Chapitre 10

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IVY

Le téléphone pressé contre mon oreille, je balance mon sac à main sur le siège passager et m'installe derrière le volant de la Ford Mustang que j'ai ramené de Los Angeles.

— Non, mais tu t'rends compte, elle n'avait qu'une dizaine de couleurs !

Le rire de Nora se diffuse à travers le combiné.

— Est-ce qu'elle avait du noir ?! Me demande-t-elle en se moquant de moi.

Comprenant son sous-entendu, je m'exclame :

— HEUREUSEMENT ! Sinon j't'assure que j'aurais fait demi-tour !

Elle se marre de plus belle et nous poursuivons notre conversation. 

J'en profite pour observer le travail effectué sur mes doigts. Il n'égale pas la qualité de ma prothésiste-ongulaire mais ma foi, cela fera l'affaire jusqu'à mon prochain remplissage.

Après avoir échangé quelques banalités, elle prend un ton plus sérieux.

— Au fait, je voudrais te parler de quelque chose... Me confie-t-elle d'une petite voix.

Percevant instantanément que quelque chose ne va pas, mon visage se plisse d'inquiétude. Je garde le silence pour la laisser poursuivre, mais un tintement sonore me signale un double appel.

— Attends, bouge pas. La coupé-je.

Le nom de Knox s'affiche sur l'écran, mais après une pointe d'hésitation, je décide de le transférer sur la messagerie vocale. Le comportement de Nora me préoccupe et je tiens à ce qu'elle continue de se livrer. Tant pis, je le rappellerais juste après.

— Excuse-moi. Je t'écoute, dis-moi ce qu'il se passe ? Relancé-je ma meilleure amie.

Je la sens hésitante à l'autre bout du fil.

— À vrai dire... Je préférerais t'en parler de vive voix. Quand reviens-tu dans le coin ?

Je projette dans ma tête le programme des prochains jours, mais excepté la réception de vendredi soir, aucun autre événement n'est planifié. 

Et il faut être honnête, moi aussi j'ai des choses à lui dire... Il est temps que je lui dise la vérité à mon sujet. Elle est ma meilleure amie, et je me dois de lui partager ma véritable identité.

Les travaux de ma maison ne seront sûrement pas terminés, mais ce n'est pas grave, je ferai l'aller-retour dans la journée. Et puis cela me permettra de constater l'avancée des rénovations de mon studio de tatouage.

— La semaine prochaine. Lâché-je en sortant de ma léthargie.

— Ok, alors on en discutera à ce moment-là. Il faut que j'te laisse, je dois retourner bosser. Abrège-t-elle.

— Ça marche... Bon courage.

— À plus tard.

Je raccroche et relève la tête en fixant un point invisible. De quoi veut-elle me parler ? Je crains le pire, mais je suis rapidement distraite par la vibration de mon portable qui s'éteint, victime d'une batterie déchargée.

Et merde...

Je le fourre dans mon sac en soupirant. 

L'horloge incrustée dans le tableau de bord indique presque 11h, cela me laisse le temps de faire une dernière course avant de rentrer.

J'insère la clé dans le contact et la bagnole se met à ronronner, attirant par la même occasion, l'attention des passants. C'est vrai que cette voiture est agréable à conduire, mais il faut dire que la couleur écarlate de la carrosserie manque un peu de discrétion.

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