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Pdv Eijiro
Pour une raison plutôt abstraite, je me réveille excité à l'idée de me marier. Mon costume est plié au millimètre sur une chaise, les accessoires disposés par-dessus avec soin. Même Katsuki a le sien, et j'avoue avoir hâte de le voir avec.
Enfin, pour ça, il faudrait déjà qu'il accepte de quitter son lit. Ou de me parler.
J'ai quelques heures devant moi, et il est ma priorité numéro une.
La peau encore humide de ma douche, je m'allonge à côté de lui, par dessus les couvertures. Face à son dos, je n'entends que sa respiration, légèrement dérangée par ma présence. Il est réveillé.

Pdv Katsuki
Je sens son poids tirer la couverture. J'ai froid. Encore plus en sachant que la chaleur de son corps est à quelques centimètres à peine.

- Je peux?

Il murmure, et je frissonne.
Sa main se glisse sur mon épaule, dessine l'entièreté de mon bras jusqu'à atteindre ma main. Ses doigts trouvent leur place entre les miens.
Mon sang bouillonne à ce contact redevenu inhabituel, bien qu'encore familier. Son souffle se faufile à travers mes cheveux.
Sa simple présence m'enivre complètement.
Sa main est froide. Je la réchauffe doucement. Après quelques secondes, je soulève la couverture de ma main libre, et il s'y glisse. Je reste dos à lui.

- Est-ce que tu vas mieux ?

Il tente, et je sens l'incertitude de sa question.
Je ne réponds pas. Pas que je ne veuille pas, mais je ne sais pas. Mina et Denki disent avoir éliminé l'acide, mais je brûle encore. Je pourrais pointer chacun de mes vaisseaux sanguins, chacun de mes organes, dicté par la douleur. Même s'il est vrai qu'elle est moins intense, elle est toujours là. Et je ne peux pas lui infliger ça une seconde fois.
Alors, après un temps, j'acquiesce. Et même s'il ne dit rien, je sens son torse se relâcher, sa main se détendre.
Mais je ne peux pas me retourner, faire face au soulagement factice que j'ai créé.

- Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal?

Il chuchote.
Je fais non de la tête, mais je sais que ce n'est pas suffisant. Il a besoin de contact, de paroles, de gestes tendres dont je suis à peine capable.
Alors j'enfouis ma culpabilité au fond de mes pensées, assez loin pour ne plus la sentir, mais assez proche pour ne pas l'oublier. Et enfin, je cesse de me cacher, et je laisse mes bras entourer son corps. Les siens me rendent la pareille, ses mains froides laissant une traînée de frémissements derrière elles.
Je ferme les yeux et le serre contre moi, probablement plus que nécessaire. Il ne s'en plaint pas. Son cœur bat, fort et régulier.

- Je n'ai pas envie que tu te maries.

Les mots s'échappent de ma bouche avant même d'être pensés. Eijiro embrasse le coin de la bouche, et mes lèvres le réclament.

- Je sais.

Mes doigts se diffusent timidement sur sa taille, dans son dos. Je me force à ne pas l'attirer davantage contre moi.
Du bout des empreintes, il effleure la partie de moi qui n'est pas enfoncée dans le matelas. Mon épaule, mon cou, puis vient ma joue. Je ferme les yeux, autant pour profiter que pour me contrôler. J'ai vaguement conscience de me cramponner à lui.
Je ne sais pas si c'est l'envie de l'avoir près de moi ou si ce n'est qu'une façon de retarder sa cérémonie, mais je ne veux pas le lâcher. Son pouce caresse ma joue.

- Il faut que je me prépare.
- Je sais.

Un battement de cil, et il est hors de portée. Je le regarde enfiler son costume, affreusement adapté à sa carrure, embellissant chaque partie de son corps pour ce jour qui ne le mérite pas. Ses bras gonflent le tissu de la chemise, et je ne veux pas partager cette vision avec qui que ce soit.
Je le regarde, et mon coeur semble battre dans mes yeux, au bord de mes cils. Il me remarque et sourit. J'ai l'impression que mes organes se battent pour sortir de mon corps et s'accrocher à lui. Tout mon être le réclame, c'est invivable.
Et je déteste aimer ça.
Il range deux petites boîtes dans la poche de son pantalon.

Fire On Fire [Kiribaku] Où les histoires vivent. Découvrez maintenant