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Pdv Katsuki
Le temps passe, et les corps s'accumulent. La mort est étrangement organisée : même démembrés, les cadavres semblent se rassembler en zones précises. Mes poings commencent à me faire mal, les jointures de mes doigts sont en feu.
À travers la fumée des flambeaux, je discerne quelques étoiles. La nuit se fait longue.
Et j'ai tellement, tellement mal.

Pdv Eijiro
Il ne bouge pas d'un poil, toujours fier et droit. Les combattants s'enchaînent, et il ne semble pas flancher d'un pouce.
Honnêtement, j'ai perdu le compte.
J'essaie d'énumérer les crânes sur le sable, mais à chaque minute qui s'écoule, de niveaux apparaissent. J'ai dépassé la cinquantaine il y a un moment déjà.
Je me demande si tout ça a du sens. L'avenir est déjà tracé, il ne fait aucun doute.
Ce soir, nous sommes morts. À quoi bon lutter?
Une voix s'élève, puissante. Le présentateur a repris son porte-voix.

- VOICI, MESDAMES ET MESSIEURS, LE CENTIÈME ADVERSAIRE !

Je le remercie mentalement de m'éviter de compter toutes les victimes.
La grille disparaît dans la pierre dans un bruit strident et désagréable qui me fait grimacer, laissant apparaître une étrange silhouette.
Une silhouette bien banale, pour un centième adversaire. Une silhouette qui ne m'est pas inconnue. Pas du tout.

- UN SPECTATEUR QUI A PAYÉ LE PRIX FORT POUR ÊTRE FACE À VOUS AUJOURD'HUI ! IL PROMET D'ÊTRE SURPRENANT ET A CHOISI LUI-MÊME SON SURNOM! J'AI NOMMÉ : DEKU!

La foule est confuse. Ce n'est pas la première fois qu'un spectateur obtient une place dans l'arène, mais d'ordinaire, la carrure est plus convaincante.
Face à la scène, je ne sais même pas comment réagir.
Mais Katsuki sourit. Et ce n'est pas de joie.
Exaltation serait un terme plus juste.

Pdv Katsuki
Putain, le connard. Je le savais. Son visage de benêt gentillet, avec son air béat.

- J'espère que t'es plus fort que t'en as l'air, parce que sinon on va se faire chier.
- J'ai toujours rêvé de participer ! Alors, contre t-
- C'est pas ce que je te demande, raconte pas ta vie.

Fan boy de merde.
Il lève son poing face à moi, le bras parallèle au sol.

- C'est pas contre toi, Katsuki. Je voulais juste savoir ce que ça fait, d'être de ce côté.
- Parle pas trop, je vais m'endormir.

Mais il bloque son majeur avec son pouce avant de l'éjecter. L'air projeté semble s'amplifier, et me percute de plein fouet.
Je décolle du sol avant de m'y écraser lourdement.
Exclamation du public.
J'essuie ma joue. Quelques grins de sable en tombent.

- Pas mal. On dirait presque que t'as des capacités.
- Katsuki-
- C'est Bakugo, pour toi.

Je pense qu'être le centre de l'attention lui monte à la tête.
Je souffle.

- Comment je vais justifier ta mort à Eijiro, moi?

Il hausse les épaules.

- T'auras peut-être pas à le faire.

J'hausse un sourcil.

- Tu penses que tu peux gagner? Contre moi?
- Tu es confiant quant à tes capacités, mais tu ne connais pas les miennes. À l'inverse, je te connais par cœur. J'ai un avantage.

Il n'a pas tord. Des années à épier mes combats, à prendre des notes comme le fanatique qu'il est.
Il me fixe, et j'ai le sentiment qu'il essaie de me dire quelque chose. Ça aurait pu fonctionner, si on se connaissait un minimum. Ce n'est pas le cas. Se croiser une fois, ce n'est pas suffisant.
Il soupire, visiblement déçu de ne pas parvenir à transmettre son message. Ou peut-être que je me trompe, et que tout ça n'est que dans ma tête. Il reprend consistance, les sourcils froncés, l'air sérieux.
Oui, ça doit être ça. Je peux presque voir les engrenages s'activer derrière ses yeux : comment me battre?

