté tout le poste contre vous. Ce qu'on dit à votre sujet dans le journal n'est pas très flatteur, il s'en sert pour avoir raison et vous fait passer pour... une prostituée qui trompe ouvertement son mari, puisque vous n'êtes pas encore divorcé. Pour tout vous dire, il ne s'implique pas comme il le devrait.

— Alors c'est ça la police ! cracha-t-elle dégoutée. Est-ce qu'on doit avoir peur de vous aussi en plus de tous ces détraqués ?!

— Écoutez Marjorie...

L'air grave, Véronica se pencha au-dessus de la table, les mains jointes devant elle comme si elle s'apprêtait à leur faire une confidence des plus graves.

— Je soupçonne Gavin d'essayer de bâcler l'affaire. Il cherche les mauvais coupables parmi des dealers de drogue qui affluent dans les bas quartiers de la ville.

— Je... je ne comprends pas, bredouilla Jonathan confus, et votre supérieur dans tous ça ? Il est pas sensé faire attention à ce genre de détails ?

Véronica prit une grande inspiration, les larmes au bord des yeux. Un sourire de façade peint sur les lèvres, elle rejeta la tête en arrière pour les refouler. Marjorie fronça les sourcils face à sa nervosité soudaine. Elle semblait on ne peut plus agité et moins bien sereine que la dernière fois qu'elle l'avait rencontré. Elle avait l'impression de connaître ce sentiments d'oppression.

Jonathan Des histoires addictives. Découvrez maintenant