Chapitre 28

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Evangéline n'entendait plus rien, à part cet affreux acouphène qui ne faisait que nourrir cette migraine qui montait. Elle ne sentait plus rien, ne voyait plus rien. Elle eut l'impression de gémir, de douleur peut-être, mais elle n'en était même pas sûre.

Elle lutta pour reprendre ses esprits dans le chaos qui régnait autour d'elle. Son ouïe s'améliora lentement, mais la cacophonie persistante résonnait encore dans ses oreilles. Des éclats de lumière à travers la fumée laissèrent entrevoir un paysage chaotique. Les cris de douleur et les pleurs se mêlaient dans une symphonie discordante.

Elle réussit à bouger un bras, puis une jambe. Elle se mit à tousser, les poumons remplis de poussière et de fumée. Sa vue se précisait assez pour deviner des silhouettes en train de courir pour récupérer les blessés, et les flammes qui s'échappaient du théâtre à présent en ruine. Une horrible odeur de brûlé atteint ses narines, tandis que la chaleur du feu s'intensifiait.

Entourée de gravas, sa mémoire lui revenait lentement. La pièce, le meurtre, la fuite, les deux explosions. Le sang versé a atteint ma coupe. Le Baron.

Elle arriva tant bien que mal à se redresser, tout son corps était engourdi et criait de douleur. Elle gémit, toussa de nouveau. Du sang coulait de son front. Elle resta quelques instants à regarder ces gouttes écarlates tomber et tâcher les pavés poussiéreux.

Un grand fracas et de nouveaux cris lui firent tourner la tête. Une grande partie de la charpente venait de s'écrouler, alimentant les flammes. Des soldats Écarlates tentaient de maîtriser l'incendie et d'apporter les premiers soins, mais la panique était trop grande.

Evangéline s'assit par terre, sa robe déchirée et poisseuse autour d'elle, et regarda le bâtiment s'effondrer peu à peu, ignorant les mouvements autour d'elle. Elle entendait à peine les hurlements de douleur, les pleurs, les ordres. Tout ce qui tournait en boucle dans sa tête était cette fameuse phrase qu'elle avait tant de fois répétée, qui lui avait été transmise par le Baron.

Le sang versé a atteint ma coupe. Cette sentence résonnait dans sa tête comme une malédiction. Elle réalisa que tout cela n'était pas une série d'événements isolés, mais une pièce méticuleusement orchestrée. Ça ne pouvait être un hasard.

Soudain, elle sentit une main familière sur son épaule. Elle sursauta et tourna la tête, en grimaçant. Ses yeux trouvèrent ceux que Landon. Il était couvert de poussière, ses vêtements étaient déchirés, ses cheveux retombaient sur son visage et sa joue était marquée d'une ligne rouge dont du sang s'échappait.

« Evangéline ! Le Dieu du Sang soit loué, tu es en vie. »

Il prit son menton entre ses doigts pour relever son visage et l'observer, une ride d'inquiétude sur son front.

« Tu saignes, constata-t-il.

–Je n'ai pas mal, lui assura-t-elle d'une voix enrouée. Je ne le sens même pas. »

Elle baissa les yeux et ce fut à cet instant qu'elle remarqua que la veste de Landon était imbibée de sang. Eva, Impressionnée par la quantité de sang sur les vêtements de Landon, ouvrit de grands yeux inquiets.

« Landon, tu es blessé ! S'exclama-t-elle, oubliant un instant tout le reste. »

D'instinct, elle appuya ses mains sur son abdomen pour tenter de ralentir l'hémorragie. Il tenta de dissimuler une grimace, sans grand succès.

« Il faut trouver un médecin, fit-elle. Et un porteur de magie. Il faut te soigner. »

À présent parfaitement consciente de ce qui se passait, elle cherchait désespérément quelqu'un qui pourrait les aider parmi les décombres du théâtre, des bâtiments alentours et de la rue. Puis elle sentit la main de Landon serrer son poignet.

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