Pdv Izuku
Si j'arrive à le faire passer pour mort, et que je réclame son corps, je devrais pouvoir le faire sortir d'ici. Il faut juste qu'il saigne assez, et qu'il comprenne qu'avoir l'air de perdre, c'est s'assurer la victoire.
Bon. J'ai l'intuition que je me suis lancée dans tout ça avec un peu trop d'optimisme. Le plan en lui même ne me semble pas mauvais, mais j'ai peut-être légèrement omis de prendre en compte qui j'avais en face de moi, à savoir celui qui détient le record de victoires de l'arène.
Je me demande s'il le sait.
Je me retourne une seconde en espérant croiser le regard de mon ami, spectateur malgré lui du spectacle. Aucune expression n'est lisible sur son visage. Il contemple la scène. Je devine toutes questions se bousculer dans son esprit, sa réflexion s'activer pour tenter de comprendre mes motivations, la raison de ma présence. Il va comprendre. Il doit comprendre. Il doit lui faire comprendre.
Je m'attends à ce que Katsuki m'attaque pendant que mon attention est focalisée sur quelq'un d'autre, mais rien ne se passe. Je me retourne à nouveau, lui faisant cette fois face : il attend.

- C'est bon, t'as fini de rêvasser ?

Je place mes poings au niveau de mon visage, juste sous mes yeux, et place une jambe légèrement en arrière.
Je suis prêt.

Pdv Katsuki
Je pense mourir, ce soir. Je vais mourir, ce soir.
Mais j'aurai changé le destin. Son destin.
Du moins je l'espère.
Nos âmes, à Eijiro et moi, doivent rejoindre leur moitié cette nuit, comme c'est prévu. J'ai retourné le problème dans tous les sens : comment éviter un avenir certain? Comment échapper à ce pour quoi nos âmes sont destinées ?
Et puis ça m'est apparu. Nous ne sommes pas «complets». Nous ne sommes chacun qu'un demi nous, l'autre partie étant déjà morte, dans l'ancien temps. Et je me dis que, peut-être... Peut-être que s'il n'y a qu'une moitié d'âme, il n'y a qu'une moitié de certitude.
Peut-être que l'autre partie reste incomplète, que je peux l'écrire, la réécrire.
Et c'est sur ce principe que je compte le sauver.
Il doit survivre. Ne pas mourir dans l'arène. S'il n'y entre pas, il n'y a aucun risque.
Tout va bien se passer.
Je me reconcentre sur Midoriya.
Le public lui hurle des encouragements, qu'il a étrangement l'air gêné de les recevoir, comme s'il n'avait pas choisi d'être ici.
Il n'y a que les fous pour aimer être ici.

Parfois, je me surprends à penser que je suis l'un d'eux.

Pdv Eijiro
Katsuki roule des yeux et se précipite sur Izuku. Il lui assène un crochet du droit, qui fait son effet. Izuku n'a pas le temps d'esquiver, mais il parvient malgré tout à bloquer. Son bras n'a pas l'air de s'en sortir entièrement indemne, mais il ne laisse rien paraître. Ça y est, lui aussi se transforme. L'adrénaline.
C'est cet endroit, le problème. Personne n'en ressort comme il y est entré.
Izuku se débrouille bien. Il avait raison: connaître les habitudes de Katsuki fait sa force. Il reconnaît les attaques avant qu'elles soient portées, ce qui compense son manque de technique. Ça amuse le public, de voir Katsuki frapper dans le vide.
Lui ne rigole pas. Il s'agace.
Ses coups deviennent plus hâtifs, moins réfléchis, moins précis.
Il veut juste l'atteindre, le détruire.
Je ne vois pas le visage d'Izuku, mais je sens dans sa posture qu'il prend confiance. Maintenant qu'il a pris le rythme, il se permet même d'attaquer.
Lui ne frappe pas dans le vent. Il fait un geste, et l'air claque, se contortionne, et se projette sur Katsuki.
Il est projeté en arrière avant même de comprendre ce qui lui arrive. C'est la deuxième fois. Katsuki ne fait jamais deux fois la même erreur, pas en plein combat.
Il ne fait jamais d'erreur.
La foule est en délire.
Pour la première fois, le Monstre n'est pas si impressionnant. Sa défaite est envisageable, et les yeux brillent de suspens.

Les paris sont ouverts.

Fire On Fire [Kiribaku] Où les histoires vivent. Découvrez maintenant