Néra Fores :
Du coton imbibé de désinfectant en main je me détachais enfin du corps d'Ayden qui était rougie par ses plaies.
Assis par terre dans ma salle de bain, je voyais bien qu'il n'était pas aussi insensible que ce qu'il prétendait aux actions qu'il s'était infligées ce soir. Je n'en comprenais toujours pas la raison. La raison d'un tel acte, d'un tel acharnement mais au fond de moi je me sentais comme libéré.
Mes mouvements pour apaiser ses douleurs et stopper les divers saignements qui continuaient légèrement de dévaler son corps s'étaient stoppés et je décidais de m'asseoir à ses côtés dans le plus grand des silences. Ce même silence qui nous accompagnait depuis plusieurs dizaines de minutes, depuis qu'il m'avait dit de verser ces larmes que je m'étais retenue de faire couler depuis si longtemps.
Il s'était terré dans un silence oppressant et j'avais suivi sa décision durant toute la période où j'avais pansé ses plaies. Comme si aucun de nous ne voulait revenir sur les derniers évènements, sur la raison de notre présence dans cette salle de bain.
Mais malgré ce silence flottant, son visage reflétait divers messages dont je n'arrivais à discerner l'origine. Son regard en particulier. Il était vide comme perdue dans de profonds souvenirs qui ne reflétaient qu'une certaine mélancolie avide d'emprise.
J'entretenais ce moment de calme, assise à ses côtés sans me mouvoir. Les secondes passaient, puis les minutes. Entre deux respirations, je voyais son visage se crisper et mon coeur se serrait indéniablement. Mes yeux dérivèrent vers son corps à moitié mis à nue et je ne pouvais m'empêcher de fermer à nouveau les yeux pour tenter à nouveau d'oublier. De tout oublier, en particulier mes confessions.
Sans m'en rendre compte des pensées indésirées étaient venues encombrer mon esprit, celui-ci s'affaiblissait et un certain sentiment s'empara de moi, comme si c'était devenu un devoir. Je devais quelque chose à Ayden. Je lui devais la vérité, les mensonges m'étouffaient et j'avais besoin de les faire sortir, pour lui faire comprendre mes agissements, pour ne pas que sa vision sur moi change, pour ne pas qu'il me considère comme cette pauvre fille qui se scarifie. J'allais probablement regretter cela, mais actuellement, ce n'était pas ce qui m'importait, j'en avais envie, envie qu'au moins une personne sache la vérité. Toute la vérité.
-Je..
Rien.
Rien n'était sorti.
Qu'est-ce que je m'apprêtais à faire ? A lui dire ? Pourquoi ressentais-je cette sensation d'obligation ? Après tout, il n'était personne pour moi, alors pourquoi voulais-je qu'il écoute mon histoire pour peut-être mieux me comprendre ? Pour que quelqu'un me dise que je n'étais pas mauvaise même si c'était un mensonge ? Pour qu'on me réconforte dans mon vice ?
J'allais à nouveau me terrer dans un silence mais Ayden avait intercepté mon désir de parole vu que ses yeux précédemment clos s'ouvraient pour me sonder. J'avais l'impression qu'il m'incitait à continuer, qu'il m'appelait mais en vérité ce n'était pas ça, il me mettait à l'aise. Je me sentais bien avec lui et je ne voulais plus qu'aucune frontière ne nous sépare, plus qu'aucun mensonge ne nous distance.
Je le regardais davantage et ce que je vis fit renaître ma volonté de libérer mes démons, alors même qu'il en était un. Un dont la présence ne me dérangeait plus, un à qui je m'étais habitué.
-Je te déteste Ayden, mais je hais encore plus mon passé..
Je devais m'arrêter. Maintenant. Il ne devait pas entendre la suite, je ne devais la confesser à personne, mais cette autre moi, celle qui me dictait de me stopper se mura dans le plus profond des silence quand je décidais de continuer, sans lui laisser à nouveau le contrôle de mes décisions.
VOUS LISEZ
Whispers from beyond
RomansNéra est étudiante à la faculté de droit. Sa vie semble parfaite: bonne élève, sportive, possède un appartement et a un avenir prometteur. Mais connaissez vous la phrase: "les apparences sont souvent trompeuses"? Surement. Au cas où ce ne serait pas...
