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Pdv Katsuki
S'ils pensent que j'ai besoin de ma vue pour l'emporter, ils sont bien loin de la réalité.
Je connais chaque mouvement, chaque technique enseignée aux nouveaux, ici. Ils oublient trop facilement que, moi aussi, j'ai eu mes débuts. Je n'ai pas toujours été un monstre. Le Monstre. J'ai été humain. Je crois.
Enfin, tout ça n'a plus d'importance. C'est ce que je suis, maintenant. Et je vais leur montrer.
Ils ont travaillé si dur pour faire de moi ce que je suis aujourd'hui, ce serait dommage de ne pas leur donner ce qu'ils veulent : du grand spectacle.
Je souffle. Je ne me mets pas en garde. Pas besoin.
Il n'y a absolument aucun vent. J'ai rarement connu une situation aussi avantageuse. Pas un bruit, pas une perturbation. C'est absolument parfait. Divin.
Mon sang brûle, il bouillonne et je ne serais pas surpris de le voir jaillir directement de mes veines, écarter les pores de ma peau pour s'en échapper. Mais le voilà, bien en place, qui tourne et tourne pour alimenter mon corps. Pour l'instant.
Une poignée de sable effleure ma jambe droite. Je lève mon bras, et le métal qui recouvre jusqu'à la moitié de mon avant bras percuté quelque chose. Je devine qu'il s'agit de la lance de mon adversaire lorsqu'elle se brise. Le calcul est vite fait : il est en position de faiblesse.
Lui qui a commencé armé face à un homme enchaîné, le voici maintenant mains nues contre mains d'acier.
Les yeux toujours clos, j'abats mon poings. Je reconnais le bruit d'écrasement de son crâne, suivi des quelques exclamations de dégoût, puis du silence. Et enfin, les hurlements excités des inconscients.
J'ouvre les yeux, mais ne les lève pas. Je ne veux pas me rendre compte de ce qu'il a vu. Je ne veux pas affronter cette réalité là, accepter que je ne suis, en fin de compte, que ce qu'ils ont fait de moi.
Les pièces tintent les unes contre les autres. Les paris battent leur plein.

Un deuxième arrive. Puis un troisième.
Au quatrième, j'ouvre les yeux. Le sixième effleure ma jambe sans la toucher. Il me faut deux coups pour achever le dixième.
Chaque adversaire a un point fort différent, et je dois sans cesse m'adapter. J'imagine que c'est intéressant à regarder, pour les passionnés. Je ne doute pas de la présence de certains habitués. Peut-être même l'autre bouffon aux cheveux verts.
Le onzième entre, ses pas laissant de lourdes traces dans le sable. Voilà celui que j'attendais. Le double de ma hauteur, le triple de ma largeur, un véritable amâts de muscle. C'est parfait.
En un bond, il franchit les quelques mètres qui nous séparent. J'attends qu'il soit assez près avant de contracter mes bras, les mains face à lui. Il se les prend en pleine tête, son crâne anormalement difforme percutant de plein fouet le métal chaud qui me retenait.
Ceux qui m'ont mis ça n'ont pas l'air très renseignés. Ma chaleur vient de ma transpiration, il n'y a rien de mieux pour m'avantager que de forcer l'accumulation de sueur en un seul et même point.
Les coques de fer se fragilisent, et en un instant, volent en éclat. Je parviens à diriger l'explosion, de façon à ne subir que quelques égratignures. Le gars en face a eu moins de chance : je ne saurais pas dire quelle partie de son corps se trouve à mes pieds, et quels sont les autres bouts qui jonchent le sol.
Le silence tombe, presque bruyant. Cette fois, pas d'exclamation : m'enchainer, ce n'est pas garantir leur sécurité. Je lis dans la façon qu'ils ont d'éviter mon regard qu'ils commencent à comprendre que tout ça n'est pas qu'un jeu.
Après tout, en tant que publique, eux aussi sont de la partie.
J'écarte les bras et les lève lentement, les doigts enfin libres. Je réclame mon ovation. Les applaudissements naissent au même rythme. Incertains, mais de plus en plus puissants, ils envahissent tout l'espace.
Une vague d'euphorie me traverse, et je reconnais ma voix cracher "Au suivant ! "
Et les grilles s'ouvrent à nouveau, sur un adversaire moins confiant que prévu. Une part de moi a envie de le prendre en pitié, mais je ne peux pas me cacher le plaisir que je prends. Je ne peux pas avoir de considération pour eux. Ils n'en ont pas pour moi. Et, ici, le meilleur gagne, pas le plus sentimental. Je ne les connais pas, il n'y a pas de quoi lâcher des larmes.
Je m'amuse à échapper quelques étincelles autour de mes phalanges. Qu'est-ce qu'une fête sans un feu d'artifices?
Je fais un bond sur la gauche. En face, l'homme se met en garde. A peine mon pied touche-t-il le sol que je devie ma trajectoire, fonçant cette fois à droite. Il n'a pas le temps d'anticiper, et le temps qu'il comprenne, je suis déjà sur lui. Il croise à peine mon regard que je pose ma main sur son abdomen. Ma main brûlante fait fondre sa peau, et, une fois que mes empreintes s'enfoncent dans ses entrailles, je déclenche mon alter. Il implose.
Un vrai feu d'artifices.
Je relève la tête, contemple le résultat de leurs actions.

Pdv Kirishima
Le dégoût. Dans leurs yeux, dans les miens. Certains, le plus souvent ceux accompagnés d'enfants, décident de partir. Les autres sont moins réactifs, encore obnubilés par le spectacle qui nous est offert.
Quelque part, je savais. Cette part de lui ne peut pas disparaître, et je ne peux pas le changer. Je ne veux pas le changer.  Je savais qu'il était capable de tout ça. Et au fond, c'est peut-être aussi pour ça que je l'aime. Ne pas pouvoir me sentir supérieur, être certains qu'il ne m'aime pas pour mon statut.
En réalité, je suis égoïste. Tellement, tellement égoïste.
J'ai commencé à l'aimer dès la première fois, lorsqu'il est arrivé en ville. Avec ses chaînes, avec ses yeux sauvages et apeurés. Avec ses cheveux en pagaille et son tempérament de feu. Le pressentiment qu'il marquerait les esprits.
Et le dégoût dans mes yeux devient de l'intérêt, de la curiosité.
Nos regards se croisent et je sais qu'il peut lire la question qui me ronge l'esprit:
C'est quoi, la suite ?

Fire On Fire [Kiribaku] Des histoires addictives. Découvrez maintenant