Chapitre 38

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Evangéline resta longuement devant cette feuille vide, une plume à la main. Son père détenait sans doute toutes les informations dont elle avait besoin et pourtant, elle n'arrivait pas à se résigner à lui écrire. Les mots disparaissaient de son esprit dès qu'elle approchait la plume du papier. Pourtant, il y avait tellement qu'elle pourrait lui dire.

Elle lui avait écris des lettres par le passé. Lettres qu'elle avait confié à celui qu'il envoyait tous les mois donner à Mama l'argent qu'il lui devait. Les avait-il seulement lues ou les avait-il jetées à l'instant même où il les avait reçues ? Ou est-ce qu'Oskar ne se donnait même pas la peine de les lui donner ? Mais ce n'étaient que les écrits d'une enfant racontant son quotidien à celui qu'elle espérait pouvoir un jour appeler papa. Cette fois, sa vie était en jeu.

Elle écrivit son prénom. L'appeler Père lui donnerait trop d'importance dans une vie dont il n'a pas souhaité faire partie. Et voir ces simples lettres lui tordit l'estomac. Six lettres. Six petites lettres qui avaient pourtant un bien plus grand pouvoir que n'importe qui dans cette caserne.

Puis la plume resta en suspens au-dessus de la feuille. Devait-elle le menacer ? Le supplier ? Lui faire pitié ? Montrer sa colère ?

Elle rangea la plume dans l'encrier. Lui écrire était une mauvaise idée. Si Mama n'avait rien pu obtenir de lui, elle ne pourrait pas faire davantage. Qu'espérait-elle ? Fait appel à un quelconque instinct paternel ? S'il en avait, il ne l'aurait pas abandonnée. Peut-être devrait-elle écrire directement à celui qu'il avait choisi pour héritier. Un Prince dont personne ne parlait jamais, son nom n'était même pas connu.

Elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise en soupirant et ferma les yeux un instant. Pourquoi les choses devaient-elles être aussi compliquées ? Et pourquoi la mort d'un homme qu'elle connaissait à peine était liée d'une certaine manière à son géniteur ? Les Dieux se jouaient d'elle, elle en était certaine. Et ils devaient avoir le fou rire de leur vie en l'observant.

« Tout va bien ? »

Eva rouvrit les paupières et se pencha en arrière. Landon revenait d'une réunion avec ses supérieurs. Il referma la porte avec précaution et posa son épée d'apparat contre le mur, lui lançant quelques regards inquiets.

« Oui, oui, fit-elle d'un air las. Je cherche juste un moyen d'avancer. »

Landon s'approcha et posa ses mains sur ses épaules. Il jeta un coup d'œil à la lettre devant elle et fronça les sourcils, avant de reporter son attention sur elle.

« Et tu as trouvé ? S'enquit-il.

–J'ai peut-être quelque chose, mais ça risque de ne pas te plaire. »

Il se pencha en avant et déposa un rapide baiser sur le bout de son nez.

« Dis toujours.

–On est mercredi aujourd'hui. J'aimerai qu'on descende dans les arènes, en tant que spectateurs infiltrés, voir si on ne peut pas rencontrer les petits copains de Charles de Bossak. Voire même passer la nuit à enchaîner les bars, puisqu'on ne sait pas où il se rendait exactement. »

Landon grimaça et se redressa, son regard se perdant sur la fenêtre. Il réfléchit un instant, son esprit semblant peser le pour et le contre.

« C'est risqué, répondit-il finalement, sans toutefois la regarder. Surtout à deux jours de l'anniversaire de la Cité. Le Gouverneur souhaite que les tensions soient apaisées pour cette soirée. Nous pourrions créer une émeute et si c'est le cas... J'ai peur autant pour ma position que pour la tienne. »

Le ventre d'Evangéline se tordit à nouveau. Deux jours seulement, le temps avait passé trop vite. Et du temps, il ne lui en restait plus beaucoup.

« Désolée joli cœur mais je ne peux pas attendre. Ça va bientôt faire trois mois que je suis ici, ne crois-tu pas que les gens vont se poser des questions en voyant que je ne prends pas de poids ?

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