Chapitre 3

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« C'est toujours aussi moche ici. »

Eva était en train de détailler le vestibule dans lequel on la faisait attendre. Le Baron avait élu domicile dans l'étage le plus haut du marché, dans un manoir dissimulé dans la roche dont seules quelques fenêtres et la porte d'entrée ressortaient. Ça et deux imposantes colonnes. Et des gardes postés tous les mètres aussi. Un détail.

Devant la porte par laquelle ils étaient rentrés se tenait l'homme qui l'avait ramenée ici, gardant les yeux rivés sur elle. Elle l'ignorait royalement, préférant observer la décoration douteuse de l'endroit. C'était un mélange de styles assez spécial, des meubles riches autour de meubles plus abîmés et anciens. Il y avait des tapis partout, avec des motifs improbables, des tableaux représentant le Baron sous plusieurs angles, tantôt avec un verre de vin, un cigare ou même une arme. Mais surtout, étaient exposés sur les meubles des objets tous plus étranges les uns des autres.

Elle se pencha devant un globe dans lequel flottait ce qui lui semblait être un œil. Elle espérait seulement qu'il s'agisse d'un œil de verre et non d'un vrai. Quoiqu'elle ne serait pas surprise s'il l'avait arraché d'un ennemi et fièrement affiché ici.

« Sérieusement, le Baron a besoin de conseils en décoration ? Continua-t-elle en se redressant, une grimace figée sur la figure. Comment cet homme peut être aussi influent et avoir des goûts de merde comme ça ? »

Le garde du corps ouvrit la bouche pour lui répondre, visiblement énervé, mais la seconde porte, celle qui donnait sur le bureau, s'ouvrit à la volée sur un autre homme.

« Elle peut rentrer. »

Evangéline fit passer ses longs cheveux bouclés par-dessus son épaule, dans un geste qui se voulait dramatique, et passa devant le garde en collant un air fier sur son visage. Elle n'allait certainement pas se défiler.

Le bureau du Baron était décoré de la même manière que le vestibule, à la différence près que le mur du fond était une paroi en pierre dans laquelle avaient été creusé des trous pour exposer d'autres bizarreries. Et les tableaux du Baron lui-même était plus grand aussi.

Mais le regard d'Eva fut attiré par deux gardes qui faisaient glisser le corps d'un homme inconscient vers une porte dissimulée. Le visage de cet homme était rempli d'hématomes.

« J'imagine qu'il a critiqué ta déco pour finir comme ça ? Lança-t-elle en se tournant vers le Baron. »

Assis sur son imposant siège au dossier incroyablement haut, derrière son bureau, le Baron faisait tourner l'alcool dans son verre en observant attentivement la jeune femme qui se tenait devant lui, un fin sourire sur les lèvres.

Elle avait toujours trouvé cet homme beau, à sa façon. Il était trop vieux pour elle, il aurait pu être son père, mais il avait ce charme dangereux qui pouvait plaire à certaines femmes. Et elle était certaine qu'aucune femme ne refuserait ses avances, mais peut-être serait-ce pour ne pas finir pendue dans le marché, en bas.

« Tu sais que je deviens sensible lorsqu'on parle de mes tapis. »

Eva laissa échapper un rire narquois. Elle l'avait vu tuer un homme de ses propres mains juste parce qu'il avait mit un peu de terre sur son tapis préféré. Tapis sur lequel elle se tenait actuellement.

Le Baron but d'une traite son verre et se leva en retroussant les manches de sa chemise pour contourner son bureau, dévoilant ses bras entièrement tatoués.

« J'ai été surpris d'apprendre que tu traînais dans le marché, fit-il en s'asseyant sur le rebord de son bureau. Ça n'est pas souvent que tu viens ici, et généralement c'est pour y foutre le bordel. »

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