Je n'avais jamais fait partie de ces personnes superstitieuses qui réagissaient excessivement dès qu'un évènement quelque peu ambigu se passait. En toute honnêteté, je ne croyais tout simplement pas à tout ce qui touchait aux croyances, aux mythes, au surnaturel.
Tout n'était pour moi que divers moyens de faire tourner l'économie d'un pays. De nos jours, on investissait dans de vieux châteaux décrépis pour les rendre effrayants, puis on racontait une histoire selon laquelle une princesse y demeurait dans des temps perdus avant d'être assassinée par son amant, et depuis cette dernière cherche désespérément un moyen de se venger en déambulant dans les couloirs.
Non, tous ces mensonges pour moi étaient pathétiques. Je riais face à des histoires pareilles. Alors quand on m'avait annoncé qu'à présent, je faisais partie intégrante de tous ces contes, j'ai voulu échapper au monde pour quelques instants, le temps de réfléchir posément à toute cette affaire d'un ridicule sans nom.
Je m'en étais allée vers la mer, car quand, par les chaudes soirées estivales, le soleil commençait à disparaitre au-delà de l'horizon, le paysage devenait féerique. Les rayons de l'astre rougeoyant caressaient de leurs doigts frêles les collines somnolentes dont les contours se fondaient dans le paysage endormi. Une quiétude totale m'envahissait l'âme, et je humai l'air embaumé par les senteurs sucrées de la mer qui se parait de qui se parait de diamants, luisant sous la lueur orangée du soleil en cette fin de journée.
Contrairement à l'ordinaire, cette fois-ci, je n'avais eu aucun mal à me séparer de mes édredons. La principale raison de mon réveil avancé était simplement le fait que le sommeil avait oublié de me rendre visite. Après trois heures à fixer tantôt le plafond, tantôt l'écran de mon cellulaire, je m'étais finalement décidée à quitter la chaleur de mon lit pour m'habiller avant de dévaler les escaliers et de sortir.
L'air était lourd, et l'atmosphère opaque. Un voile de brume s'était abattu sur l'océan, et les vagues allaient s'écraser avec fracas sur les roches qui se dressaient telles les survivantes d'un malheur destructeur qui aurait tout réduit en poussière sur son passage. Un peu plus tôt, on aurait cru que la journée aurait eu cette douceur fragile des derniers soupirs de l'été, mais maintenant, on s'apprêtait plutôt à voir un éclair zébrer le ciel, même si pareils phénomènes météorologiques s'avèrent être rares à San Francisco.
Enfant, j'avais beaucoup rêvé être une sirène, une déesse et même une fée, mais jamais je n'avais pensé être sorcière. Jusqu'à lors, et avec la faible quantité de preuves dont je disposais, je demeurais toujours mitigée sur le fait d'être magicienne. Et jusqu'à apport de preuves supplémentaires, je nierais toujours ce fait, même si, inconsciemment, j'admettais qu'il était vrai.
Depuis un moment, je me tenais là, immobile, incapable de m'éloigner de la surface bleutée et scintillante de la mer. C'était comme si les différents éléments de la nature s'étaient alliés pour former un décor hypnotisant d'une beauté divine, et qu'ils ne partageaient qu'avec les rares visiteurs qui avaient la clarté d'esprit de venir.
Aussi, ce bleu dont la perfection jurait avec le temps grisâtre qu'il faisait me rappelait sans cesse ses yeux à lui, le mystérieux jeune homme de mes rêves qui avait oublié de me rendre visite cette nuit.
Tout en marchant le long de la côte, je repensais à mon identité et à tout ce qu'elle m'impliquerait comme responsabilités si elle s'avérait être vraie. Ce qu'elle était, me chuchotait mon subconscient. Le problème s'avérait être que je ne savais nullement user de mes pouvoirs, à prétendre que j'en avais.
Quelques heures à marcher plus tard, je pris le chemin du retour, profitant de la sérénité de la mer quelques dernières minutes avant de me retrouver projetée dans un tout autre univers fait de bruit et de tension.
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MILLENIUM
FantasyC'était supposé être un été comme les autres. Un été où, à l'aube de ma rentrée à l'université, je me serais libérée de mes chaînes, et je me serais enfin permis de commettre le plus grand des impairs. Un été où j'aurais oublié mes souvenirs brûmeux...
