Chapitre 6

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Le soleil s'était couché au lointain depuis quelques heures, cédant place à la lune, afin qu'elle puisse illuminer le monde de sa pale clarté argentée.

J'ignorais depuis combien de temps je gisais ainsi, éveillée, mais le temps me paraissait long, et le sommeil tardait à venir. Je me levai, et me mis à marcher lentement vers le balcon désert, baignant dans un halo fait de l'obscure clarté de cette nuit avancée.

L'air opaque qui m'entourait semblait déborder de vies, qui ne s'autorisaient à sortir que lorsque tout le monde aurait plongé dans l'inconscient. Le doux bruissement des feuilles bercées par le vent emplissait mes oreilles d'une douce mélodie, qui s'infiltrait en moi par le biais de ses caresses réconfortantes.

Les faibles cris des volatiles s'amplifiaient dans les espacements déserts et larges des rues inhabitées. La mélodie capricieuse des chouettes, et le doux murmure de la lune engageaient une discussion secrète et cachée aux oreilles indiscrètes, qu'elles termineront une fois l'heure de la séparation arrivée.

Appuyant ma tête sur ma main, les yeux brillants d'un soudain espoir, je laissai mon esprit divaguer dans les vastes champs de l'inconscient. Le contact soyeux de mes cheveux sur ma joue me procura un frisson, tandis que le froid besoin de réconfort s'immisçait en moi. Telle une poupée de porcelaine, je laissai ce même froid se propager en mon être, s'appropriant le rôle d'un poison mortel, tuant petit à petit mon cœur meurtri, et m'abandonnai au cruel sentiment de regret.

Le cœur lourd, j'observais les créatures obscures mener une vie tranquille et rythmée, sans épaules affaissées, ni dos vouté. Et je pensai alors à moi-même. Me tournant vers le miroir, je constatai que tout paraissait plus froid et plus sombre dans ce vide illusoire que dans la réalité. L'étrange petit personnage qui me regardait, tachant l'obscurité de sa face blême et de ses bras blancs, les yeux étincelants de peine, me fit réellement l'effet d'un esprit. Je regardai mon lit, accablée.

Je frissonnais de froid et de chagrin, et repensai aux évènements passés, je me fis alors une promesse : quand tout cela sera terminé, je trouverai un moyen de m'en aller. Je ne fus pas surprise par le point de vue sur la vie que portait cette fille qui habitait mon corps à présent, l'ancienne moi n'aurait jamais baissé les bras ; la nouvelle moi n'attend que le moment fatidique, celui de délivrance. Et alors, quand tout sera réglé, je partirai. Je laisserai tout derrière moi et m'en irai sans retour.

Je travaillerai, je supporterai, je me battrai, et enfin, je mourrai.

Telle me parut la solution adéquate pour mettre fin à toute la peine que je vivais. Je n'avais plus aucun espoir, et plus rien ne m'attachait à cette vie d'ici-bas. On me recherchait, je me livrerai au gouvernement, on voulait m'éradiquer, je leur faciliterai la tâche .Je n'aurai aucun regret, je ne devais pas en avoir.

Puis, en un éclair, j'eus une vision qui ne me laissa le choix que de combattre la peur qui s'immisçait en moi et de m'efforcer pour rester stoïque, telle que j'ai toujours su être. Une mer noire de cadavres mutilés s'étalait devant moi à perte de vue, le soleil couchant rejetait sa lueur rouge sang sur ces corps inertes et sans vie. Sur chacun des sommets de deux collines surplombant ce massacre, deux silhouettes baignées dans l'ombre se tenaient debout, immobiles, ayant l'air de se toiser inlassablement, chacun jetant sur l'autre un regard lourd de détermination.

L'enjeu de cette guerre qui avait arraché tant de vies se jouait en cet instant, et chacun des deux personnages guettait le moindre mouvement de l'autre. N'importe quelle erreur de la part d'un des deux partis lui serait fatale, et chacune des deux femmes demeurait tendue au maximum.

– Vous avez pris la vie de plusieurs milliers de personnes innocentes. Nous sommes toutes les deux impliquées dans cette guerre, résonna en écho la voix de la deuxième guerrière, mais vous, et vous seule, à cause de vos mensonges, avez été la raison du déchirement d'une multitude de familles. La seule personne à blâmer dans toute cette histoire reste vous-même...

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