Chapitre 19

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IVY

Aucun son ne sort de ma bouche, car je suis trop choquée pour pouvoir m'exprimer. 

Les mots prononcés par mon parrain bourdonnent en continu dans mon crâne.

Un traitre dans nos rangs ?

Mon cerveau est en pleine effervescence tant je peine à me faire à l'idée.

— La situation est assez particulière... Reprend Yann. C'est pour cela que je souhaitais m'entretenir uniquement qu'avec vous deux. Le reste de l'équipe n'est pas au courant et tant que la taupe n'est pas identifiée, pour moi tout le monde est suspect. Étant donné que c'est Liam qui s'en est rendu compte, j'aurais tendance à le disculper. On ne peut rien affirmer, mais si vraiment c'était lui, il n'aurait aucun intérêt à balancer ce genre d'infos.

— Hum, oui je suis plutôt d'accord... Marmonne Knox. Qu'est-ce que tu proposes du coup ?

Yann diminue l'écart entre lui et l'écran, comme s'il craignait que ses paroles ne soient interceptées par des oreilles curieuses.

— Je vais mener mon enquête en interne au sein du réseau. Mais vous concernant, je ne veux prendre aucun risque donc vous prendrez la route dès demain matin pour changer de planque. Laissez-moi le temps de vous trouver une nouvelle destination. D'ici la fin de soirée, je vous ferais parvenir des coordonnées GPS, ainsi je serai le seul à connaître votre position.

— Ok.

— Surtout, vous restez bien ensemble et vous ne vous séparez sous aucun prétexte. Est-ce que c'est bien clair ?

— Compris. Confirme à nouveau Knox.

Mes pensées s'égarent et je perds le fil de la discussion qui - de toute façon - touche à sa fin. 

Tel un robot, je quitte ma chaise et débarrasse mon assiette. Je n'ai presque rien mangé, mais cette nouvelle m'a ôté le peu d'appétit que j'avais.

— Bien, je vais vous laisser préparer vos affaires. En attendant, soyez vigilants. Je vous recontacte plus tard.

Alors que je me dirige vers la chambre pour rassembler nos vêtements, je perçois le chuchotement de mon parrain :

— T'as intérêt à veiller sur elle comme si ta vie en dépendait...

— Compte sur moi, Yann.

*

Le capuchon du stylo coincé entre mes dents, je passe en revue la totalité des noms affichés sur la cloison. Tous ceux qui bossent pour le réseau - de près comme de loin - y figurent.

Cela fait près de deux heures que nous épluchons minutieusement chacun des profils et je dois admettre que nous pataugeons. Pour la grande majorité des gars, ils sont dévoués depuis bon nombre d'années au sein du réseau et certains nous ont même transmis leur loyauté de père en fils.

— Et Brooke ? Proposé-je en désignant son nom inscrit sur la feuille de papier.

Mes paupières se plissent sous le poids de mes pensées.

Qu'est-ce que Yann a bien pu lui trouver pour l'engager dans nos rangs ? Ajouté-je, en m'adressant à moi-même.

En effet, excepté ma mère et moi, nous avons toujours été les seules femmes de l'organisation.

— Aucune idée. Répond-il. Je me souviens juste qu'elle est arrivée peu de temps après... Ta mort.

Je penche la tête sur le côté. Je ne sais pas pourquoi, mais mon instinct me dit que ce détail est loin d'être anodin.

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